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[REQUÊTE] Ad Nauseam

[REQUÊTE] Ad Nauseam - Page 2 Brandw10
Dim 30 Juin 2024 - 21:20

Regardez-moi tous ces jeunes lurons apeurés. Sous leurs airs sévères se cachent en réalité une crainte tout à fait justifiée. Lan-Lan de nature calme, toujours dans la maîtrise de ses émotions, ne parvient pas entièrement à dissimuler cette crainte qui pénétrait chacun d’entre nous. Bien que je sois aussi sensible que les autres à cette emprise de la Brume, j’ai pour avantage d’avoir réalisé quelques expéditions en son sein. Et, ne l’oublions pas trop vite, sous mes airs de jeunes bourgeois se cachent un terrible assassin. Cette pensée me fait presque sourire. Presque, parce que j’ai quand même bien les jetons de me trouver ici. Et ces agents du Tartare, unité spéciale du Magistère, ressentaient-ils la peur ? Ils faisaient bien trop les malins avec leur tenue de super-héros et leur équipement dernier cri, mais je suis à peu près sûr de n’en faire qu’une bouchée. Mais si on peut éviter de le vérifier tout de suite, ça m’arrangerait.

Par ailleurs, on se complait tous à les laisser passer devant nous pour ouvrir la voie. Après tout, ils sont les seuls officiellement qualifiés pour cette tâche. En ce qui me concerne, je ne suis qu’un personnage politique, un jeune crâneur venant d’une noble famille de Xandrie, qui officie au nom de la couronne pour la représenter. Violette semble aussi apprécier cette situation et ordonne bien naturellement aux siens de rester en retrait, de ne pas intervenir. Si les conflits entre Opale et Epistopoli ne m’intéressent pas le moins du monde, je dois tout de même récolter des informations pour en faire un rapport au roi. Par ailleurs, j’ai bien l’impression que le Sapiarque désire aussi préserver ses forces en laissant les autres se sacrifier à sa place. Violette nous sauve la mise en neutralisant un Naga.

Les monstruosités de ce monde, ce n’est pas ma spécialité. Cependant, on m’a un peu forcé pour la main pour m’y mettre un peu. Le Naga, une espèce primitive, dont ignore encore les origines. Il peut être pacifique comme violent. Celui-ci, avant d’être découpé, était manifestement violent. Et les derniers mots de la maraudeuse me font réagir. Ce n’était pas normal, en effet. Ils ne sont pas dépourvus d’intelligence et, bien que primitifs, peuvent juger d’un danger imminent. Il n’a pourtant pas hésité à s’en prendre à notre groupe. Moi, je le sais, c’est la fameuse Malice. Elle a toujours été hostile à la plupart des intrus. Elle ne m’a jamais épargné. Je ne prétends pas être sa seule cible, je dis seulement qu’elle n’aime pas les fouineurs comme nous. La pluie, les marais, l’eau stagnante jusqu’aux chevilles, les moustiques, les attaques diffusent et irrégulières. Tous les éléments sont présents pour nous mettre en difficulté, les nerfs à cran.

« On devrait porter un regard attentif à Lan-Lan. Elle n’est pas habituée à fouler ces terres embrumées. Nous-mêmes sommes en danger, mais le risque est bien plus accru pour elle. », marmonné-je à l’adresse de mon acolyte, Violette. Dans un milieu aussi hostile, malgré le fait qu’elle ne soit pas des plus fiables, elle constitue mon appui. Dans la réalité, je suis mon propre appui, mais elle est la seule avec laquelle je peux converser librement. Brute de décoffrage et directe, ça me correspond mieux.

Nous continuons de marcher dans ce couloir artificiel, les pieds trainants dans l’eau. Cette fois-ci, je me félicite intérieurement d’avoir pensé à prendre ces belles bottes. La pluie me dérange beaucoup par contre. Pas physiquement, ma tenue est faite pour cela. Mais je n’entends pas bien les bruits environnants. Impossible de prévoir l’arrivée d’un ennemi. On peut néanmoins entendre quelques fracas et détonations au loin, signes d’affrontements opposant les membres du tartares et les envoyés de la Brume. Mais globalement, la suite de la marche, qui a duré une bonne heure et demie, s’est déroulée sans encombre. Nous avons atteint le bosquet choisi par les forces du Magistère afin de poser un campement. Moment d’accalmie, une pause méritée que nous avons tous attendu. Tandis que tous s’affairent à l’installation des tentes, je me rapproche de mademoiselle Fà.

« Lan-Lan, comment vas-tu ? Tu as fait preuve de bravoure pour une première. J’en connais – comme moi – qui n’ont pas fait preuve d’autant de courage. Sans ce petit être, je serai dans un terrible état de détresse. », dis-je en caressant le Duddo sur mon épaule. « Quelle est la suite ? Le Sapiarque et Vladimir sont en duel. Les tartares, très utiles, peuvent aussi constituer un danger. Ils représentent tout ce que déteste la Malice. Et dernier point, si le Viscuphage ne nous tue pas, j’ai peur qu’une guerre interne ne le fasse avant. La stratégie de tous est de laisser les forces du Magistère s’épuiser en nous protégeant. Bon, cela n’arrivera pas, ce sont des monstres. A choisir, je préfère affronter une armée de Naga plutôt que cinq tartares… »

Résumé:
Mar 2 Juil 2024 - 22:11

Acte II, scène II

Dansez serpents, enroulez-vous autour de nos cous


L’odeur de la boue devenait presque familière. Les piqûres de moustiques, une habitude. Le bruit dans ses oreilles, la vase entre jusque dans ses bottes, la moiteur qui tamisait le fond de ses narines: Lan-Lan, créature de la cour, commençait à d'aseptiser. Tant qu’elle respirerait, ces marais n’auraient pas sa peau. Même si ils leur avait fait une première frayeur quand un naga s’était jeté sur eux, rapidement tranchée par la rapidité de Violette. Même avec les parades nuptiales d’Opale et d’Epistopolie, elle se félicitait d’avoir sans doute choisi les meilleurs acolytes. Même si le présage était mauvais. Rapidement organisé en une prudente fil indienne, la monétariste comme le dragon à son cou gardait un oeil grand ouvert, l’esprit en perpétuel alerte, les yeux rivés sur le rideau opaque qui masquait leur regard au delà des balises. Couloir de verre - un faux-pas et la Brume les mangerait tous.

Aussi, quand ils finirent pas atteindre un bosquet relativement sec et que les forces d’Opale ordonnèrent l’établissement d’un camp, le choix était rapidement fait: obtempérer, s’accorder au moins ce réconfort. Nul doute que la suite ne serait pas des plus confortables.
Alors qu’on déchargeait des sacs et des cargaisons prises sur le chemin pour monter quelques tentes, placer les balises en cercle pour définir le meilleur des périmètre, Lan-Lan se trouva un carré libre contre un sinistre tronc, carcasse d’un arbre mort de nombreuses années plus tôt, probablement étouffé par ce marais sinistre et puant.

Contre toute attente, elle vit se faufiler prêt d’elle l’envoyé royale accompagné d’un ami des plus coloré doucement lové contre son épaule. Il cherchait à sonder son état - connaître ses failles? Sentir ses faiblesses? Non, il semblait sincère. La jeune héritière regarda un instant dans le vide - avait-elle trop laissé passer ses émotions? Ses nerfs avaient-ils pris le dessus? Elle allait devoir retrouver de la contenance. Si Geralt était entièrement un allié, ce n’était pas le cas des autres - et montrer des failles à un baron ou un Sapiarque ne pourrait rien lui apporter de bon.
Le jeune homme, lui, semblait en parfaite maîtrise de ses émotions - il fallait dire que les duddo étaient réputés pour leurs bienfaits et leurs vertus apaisantes. Un atout de plume dans ce théâtre nauséabond.

C’est un adorable compagnon que voilà.  Elle regarda le Duddo avec des yeux attendris - provoquant au passage la méfiance de Huang Long qui émit un sifflement énervé. Il est vrai que j’ai connu mieux - Merci pour ta sollicitude, Geralt.  Sourire mystérieux, visage doux, lèvres rosées - la fille Fà retrouvait ses couleurs malgré la lumière grise de la brume. Dans ces marécages, c’est d’autant plus charmant.  

Elle laissait traîner ses mots sur les épaules assassines, à moitié intriguée par son habit de nanti. Quoiqu’à cet instant, elle jalousait ses bottes plus que sa fine lame - il était, malgré ses apparences, plus habile qu’il n’y paraissait, son détachement de façade cachait en réalité un esprit fin, capable d’identifier les éléments faibles. En apparence, la noble n’avait rien à faire ici, et elle n’avait rien pour se défendre contre de possibles ennemis. Une ombrelle dans le dos, aucune arme si ce n’est une petite mallette de bois… En cas d’attaque, elle serait une proie facile. Sans aucun doute. Mais pour autant, elle n’était pas inquiète: à l’image du fougueux compère qui venait la trouver, elle se savait entourée de machines à tuer.
Restait à savoir qui tomberait en premier.

De toute évidence, nous sommes coincés entre les coqs et les paons. Aucun d’entre eux ne fera un effort pour nous si il devait arriver quoique ce soit - c’est une alliance de façade; mais une alliance tout de même. Une attaque de front contre nos alliés de circonstance serait des plus outrageuse.  Dit-elle doucement, s’assurant que les seules oreilles indiscrètes soient celles du Xandrien. Se faisant, elle fit un geste à Violette qui patrouillait non loin. Heureusement pour nous, dans ces situations, les vautours s’offrent généralement le meilleur des repas.

A demi-mot, elle confirmait leur statut: en aucun cas devraient-ils partir à l’offensive. Laisser les oiseaux s’écharper, que ce soit pour parader ou par esprit de revanche, les laisser se saigner doucement pour ensuite dévorer les cadavres qui traînent.
Sur les abords du campement, les trois scientifiques du conservatoire papillonaient gaiement, comme si de rien n’était, s’émerveillant sur le moindre tas de boue comme si c’était de l’or. Lan-Lan ne partageait de toute évidence pas leur passion pour la gadoue - l’or, c’était eux.

Il faut à tout prix que nous protégions ces trois-là. Pour nos… Amis de circonstance, ils ne représentent rien - ça ne sera pas difficile d’échapper aux gros yeux de Panoptès si il devait leur arriver malheur. Aussi, je doute qu’ils s’encombrent à les protéger. Mais pour Xandrie…  Lan-Lan baissa la voix, comme si elle s’apprêtait à révéler des secrets indicibles. En ces temps, il est des plus importants de remonter dans l’estime de l’Alliance, surtout si c’est en protégeant les leurs.

Cette expédition était avant tout un théâtre. La cible n’était finalement pas aussi intéressante que la chasse - ça ne serait pas à qui trouverait le viscuphage, mais à comment ils parviendraient à l’avoir. Et surtout, si ils ne s’éventraient pas eux-mêmes au passage.
Son regard glissa un instant sur les tartares, auprès desquels fanfaronnait Vladimir - elle commençait à mieux cerner le personnage. Sous son arrogance se cachait une certaine mesure; un sens des affaires bien exclusif. Il ne prendrait pas le risque de les saboter - c’était bien assez pour elle. Si ils ne devaient guère représenter que des cailloux dans ses chaussures, il n’irait probablement pas jusqu’à les sacrifier pour ses desseins - des ressources potentielles? Ce serait… Pure folie.

Quant aux Epistotes… Le dessin était tout autre. Piégés dans cette impasse, ils n’avaient probablement aucun intérêt, à part les apparences, à coopérer. Même si Keshâ, qui badinnait avec sa guide fraîchement engagée qui visiblement faisait tout sauf ce pourquoi elle était payée, était d’une certaine confiance, elle doutait fortement que le reste de sa faction partage la même noblesse d’âme.

Inutile de nous faire remarquer outre mesure. Tant que les tartares s’imposent, laissons les s’imposer. Nous ne sommes pas là pour briller… Notre cible reste le viscuphage, en protégeant les scientifiques qui veulent l’étudier. Nous n’irions pas nous faire des ennemis maintenant…  Elle minauda, papillonnant doucement. Ceci dit, nos vies sont prioritaires. En cas de danger… Sauvons nous.

Club des cinqs, club maudit: elle ne doutait pas un seul instant qu’ils appliqueraient tous ce principe sacré - rassurant quelque part le rien d’affection qu’elle avait pour leur curieux quintête. Il ne lui en fallait pas plus pour froidement confirmer qu’elle laisserait à leur sort quiconque s’imposerait entre elle et une longue vie. Prions maintenant pour que nous n’ayons pas à affronter une armée de nagas non plus  conclut-elle dans un sourire amusé, nous ne voulons pas fatiguer Violette avant le grand jour.  

Trop beau.

C’était trop beau.

Elle aurait dû se taire.

L’installation pris un peu plus d’une heure pleine, largement dictée par Sapiarque et Baron, ponctuées de quelques commentaires Fà qu’elle savait pertinents, jamais mal placés, sans doute un poil impromptus - mais n'était-ce pas plus doux ainsi? Les balises furent installées autour de leur campement de fortune, laissant assez de mou pour former un petit îlot de sûreté dans lequel ils tenaient à peu près tous dans un rien de promiscuité.

La Brume, elle, dansait ardemment, passionnément, hantée par leur présence, énervée par ce groupe d’imprudents ingénus, de pédants fous qui venaient oser la défier. Leur présence était blasphème, oui… La lumière baissait, la nuit approchait, heureusement pour eux, il faisait encore jour.
Pour patrouiller, on envoya dans la Brume deux hommes armés - la longue attente pour leur retour aurait dû les alerter. Mais la fatigue, le relâchement avait endormis les attentions, engourdis les esprits, assez pour qu’on ne voit pas tout de suite que la Brume s’était opacifiée. Commençait à étouffer les sons. Ils n’entendaient plus que les moustiques…

Quand le premier coup tomba, droit en direction d’une des balises. Un deuxième - une lance rudimentaire jetée à même l’objet et métal et interceptée à temps pour ne pas faire de dégâts. Puis une pluie. Une embuscade. Le rideau de la Brume se lève alors, cheffe d’orchestre fourbe: des silhouettes serpentines se dessinent comme des ombres chinoises avant de repartir derrière le voile impénétrable et blanc.

Dix-sept. Il y en avait au moins dix-sept.

Résumons:
Mer 10 Juil 2024 - 18:38
Le nuage noir commença à s’entasser autour d’eux mais ils n’attaquèrent, curieusement, pas Von Arendt. Ils tournèrent autour de son Tartare sans s’en approcher et il en fut épargné. A tel point que le scientifique n’eut qu’un pas de recul lors que Violette passa à une vitesse démentielle à leurs côtés. Elle annihila un naga, sur lequel il se pencha sans un mot de remerciement. Prométhée se retourna et contempla la créature. Il n’avait pas daigné répondre à Archibald qui s’était lancé dans un cours sur le Viscuphage. Ce qui le préoccupait davantage c’était que le naga avait directement ciblé le Tartare. Comme si la Brume avait … l’œil tourné vers lui. Intéressant, très intéressant. Il fit un signe pour récupérer son parapluie. Prométhée le lui confia puis dégaina son épée. Il croisa le regard de Violette et les deux semblèrent s’accorder sur la cible du naga et ce que cela impliquait.

- Ce ne sera pas la dernière attaque. Allons-y et profitons du couloir avant de devoir composer sans. ordonna Vladimir en indiquant la suite d’un geste du menton.

Il se redressa et ne réagit pas lorsqu’un moustique affamé se glissa sur la peau de sa nuque et planta son rostre dans sa peau. La créature glissa sur sa peau, piqua plusieurs fois sans parvenir à se gorger de sang. Le Baron semblait aussi sec que l’était son âme. Plusieurs fois, pendant la marche, il laissa la distance se creuser avec Prométhée, de façon à affiner ses conjectures. Sur l’effet inattendu observé. Mais il n’était pas assez isolé. Au bout de quelques dizaines de minutes de marche, ils s’arrêtèrent à un bosquet, sans plus de nuisance que quelques autres nagas que les coups d’épée enflammée du Tartare dénommé Blieg. Les créatures nimbées d’ocre et d’acier continuèrent leur balai visant à assurer une progression dégagée aux membres de cette expédition. Ils ne déplorèrent aucune blessure mais à mesure qu’ils s’enfonçaient dans la Brume, les attaques commencèrent à devenir plus régulières. Ce fut ce qui causa leur arrêt. Le groupe les attendait dans une bulle proche de quelques arbres. Signal implicite d’une pause ?

- Docteur, la Brume est attisée. La stimuler davantage risque d’être délétère. Encore plus, je veux dire. vint l’informer Mimic d’une voix placide comme si cela n’était pas si inquiétant pour lui.

Incroyablement formatés ou d’une compétence à toute épreuve … difficile à dire avec les Tartares. Vladimir se gratta le menton et observa la petite troupe. Prométhée se tenait immobile à côté du bosquet. Il plissa les yeux tandis que tout le monde s’affairait à établir le camp.

- Alonzo, Friedrich, repérage. ordonna-t-il aux assistants qui obtempèrent en soufflant. Traque, trouves-en un, marque-le et préviens-moi.

Le Tartare le plus en retrait opina du chef et tous commencèrent à s’affairer à établir le camp. Vladimir aboya des ordres pour se propulser toujours plus en position de leader de cette expédition. Cette pause n’était pas entièrement de son initiative mais cela importait peu. Il gonfla la scène et s’amusa de l’inconfort généré chez les épistotes, chercha à pousser le Sapiarque à révéler davantage son jeu face à cette expédition. Ses obsessions malsaines envers Epistopoli avaient tendance à le pousser à les titiller et à se détourner du reste … ce qui était à coup sûr une erreur. Mais il n’en avait cure. Il avait besoin … que tout ceci soit déstabilisé. Il avait besoin d’un rapport de force, d’un point de bascule. Il croisa plusieurs fois le regard de Lan-Lan. Il l’évita. Elle le scrutait trop, l’observait trop. Comme si … elle arrivait à percer ses véritables intentions. Ce qui était impossible. Il était bien trop savant pour cela. Le test prévalait. Une fois de plus, il sauverait Opale par son génie.

Au bout d’une petite heure, les Assistants avaient achevé de cartographier une zone et semblait s’accorder sur une route à suivre. La nuit commença à s’inviter dans le ciel et la Brume, mieux valait profiter de ce confort relatif pour planifier la suite des opérations, manger sommairement et se préparer à l’adversité. Les Tartares aidaient sans un mot à l’installation, certains allant jusqu’à prêter main forte aux autres membres du groupe. Pas jusqu’à fraterniser, mais soulever une caisse trop lourde, planter un piquet un peu tordu … rien qui ne sortait de l’ordinaire chez une troupe d’explorateurs entraînés. Le strigoï ne chercha pas à les en dissuader. Il n’y avait que Prométhée qui le suivait à la trace, comme s’il n’était pas doté du moindre libre-arbitre. Le Tartare dénommé Traque revint vers lui, murmura quelque chose à son oreille. Vladimir opina du chef.

- Il serait de bon ton de monter la garde … lâcha négligemment l’Opalin, en passant aux côtés d’Archibald et d’autres.

Quelques minutes s’écoulèrent suite à sa remarque, et deux hommes furent envoyés faire le tour du camp et patrouiller pour éviter toute déconvenue. Ce qui aurait pu mettre la puce à l’oreille, c’était que les Tartares s’étaient tous retranchés dans le centre du camp. Seul restait Prométhée. Droit à côté de la balise. Son casque était tourné vers la Brume qui commençait à musarder et étendre ses doigts pour éprouver la bulle générée par la balise. Vladimir l’observa, frissonna. Sa grande ennemie. Le haïssait-elle autant qu’il la craignait ? Il était si vieux … mais il n’oubliait pas d’où il venait. Il n’oubliait pas qui était sa Mère. Il chassa ces pensées en secouant sa tête puis se recula lorsque Traque lui adressa un signe de la main. La première lance les frappa et Prométhée l’intercepta et l’attrapa en plein vol. Il la regarda, la retourna et la renvoya dans la Brume avec une force inouïe qui la fit filer droit. Au même moment, une pluie de lances s’abattit sur eux. Le Tartare se décala d’un pas pour en éviter une mais s’interposa lorsqu’une autre visa Vladimir. Il la reçut en plein flanc, cacha la vue du Docteur mais s’interposa entre lui et le danger.

- Protéger le … Père. grommela le Tartare mutique.

Il s’arracha l’arme d’un geste puis se dirigea vers la Brume alors que les multiples silhouettes serpentaient dans la Malice pour leur échapper. Puis ce fut le branle-bas de combat. Armes, cris et projectiles. Les Tartares se replièrent dans le centre du Bosquet et embarquèrent la balise pour la protéger. Alonzo et Friedrich les y rejoignirent mais alors que tous auraient pu s’attendre à ce que les soldats du Magistère se mêlent au combat, il n’en fut rien. Vladimir resta quelques secondes à observer Prométhée qui s’avançait seul vers les supposés Nagas puis se replia lui aussi. Il n’avait pu compter le nombre, mais vu les lances, un seul Tartare contre le groupe de monstres c’était suicidaire.

- Friedrich. Alonzo. Entrée trente-deux, test cinquante-trois. Début de la phase en ‘conditions réelles’. Enregistrez-moi ça, je ne veux pas en perdre une miette … se régala le strigoï. Mimic, comme convenu vous savez quoi faire, je veux éviter que les autres nations ne … soient trop informées.

Puis il croisa les bras et attendit. Qu’allaient donc faire les autres nations ? Opale avait envoyé l’un de ses hommes, ils pouvaient tous bien faire de même, non ? Petite chose étrange, concernant cet homme d’ailleurs. La Brume commença à s’agiter à son approche. Elle s’épaissit, se raidit. Prométhée s’arrêta, en garde. Il était prêt pour le test.


Jeu 11 Juil 2024 - 13:05

Politique et diplomatie

Club des 5 (6)




La maraudeuse regardait toute cette situation d’un œil blasé. C’était pour ce genre de choses qu’elle détestait les expéditions internationales. Le fait de devoir gérer les passifs et rivalités entre nations était tout autant fatigant que la mission en elle-même. Bien entendu, comme tout le monde ici, elle n’avait pas vraiment confiance en quiconque, néanmoins puisque les embrouilles risquaient de porter atteinte à sa propre sécurité, elle ne pouvait pas foncièrement trop les ignorer.

Ainsi cette situation la faisait réfléchir sur ce qu’elle devait faire précisément dans une situation critique. Il n’y avait pas vraiment débat sur le fait qu’elle devait couvrir Lan-Lan et les scientifiques andorians. Violette était loin d’être une samaritaine, néanmoins il était rare vis à vis de sa propre échelle de valeur qu’elle tue “gratuitement” de sa propre perception. D’autant plus que même sur le plan du pragmatisme, un individualisme absolu serait regrettable. La vie de la Fà notamment avait une certaine valeur, et sa mort aurait trop de conséquences négatives pour être ignorée. Elle pouvait se féliciter d’être née dans une famille puissante capable d’influer sur la décision des guildes, mais aussi par sa place au sein du propre système corporatiste.

Si de fait, la question de la protection des xandriens et de l’alliance ne se posait pas, le fait de devoir ou non risquer des choses pour les épistotes et les opalins elle se posait. Après tout, ces gens là allaient évidemment à un moment ou un autre planter autrui dans le dos pour obtenir ce qu’ils voulaient loin de leur déclaration, elle doutait que tous restent infiniment coopératifs.

Que faire ?

C’est à ce moment-là que Géralt s’approcha d’elle pour lui indiquer qu’il fallait faire attention à Lan-Lan.

Se tournant légèrement vers le représentant royal, la maraudeuse souriait légèrement.

Je sais t’inquiètes.

Aidée par sa vision augmentée, il fallait dire que la monétariste et ces scientifiques ne sortaient pas de son champ de vision. Par principe, ils devaient toujours rester à portée d’intervention. On ne savait jamais ce qui pouvait se passer ici, encore moins par surprise.

Néanmoins deux lignes de défenses sont mieux qu’une, donc garde ta vigilance.

Elle repartit alors en patrouille avant d’être rappelé par un geste par Lan-Lan qui discutait déja depuis un temps avec Géralt. Il fallait bien pour les xandriens décidés de ce qu’ils devaient faire piéger entre les feux épistotes et opalins.

La neutralité ne marchera qu’un temps. En cas de danger multiple, Géralt et moins même seront dans l’obligation d’agir car il est probable que les opalins et les épistotes ne se couvrent qu’eux même.

Elle jeta rapidement un coup d'œil sur le paysage.

Ici le danger peut venir de partout. Il n’y a pas de première ou de dernière ligne.

Et cela sans même parler de ce qui se passera avec le Viscu’. Il faudra à un moment choisir un camp… Et sur ce plan là j’ai un peu plus confiance en Opale qu’en Episto’. Nous incarnons tous ici une part d’un système particulièrement dans la stratégie d’Opale, que ce soit la couronne ou les guildes. Vladimir est ce qu’il est… mais c’est un pragmatique. Il n’a aucun intérêt à nous aider, mais il n’a non plus aucun intérêt à nous tuer contrairement à d’autres. Porter un coup aussi direct à la couronne ou aux guildes ne serait probablement pas accepté par ses supérieurs.


On pouvait le comprendre, la maraudeuse penchait plus par le fait de s’accorder préventivement avec Opale pour anticiper les éventuelles velléités épistotes. Il y avait toutefois une certaine influence qui venait du fait qu’elle avait elle-même des intérêts personnels bien plus du côté des Opales que de la cité du savoir. Autant ne pas brusquer ces propres partenaires. Elle n’avait pas envie de devoir les combattre d’une manière ou d’une autre. D’autant plus qu’à tout cela on pourrait ajouter qu’elle craignait bien plus la force des tartares que celles des bidouilleurs du sud ouest.

Le groupe arrivant enfin au bosquet, le repos ne fut que de courte durée alors que deux dizaines de nagas avaient décidé de les attaquer en leur lançant tout d’abord des projectiles. Difficile de les voir dans la brume, néanmoins aidée par son hypervélocité, Violette pouvait assez aisément bloquer les lances à sa portée et en direction du groupe à l’aide de sa rapière, laissant le soin à Géralt depuis un autre angle d’en faire de même. Elle ne pouvait pas être partout à la fois.

Une fois la première vague passée, tout en gardant son attention sur les alentours en attente de la deuxième salve, la cheffe de guilde observe les agissements des tartares. Ils avaient envoyé un homme pour attaquer, le reste sans doute pour défendre. C’était peu. Vu l’unique attaquant et la posture de Vladimir, il attendait sans doute à ce que les autres factions ne se décident à envoyer quelqu’un pour seconder son homme de main.

La maraudeuse faisait la moue. elle aurait bien laissé les tartares faire seuls, mais visiblement ils n’en avaient aucune intention. Sans se découvrir, c’était sans doute le moment de faire preuve de bonne volonté pour plus tard. Il fallait anticiper la suite des événements et éviter les inimitiés précoces par les actions trop voyantes.

Ainsi, elle se tourna une nouvelle fois vers Géralt.

Couvre tout, je vais avancer un peu.

Un choix qui n’était pas fait que dans l’urgence. L’un des points forts de Violette était sa consommation assez basse d’énergie vitale par rapport à d’autres utilisateurs de cristaux, notamment ceux qui centrent leurs jeux sur des pouvoirs très coûteux et qui nécessitent une utilisation de longue durée comme les pouvoirs élémentaires. L’avantage des cristaux centrés sur des pouvoirs physiques, c’était qu’on perdait en portée ce que l’on gagnait en endurance vitale. Violette n’utilisait ses cristaux que pendant des brefs instants qui la plupart du temps ne duraient pas plus de 10 secondes. Une question de timing pour ne dépenser qu’au moment crucial. Elle ne connaissait pas vraiment la manière de combattre de Géralt, mais le fait qu’il soit un grand utilisateur de l'élément ténèbres faisait que sa consommation d’énergie était sans doute supérieure à la sienne. C’était donc à elle d’entamer ses réserves et pas à lui.

Néanmoins, cela ne voulait pas dire qu’elle allait partir toute seule à l’attaque. Quand bien même elle avançait, elle attendait d’abord de voir de quoi était capable le tartare. Sa présence altérait la brume elle-même, ce qu’il allait faire déterminait les actions de la maraudeuse.

Résumé:
Jeu 11 Juil 2024 - 16:40

Acte II

Rage fratricide



Longtemps, Zareh était restée sur la réserve, effacée par le ballet des tartares avec leurs balises et leurs épées. Elle préférait de loin garder le silence pour ne pas trop s’attirer de questions de sa curieuse employeuse, Lan-Lan Fa, ni de Myuke, qui devait détenir certains de ses secrets. La stratégie de l’inaction semblait bien fonctionner pour les maraudeurs. Elle n’interviendrait que si cela s’avérait nécessaire. C’était désormais le cas.

-« Nous avons pénétré sur le territoire des Ambivarètes. C’est un clan naga de farouches guerriers qui n’apprécient pas les incursions des Andorians sur leurs terres. Nous devons nous méfier, car ils déplorent les pertes inutiles et sont de fins stratèges. » jugea-t-elle bon de les instruire alors que Violette, Blieg et Mimic lançaient une course à la taillade de l’homme des marais. S’ils prenaient les nagas pour des rustauds sans défense, ils se trompaient.

Dans sa combinaison anti-marais, Keshâ’rem était à l’abri des sangsues. Mais si la pluie et l’huile de carapa décourageaient certains moustiques, elle avait tendance à vouloir se glisser entre sa peau et le caoutchouc malgré le parapluie qu’il partageait avec Val’Ihem.

Archibald, taciturne, semblait se détourner complètement de la joute de mépris que tentait d’instaurer le baron. Contrairement à Vladimir, il en avait vu dans la brume. Son ego de salon, bien que de taille démesurée, était plus que tempéré par son instinct de survie immédiat au milieu de la Malice. Si les balises fonctionnaient, pour le moment, il ne comptait pas sur leur protection irrévocable. Et il se voulait alerte et diligent, au nom de la Mère Patrie !

Les piqûres de moustiques sur son front venaient maquiller une froide résolution à traverser ces marais.

Le bosquet paraissait être un sanctuaire émergé au milieu d’une décharge de purin. Malgré sa végétation rachitique et son sol rocailleux, il fut le bienvenu pour la troupe qui commençait à fatiguer. Même si Lan-Lan s’était appropriée le plus grand arbremort, il restait deux troncs nus éloignés de la bonne distance, entre lesquels le jeune homme tendit solidement un hamac en toile synthétique avec moustiquaire intégrée. Il choisit de l’attacher bien haut. Assez d'espace était offert à tous les serpents et maudits crapauds des marais qui auraient le loisir de baguenauder, sans qu'il soit un gigot au-dessus d’eux. Rien à dire, les tentes captaient l’humidité et les bêtes. Le hamac était le logement parfait en situation nomade et en terrain humide.

Val’Ihem fit de même en s’accrochant au-dessus de lui. D’aucuns se demanderaient comment il pourrait grimper sur ces troncs délabrés. C’était sans compter sur son agilité et son cristal d’attraction pour renverser le flux de la gravité. Assez vite, Keshâ’rem se fit enguirlander par Archibald, qui escomptait manifestement qu’il s’occupe de son hamac, jurant qu’ils avaient pris les meilleures places. Le sapiarque le força à changer par deux fois l’emplacement de son hamac avant de se juger satisfait et de donner quartier libre à sa victime.

Keshâ’rem remarqua que Lan-Lan et Gerald semblaient particulièrement proches dorénavant. Évitant soigneusement Mao, pour ne pas révéler le moindre intérêt pour sa personne, il évita autant que possible les tartares, en particulier l’armure puante ! Et Vladimir ! Et se retrouva donc à obliquer vers les scientifiques de l’Alliance, avec lesquels il partageait une forme de curiosité ingénue pour la nature.

Il n’avait pas vu la brume s’opacifier. De son côté, telle une vieille sorcière, Mao la guettait. Elle trouvait les assistants cartographes incroyablement optimistes.
-« En effet, docteur, montons la garde. Nous ne sommes pas seuls. »

Etait-ce l’étreinte sournoise de la brume autour du dôme formée par les balises, de part le lien étrange qui le liait désormais à elle ? Ou bien le comportement étrange des Tartares qui s’étaient regroupés au centre en formation ? Toujours est-il que Keshâ’rem était sur des charbons ardents. Il n’osait plus invoquer son cristal d’hypersensibilité depuis qu’il servait Archibald. Son cynisme et sa suprématie étaient trop difficiles à endurer. Mais il se força à un scan complet des environs. De la paix et de l’inquiétude du côté des Andoriens, une forme de malice espiègle du côté des Xandriens… la pluie de lance s’abattit par surprise ! Il y avait des présences, beaucoup trop de présence autour d’eux dans la brume. Il pouvait les sentir se préparer et se disperser.

Sur ce perchoir délimité, ils faisaient des cibles faciles. Heureusement Promethée, Violette et Val’Ihem arrêtèrent les premières salves avec maestria. L’hypersensibilité de Keshâ s’emballait. Frappant le mur froid des tartares et des maraudeurs, elle baguenauda sur une euphorie malsaine de Lan-Lan, avant de rencontrer l’impatience avide de Vladimir et… la terreur des scientifiques. Dans ce terrain de chaos, le duddo vint se percher sur l’antenne qui captait toutes les émotions frénétiques. Il y avait une forme de joie vengeresse dans le silence entre les deux salves, au moment où Violette commençait à partir dans la brume.

~° Mao, il y a quelque chose d’anormal. Ils sont très calmes. Et ils ont l’air très contents. Ils préparent quelque chose… je ne sais…°~
~° Bouche-toi les oreilles ! Obéis !!! °~

La force impérieuse de sa voix le poussa à s’exécuter. Juste à temps. Le son profond d’un cor déferla sur le marécage, théâtre d’un combat qui serait sanglant.
~° Une corne de Vuvuzéla. Ils nous forcent à nous entre-tuer car nous sommes trop forts pour eux. Cache-toi ! °~

Sur son épaule Nagendra souffla et siffla, avant de montrer les crocs et de tourner autour de son cou avec férocité. Comme le petit narangpé n’était pas plus lourd qu’une plume, il parvint à l’immobiliser entre ses mains. Le primate se débattait comme un furieux. A côté de lui, les yeux de Val’Ihem étaient écarquillés. Sa tête inclinée de côté. Son immobilité était trahie par une veine gonflée sur sa tempe qui palpitait. Un portrait aussi horrifiant que celui d'un miroitant.
-« Val’Ihem ! »

Par chance, son voisin se désintéressait de lui. Pris de rage comme tout le reste du camp, sa main brandie vers Gerald et deux maraudeurs, il inversa le flux gravitationnel pour les projeter dans les airs très loin dans la brume.

Des hurlements tribaux perçaient l’obscurité. Simultanément, les amis s’en prirent à leurs amis et à leurs ennemis de manière indifférenciée, tandis que les nagas restaient muets comme des carpes et invisibles comme des spectres. En retrait. Ils attendaient.

-« AAAAAAAAAAAAAAARRGHHHH ! »


La silhouette métamorphosée d’Archibald venait de se jeter sur lui, sans aucune forme de réflexion. Ses traits si mondains et policés étaient rougis et déformés par la haine. Keshâ ne le surveillait pas du tout. Seule l’impréparation de l’attaque lui permit de l’éviter. Le sapiarque tomba ventre à terre dans la boue. Il se releva aussitôt, bave aux lèvres, offrant un spectacle terrifiant. Que faire pour le neutraliser sans le blesser ?

Ils avaient retiré leurs combinaisons pour camper, ce qui offrait une meilleure mobilité. Le jeune homme roula à terre pour éviter une charge. Tout en se relevant, il étranglait à moitié Nagendra… il lança un coup de pied retourné à quatre vingt dix degrés dans l’estomac d’Archibald, comme Maëlstrom le lui avait appris. La chair du Sapiarque se para instantanément d’une aura et Keshâ se retrouva projeté à deux mètres. Le narangpé en profita pour s’enfuir et grimper tout en haut du grand arbre mort.

Son regard revint sur Archibald, toujours en usage du cristal de protection, pour le voir brandir son Gauss-35… il allait s’en servir… dans la brume. Regardant le ciel, l’orphelin se téléporta le plus haut possible. Immédiatement en chute libre à cinquante mètres de hauteur, il se hâta d’invoquer son totem de gargouille de ténèbres et rétablit de justesse sa trajectoire en frôlant la brume. Deux lances sifflèrent entre les ailes de la gargouille. Une autre se fracassa sur son ventre, alors qu’elle rugissait.

D’où il était, il surplombait l’effroyable champs de bataille de manière circulaire. Mao n’était pas visible. Il ne savait plus quoi faire. Sa maîtrise des émotions ne permettait pas de contrôler celles des autres. Et il n’avait plus l’initiative de l’action, évitant de nouvelles lances dans une vrille. Ses mains se cramponnèrent durement sur la pierre en s’écorchant, pour ne pas être éjecté. Il avait déjà bien du mérite à ne pas lâcher le totem.


Spoiler:
Hier à 22:15


Tiens, tiens… Ainsi, la Brume m’écoutait et me mettait au défi d’assumer mes paroles. Peu m’importait très franchement. Un tartare qualifié valait quantité de Nagas. Mais voici une petite armée de ces monstres envoyés par la Malicieuse, tous prêts à faire de ce campement notre tombeau. A peine arrivée à notre rencontre, Violette se propose pour partir au front. Non pas que j’appréhende d’affronter ces bestioles, mais si je peux conserver mes compétences le plus longtemps, ça m’arrange et ma comparse l’a certainement compris. Mes instincts d’assassin veulent en découdre et se fondre dans la brume pour étaler leurs talents. Moi, Azur, je souhaite rentrer chez moi, à Xandrie, le plus vite possible. « Restez auprès de moi, Lan-Lan. Assurez-vous que nos amis en face autant. », dis-je en restant sur mes gardes.

D’ailleurs, à peine ai-je eu le temps de finir mon propos, qu’une lance entre subitement dans mon champ de vision. Les demoiselles hurlent en apercevant le projectile arriver à toute vitesse. Je pointe alors le doigt vers le danger imminent, puis sa vitesse se réduit drastiquement. D’un sourire ravageur et rassurant, je me retourne vers les demoiselles en détresse : « Vous êtes sous ma responsabilité, mesdames. Rien ne vous arrivera. ». Intérieurement, je me remercie mon brave cristal de chronomancie. Pour le reste, l’hypervélocité me permet de dégager l’arme d’un revers de main avant qu’il ne retrouve sa vitesse initiale. Faire le beau est une chose, assumer ses paroles en est une autre. Si plusieurs projectiles viennent à arriver simultanément, je ne garantis pas la survie de toutes.

Me fier à la technologie du Magistère et aux compétences plus qu’honorables de Violette demeure ma seule possibilité. Assurer la sécurité des membres de notre patrie est mon seul devoir. La maraudeuse s’époumonnera à neutraliser l’ennemi et je lui en suis reconnaissant. Le moins que je puisse faire est de me donner à fond pour protéger les miens. Je n’ai pas vraiment d’ordres à donner, d’hommes à diriger. Je ne suis officiellement qu’un simple personnage de la cour du roi. La guerre de puissance se déroule entre Opale et Epistopoli. Vladimir, sournois, compte se défendre en sacrifiant quelques pions, sans trop en montrer à ses concurrents. Du côté des epistotes, un étrange évènement est en train de se dérouler. Un son strident vient nous percer les oreilles.

Ma tranquillité prend fin.

Un des hommes d’Archibald, que je ne connais absolument pas, approche de manière trop imprudente. Son regard noir me laisse penser qu’il ne me veut pas du bien. Mes instincts assassins prennent immédiatement le dessus et je ne les freine absolument pas. Mais dans cette situation, dans laquelle je me trouve entouré de civils innocents, je ne peux me permettre d’agir sans penser aux conséquences. Je dois neutraliser cet homme, manifestement possédé, sans le tuer pour autant et tout en protégeant les autres. Tout devra se faire dans mon univers. Mes ténèbres. « Mesdames, vous allez bientôt être plongées dans le noir complet. Deux consignes : restez immobiles et n’émettez pas le moindre son. Je m’occupe du reste. ». La deuxième consigne est inutile. Pour mon plus grand bonheur, le son ne circule pas dans les ténèbres.

L’instant suivant, le noir complet. Les ténèbres jaillissent de moi et englobent tout ce petit monde. Ici, je me trouve chez moi. Sans les voir, je peux identifier chaque individu, les sentir, entendre leur rythme cardiaque… rien n’y personne ne peut m’échapper. Et surtout ce démon qui veut ma peau et qui ne sait plus quoi faire. Complètement intangible, ma cible ne peut pas m’atteindre. Mais moi, je le peux. Usant une seconde fois de mon hypervélocité, je me rapproche suffisamment pour lui asséner un puissant direct, qui l’envoie valdinguer dans son camp, chez les épistotes. Pas le temps de me soucier de la possible fracture de la mâchoire et de la mauvaise réception. Je sais qu’il n’est pas mort et c’est là l’essentiel. Les ténèbres disparaissent et le bruit ambiant revient de nouveau. Si notre alliance ne parvient pas à neutraliser ces quelques Nagas, nous courrons à notre perte.