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[PARTIE 2] La dimension corrompue

[PARTIE 2] La dimension corrompue Brandw10
Mer 13 Déc - 18:58

Le soleil point à peine au dessus des montagnes, et vous devinez ses rayons au travers de la brume. Curieusement, vous avez été relativement tranquilles pendant la nuit. Quelques bruits étranges, et la sensation omniprésente que vous êtes sur le point de vous jeter dans la gueule du loup vous auront peut-être tenus relativement éveillés, mais malgré cela, vous avez réussi à trouver un relatif sommeil. Armés et sur le qui-vive, vous voilà prêts à prendre le fort d’assaut.

Hétéroclite petite compagnie que vous êtes… Vos blessures sont à peine fermées. Déployez vos ailes, vos lames, vos dents aiguisées. Valeek se tient fièrement devant vous; et vous allez devoir l’affronter les yeux dans les yeux.

Doucement, sagement, vous suivez le chemin indiqué par la carte que vous venez de subtiliser - croisant de temps en temps un vestige d’un passé lointain, une créature agressive, un bout de ruine. Vous contournez la façade de pierre, ignorant l’oppressante sensation que vous n’êtes pas seuls. Et vous n’êtes pas seuls. Au fond de vous, vous le savez. Vous n’êtes pas seuls.

Après tout, vous avez bien dû le voir, non? Cette pierre qui semblait là sans l’être. Ces yeux lointains qui vous épient, puis apparaissent devant vous avant de se volatiliser. Ce gouffre qui mène vers un abysse dévorant. Cette sensation constante qu’une main effleure votre épaule.

Non, vous n’êtes pas seuls. Au bout de trois heures à serpenter entre les pierres, au détours d’un coin, vous découvrez un passage dérobé qui vous emmène dans le ventre du fort. Enfin, une entrée! Face à vous, ce qui semble être une vieille sortie d’égout. En toute logique, ce tunnel doit donner sur les sous-sols du fort; une échelle vous permettra de remonter, ou un escalier peut-être. Il faudra chercher en hauteur pour trouver l’accès qui vous mènera vers les étages. Mais vous êtes bel et bien là où personne n’a été depuis des siècles.

Vraiment? Ce long tunnel s’étend… Jusqu’à ce qu’une fissure lumineuse ne le coupe en deux. Vous marchez sur une pierre sèche. Passée la lumière, l’eau coule à flot, semblant disparaître tout bonnement dans la lumière. Vous n’êtes éclairés que par la lumière du jour: après cette rupture, les murs sont éclairés par des torches crépitantes. Pire encore: vous jureriez entendre… Des voix? Elles viennent d’un peu plus loin, réverbérées par les courbes de l'égout. Ami, ennemis… Les mots vous semblent indéchiffrables, trop loin pour être compréhensibles. Mais il y a définitivement deux hommes qui parlent entre eux.

Allez-vous avancer… Mais, vers où au juste? Ou plutôt, vers… Quand?

Bienvenue à Valeek…
Sam 16 Déc - 15:41
Posé à l’orée du camp, le Patrouilleur avait observé le livre pendant une partie de la soirée, taraudé par les remarques d’Aelys qui l’accusait de ne pas faire grand-chose. Mais elle ne se rendait pas compte du trésor qu’il avait entre les mains : des cartes, des lieux oubliés depuis si longtemps … En tant que Patrouilleur il tombait régulièrement sur des vestiges de vies passées. Qu’elles fussent récentes ou non, Ryker était un témoin silencieux de tous ces millénaires passés dans la Brume. Il trouvait des ruines, découvrait des cristaux ou antiques technologies qu’il livrait à la Guilde ou à ses commanditaires. Il avait passé plus de temps dans la Brume que nombre de ses contemporains et il luttait en permanence contre sa part de Malice. Mais cela, ce qu’il venait de trouver … c’était incongru. Il reconnaissait l’endroit, connaissait son histoire : Zénobie. Des cartes de Zénobie : il comprenait certains symboles. Le texte, lui, était obscur encore, mais il savait qu’il détenait là quelque chose d’unique. Tout comme le fait qu’il ait pu le trouver dans le fort et à s’en emparer. Cette chose était restée hors du temps. Avaient-ils remonté les époques … ou pénétré dans un endroit censé ne jamais exister … Cela lui rappelait …

- Maël. appela le Patrouilleur, quelques dizaines de minutes après leur retour.

Sur le feu, un chaudron laissait bouillir quelques légumes et le contenu d’une partie de leurs vivres. Aelys, dans un élan de féminisme, avait refusé de s’occupait d’une telle corvée et surveillait Brume et environs. C’était donc Nimrod qui avait accepté de cuisiner malgré sa blessure. Le Patrouilleur avait entrepris de s’occuper du bois et de faire le premier tour de reconnaissance. Mais à présent c’étaient d’autres énigmes qui le taraudaient. Il se rapprocha du Grigori.

- Que pouvez-vous me dire à propos de la Cité Perpétuelle ? lui demanda-t-il de but en blanc.

Simple Patrouilleur, il n’avait entendu que des légendes à propos de ce lieu. Le temps de prendre la personne qu’ils avaient à escorter pour un ignorant diplomate de l’Alliance était révolu. Maël était loin d’avoir besoin d’eux pour se débrouiller et il en savait trop pour qu’il se permette de l’ignorer. Ryker n’était pas du genre à prendre des gants et ce qu’ils avaient trouvé dans cet espace entre les espaces avait de quoi tous les perturber. Il agita son livre devant les yeux du Grigori et illustra par là-même que l’ouvrage était trop bien conservé.

- Cela me fait penser aux légendes qui circulent sur votre cité antique, cher Grigori. Peut-être seriez-vous à même de m’en dire plus ? Vous voyez, j’ai longtemps parcouru la Brume et les écrits que j’ai pu trouver de l’Empire Yféen sont … peu prolixes. commença-t-il, prenant place à côté de Maël.

Il lui exposa quelques-unes de ses connaissances sur le sujet mais était surtout désireux d’entendre ce qu’il avait à lui dire. Ryker alla même jusqu’à lui montrer le livre et les cartes, espérant que le Grigori puisse être à même d’en traduire une partie pour lui. Mais il lui faudrait certainement trouver quelqu’un dont c’était le travail une fois de retour à la civilisation. Le sujet était vaste et toute information apte à les aider à affronter ce qu’ils s’étaient décidé à affronter le lendemain serait bienvenue. Assez fous pour oser se remettre à l’ouvrage, là où de nombreuses personnes avaient déjà échoué. Mais jamais ils n’auraient accepté de revenir, de rendre la carte et de se contenter de cela. Les troubles du fort n’était pas résolus et d’autres pourraient y laisser la vie. La Brume commençait à s’épaissir, il était temps de s’adonner à leurs diverses corvées.

Le groupe s’organisa pour la nuit et les diverses précautions se révélèrent inutiles car nulle encombre ne vint les cueillir. La Brume s’était montrée tatillonne la veille mais curieusement indolente depuis qu’ils avaient récupéré la carte. Les avait-elle testés ? Ils refirent leurs armes, leurs paquetages et le Patrouilleur s’occupa à vérifier tous ses équipements. Il était prêt à affronter l’inconnu aux côtés de la petite troupe hétéroclite. Bien assez vite, Valeek se dressa face à eux : témoin immémorial d’un secret qu’ils s’apprêtaient à affronter. A l’aide de la carte, bien que nimbés de Brume, ils parvinrent à s’orienter, comme si cette dernière se laissait dénuder petit à petit. Elle laissait entrevoir les points de repère, s’amusait à les chatouiller de ses doigts intangibles. Elle exerçait une pression sur eux à la fois douce et empoisonnée qui commençait à émousser leurs esprits.

Des pierres, des façades. Des faux-semblants. Aucun danger : un silence qui les obsédait. Quelque chose dans l’ombre qui jouait aux abords de la conscience du Patrouilleur, des deux sur sa nuque qui lui donnaient des sueurs froides. Puis leur destination, la croix finale sur la carte que tenait Ryker. Une bouche d’égout usée. Qui donc avait laissé cette carte ? Il ne le saurait jamais … et c’était tout aussi inquiétant que d’avoir réussi à arriver jusque-là sans encombre. Chacun son tour, ils acquiescèrent. Il était temps de risquer le tout et de se glisser dans la gueule du monstre. Une torche à la main, Ryker fut le premier à s’y oser. Ils arpentèrent les lieux jusqu’à arriver à une faille qui n’aurait pas dû être là. Une faille sillonnait le tunnel et les aveuglait de sa lumière. Un vent timide s’en échappait et faisait jouer la flamme de la torche du Patrouilleur. Il passa la lumière puis s’arrêta, leva le poing. Aussi tôt il enfonça sa torche dans l’eau et découvre avec stupeur des torches vives. Il s’accroupit pourtant et indique ses oreilles d’un geste. Des voix, plus loin ? Il se retourne et tout semble d’un coup plus … authentique ? Ils étaient passé de l’ombre à la lumière, l’air s’était chargé de senteurs gorgées d’espoir.

- Des voix, je ne comprends pas bien ce qu’ils se disent … attendez, si, je reconnais quelques mots … on dirait du … non, c’est impossible …
Jeu 28 Déc - 2:21

Intrigue
La dimension corrompu

Ft. Nimrod & Ryker
MJ : Lö

Il ne s’agit pas de légendes, contredisait Maël d’un air grave.

Il jeta un coup d’œil autour d’eux, rencontrant le regard fixe d’Aelis, qui l’observait en silence. Un peu plus loin, Nimrod avait les mains occupées. Pourtant, Maël savait qu’il les écoutait avec attention. Malgré le temps, la trahison, l’isolement, quelque chose en lui répugnait à partager les secrets de son peuple. Les habitants d’Uhr étaient si ignorants... Les connaissances que pensait posséder Ryker n'étaient que des miettes de l’histoire de son propre peuple. Que connaissait-il vraiment de Zénobie ? D'Yfe ? Pire, de Malkuw'th et des grigoris ? Cependant, la curiosité du Veilleur était piquée. Il se résolut à donner certaines informations, espérant que le patrouilleur accepterait en échange de lui laisser observer cet étrange ouvrage.

L’Instant, prononça-t-il en grigorien, est la cité sur laquelle règne celui que nous appelons le Roi des Rois, ou le Céleste. Lorsque l’existence d’un erelim tire à sa fin, il rejoint la Cité Perpétuelle, un paradis préservé des affres du temps.

Est-ce qu’un simple humain pouvait saisir la profondeur du concept de l’Instant ? Heureux que Ryker partage ses découvertes avec lui, le veilleur feuilleta le livre et observa les cartes avec attention. Pourtant, il ne dit rien. Pouvait-il vraiment faire confiance à ce strigoi ? C'était lui qui inquiétait le plus le diplomate. Par sa réputation, il savait Lestat fidèle à la guilde et doutait que la jeune Aelis comprenne vraiment de quoi il était question. Elle était certes intelligente, mais de l’avis du grigori, son expérience limitée du monde qui l’entourait n’en faisait pas quelqu’un de bien dangereux. Nimrod était plus mystérieux. Acteur de renom d’Opale, se produisant dans les meilleures salles, il n’avait pas le profil d’un aventurier. Pourtant, il se trouvait ici parfaitement à l’aise, même loin des commodités mystiques de la Ville Lumière. Qui était-il vraiment ? Qui servait-il ? Il serait stupide d’étaler ses connaissances sans savoir s’il pouvait vraiment lui faire confiance.

La Cité Perpétuelle, pointa malgré tout l’erelim sur l’une des cartes, désignant ce qui avait été représenté comme un immense cratère. On l’appelait Merka’bah, la Capitale, avant que le Mibassar Ra’ott frappe. Et là, c’est Zaravoda, désigna-t-il en pointant les Monts Alcalins.

Il n’en dit pas plus malgré ce vocabulaire cryptique, laissant plutôt son esprit tenter de faire des liens entre les éléments qu’il déchiffrait. Malgré son cristal d’hypermnésie, sa mémoire était si vaste qu’il avait du mal à faire toutes les connexions, à vraiment comprendre le sens de ce qu’il parvenait à lire. Ce qu’il aurait aimé, c'était se retrouver dans son bureau, pouvoir noter ses observations et ses théories ! Le patrouilleur accepterait-il de lui prêter l’ouvrage pour qu’il puisse l’étudier ? Peut-être le Chancelier serait-il en mesure de l’aider à comprendre les mystères que renfermait ce livre à la fois si bien conservé et si ancien ? Malgré son espoir de pouvoir repartir avec l’ouvrage, il sortit le carnet et le stylo qui ne le quittaient jamais, reproduisant d’une calligraphie soignée les symboles qu’il estimait être les plus importants. Si le patrouilleur ne s’en sortait pas, il lui faudrait absolument récupérer l’ouvrage.

Ils reprirent le chemin de la forteresse dès le lendemain et il accueillit cette fois la Brume comme une vieille amie. Aujourd’hui, elle avait choisi de ramener à son esprit son souvenir. Il la voyait en périphérie de son champ de vision, murmurant sans qu’il ne parvienne à saisir le sens de ses paroles. Une douleur sourde, toujours aussi forte malgré les années, pulsait dans sa poitrine. Le Veilleur, pourtant, résistait à l’envie de s’approcher, conscient du petit jeu que jouait la Brume. À ses côtés, Aelis et Ryker semblaient, eux, parfaitement alertes et il leur fallut s'enfoncer bien davantage encore vers Valeek pour que Maël ne commence à percevoir l’effet de la Brume dans l’expression de leur visage. L’expérience ne faisant pas tout, le diplomate commençait à douter de la nature du patrouilleur, alors que celle de la jeune aventurière, elle, lui était apparue avec évidence la veille.

Avec la carte, ils n’eurent aucune difficulté à éviter les pièges que Valeek leur avait tendus la veille. La Brume, bien que présente, était clairsemée et n’imposait à leurs esprits qu’une pression coutumière qui ne les mit pas à l’épreuve. Ils progressèrent donc sans trop de difficulté malgré les heures qui passèrent avant qu’un changement.

Je reconnais cette langue, affirma le grigori en écoutant avec attention les voix qui leur parvenaient.

Malgré cette affirmation, il était incapable de déchiffrer ce qui se disait, ou même d’identifier avec certitude la langue en question. Seule demeurait la certitude d’avoir déjà entendu ces consonances.

Nous n’avons pas beaucoup d’options. Avançons, proposa le grigori, non sans qu’une ride inquiète ne creuse son front.
Lun 8 Jan - 9:38

La Brume vous a laissé, vous a abandonné le long de ces égouts humides qui n’ont apparemment rien à faire là. Vous n’êtes pas seuls, le long de ce sordide couloir, de l’eau jusqu’aux genoux, l’odeur de la vase vous chatouillant les narines. Vous oubliez presque que, il n’y a pas quelques minutes, vous étiez encore dehors à éviter les curiosités visuelles du fort, ses tours et les ennemis qui y rôdent.

Les voix s’approchent. Vous parvenez nettement à les localiser, ce sont des paroles provenant de votre gauche, un peu après le coude qui se dispute une partie de votre vision. Mais ces voix sonnent pourtant bien humaines, bien… Normales? Un échange de pensée, des éclats de rires…

Un peu trop proches. Brusquement, à la sortie de ce coude, deux hommes humain apparaîssent, l’un armé d’une balayette, et le second tenant un grand sac à la main. Ils semblent habitués au lieu selon leur tenu de toile ciré qui les protège de l’eau. Le premier, très grand, se tient la panse, l’air tranquille et le sourire au lèvre. Tout le contraire sur second et son petit visage à la bouche si mince, si petite comparé à sa mâchoire carrée, et ses cheveux clairsemé sur son crâne presque chauve.
Tout deux s’arrêtent, vous dévisagent. Deviennent livides. Effrayés.

“???????????? ???????????????? ?????????????!!”

“???????? ???????????? ???????????????????? ???????????????????? ?????????????” Celui à la balayette vous met en joue, même si sa menace manque de sérieux.

Cette langue… Curieusement, familière, mais incompréhensible aux oreilles peu habituées. D’où vient-elle? Et que faire de ces deux hommes? Apparemment, pas une menace. Vraiment? Qui sont ils? Où êtes vous? Où allez-vous?

Sam 13 Jan - 17:39

Intrigue
La dimension corrompu

Ft. Nimrod & Ryker
MJ : Lö

Il avait l’impression d'être plongé dans un autre monde. Comment pouvait-il y avoir autant d'eau, alors que ces souterrains se trouvaient sous l’un des déserts les plus arides d’Uhr ? Il ne lui avait pas semblé marcher si longtemps... La Brume leur jouait-elle un tour ? Pourtant, elle s’était dissipée, au point d’être totalement imperceptible. Y avait-il réellement une zone dépourvue de Brume au cœur de la forteresse ? Et d’ailleurs, était-ce vraiment les souterrains de la forteresse ? Maël passa un doigt sur la pierre humide du couloir, y goûtant pour s’assurer de sa tangibilité. Le goût rance de l’eau lui prouva que tout cela était bien réel. Mais cela ne contribua pas à le rassurer.

La lumière perça, alors qu’ils devaient pourtant se trouver à des lieues sous terre, achevant de convaincre Maël que des forces puissantes jouaient avec eux. Le bruit des voix, lointain, étouffé par le bruit de l’eau, ne fit que confirmer ses soupçons, et le Veilleur accepta que l’impossible les attendait probablement plus loin. Auraient-ils dû fuir, abandonner Valeek à son sort, comme il l’avait fait, ce jour-là, dans les sous-sols de Svartheim ? Mais ce n’était pas si simple. Ce n’était jamais aussi simple. Et rien ne le passionnait davantage que de plonger au cœur des plus grands secrets d’Adhra.

Les voix finirent par s’éclaircir, permettant à l’érudit de reconnaître le langage utilisé. Ils s’approchèrent encore, tournant le coude pour découvrir deux hommes qui se trouvaient là, visiblement encore plus surpris qu’eux de les retrouver là. L’arme pointée sur leur petite troupe les figea tous instantanément, et Maël leva les mains en signe de paix.

C’est du vieil urhois, murmura-t-il à ses compagnons. Bonjour, prononça-t-il avec un fort accent, hésitant en prononçant dans cette langue qu’il avait plus souvent lue qu’entendue. Nous sommes perdus, affirma-t-il en fronçant les sourcils. Vous pouvez nous aider ? Je demande de l’aide, informa-t-il ses compagnons en leur jetant un regard entendu.

La structure de la langue se rapprochait suffisamment de l’uhrois moderne pour ne pas qu’il hésite trop en formulant ses phrases. Pourtant, il devait sembler bien formel pour ces ouvriers qui s’exprimaient dans un argot marqué. Il aurait voulu leur poser mille questions, comprendre ce qu’ils faisaient là, pourquoi ils s’exprimaient dans une langue aujourd’hui oubliée... Soudain, les pièces du puzzle commencèrent à s’assembler dans l’esprit du grigori. Et si ce n’était pas l’endroit qui n’était pas le bon, mais... l’époque ?

Valeek était le vestige du Royaume Oublié, un lieu qui avait autrefois fleuri là où les Terres Brûlées se tiennent aujourd’hui. Un lieu que les histoires décrivaient comme prospère, grandiose, un lieu dont les seuls témoins demeuraient aujourd’hui les ruines clairsemées et anonymes qu’il avait lui-même explorées à son arrivée dans l’enclave des hommes. Des ruines fortement dégradées, mais dont les vestiges permettaient malgré tout de comprendre à quel point cette société avait été avancée. Suffisamment avancée pour qu’un système d’égout soit mis en place.

Je crois que nous sommes dans le passé, dit-il à ses compagnons. Mes compagnons ne parlent pas votre langue, s’excusa-t-il auprès des deux hommes, espérant que cela suffise à ce que ceux-ci conservent leur calme.

Il ignorait comment cela pouvait être possible, mais ce n’était pas le plus important. Est-ce que ces hommes pouvaient leur donner davantage d’informations ? Ils n’étaient probablement pas très instruits, et leur poser des questions sur l’époque dans laquelle ils se trouvaient attiserait probablement leur méfiance. Peut-être pouvaient-ils malgré tout en apprendre plus ?
Dim 28 Jan - 20:21
Nimrod s'était retenu de ne pas empoisonner leurs rations. L’œil du Patrouilleur ne traînait jamais loin, scrutant indirectement ses faits et gestes ; le Grigori lui-même se méfiait et, dans le fond, c'était compréhensible. Et il ne cherchait pas spécialement à gagner leur confiance, pas plus qu'il ne tenait à s'étendre sur les motifs de sa présence. Il était là, avec ou sans eux. Il valait donc mieux que tout ce petit monde collabore, jusqu'à ce qu'il ait l'occasion d'en faire son festin du moins.

L'aventure avait repris quelques heures plus tôt, le temps de refaire le chemin à travers la Brume et d'arriver jusqu'au fort, ou ce qu'ils supposaient être le fort. Là, un tunnel souterrain les avait guidés jusqu'à la lumière, dans le giron de deux ahuris qui hurlaient en Vieil Uhrois, visiblement décontenancés de voir quatre visiteurs surgir des égouts. Pour des raisons que le Strigoi ne pouvait énoncer devant ses petits camarades et dont il n'était pas tout à fait sûr lui-même, il comprenait parfaitement leur langage et suivait la discussion entre les domestiques et le représentant de l'Alliance.

« - Intéressant.

- T'as entendu ça ? Ils sont perdus qu'y disent, » s'agita le plus grand des deux dadais en donnant un coup de coude dans son comparse. Après un bref ricanement, l'autre compléta enfin :

« - Vous, z'êtes pas du coin, non ? »

S'introduisant dans la conversation, Nimrod alpagua brièvement le Grigori pour lui dire de se méfier dans le plus pur dialecte opalin. Cette histoire de voyage dans le temps ne présageait rien de bon ; cela pouvait encore être un coup de la Brume, ou pire encore...

« - Faisons profil bas.

- Qu'est-c' y dit lui ? 'Parlez quelle langue les drôles ? »

Le plus épais resserrait sa poigne sur sa hampe, persuadé de représenter une menace. Ne lui prêtant pas attention, l'acteur préféra détailler la scène autour d'eux. Les éléments les plus proches étaient criants de réalité, riches en détails... mais un flou recouvrait le fond du tableau. Comme s'ils venaient de mettre les pieds dans une sorte de rêve... Une douleur traversa le crâne de l'opalin qui porta sa main à son front par réflexe, alors qu'il se souvenait de détails cruciaux. Il avait déjà vécu ça.

Alors que Maël brodait un embryon de réponse, couvrant leurs traces et les faisant passer pour de simples touristes, le duo de Patrouilleurs se déplaçait lentement autour d'eux, observait les environs.

« - Ne tardons pas trop. Nous prenons des risques en restant ici, bavarder. N'oubliez pas que nous sommes dans la Brume. »

Bien qu'il n'y en ait aucune trace, ce qui était d'autant plus troublant. Ne feignant plus d'ignorer les deux olibrius sur qui ils étaient tombés, le Strigoi décida d'ouvrir la marche en direction d'un autre tunnel, cette fois-ci en surface, qui passait sous l'un des murs d'enceinte. Il y avait forcément une raison à tout cela et elle se trouvait en profondeur dans le fort ; ils devaient continuer.

La dernière chose dont il avait envie, c'était de faire partie de ces fantômes du passé.
Sam 17 Fév - 10:55
Avec le polyglotte, Ryker se sentait mis de côté. Il percevait quelques accents familiers empruntés çà et là dans les terres grises, mais ce langage était ancien. Il le percevait, comme une branche maternelle de son propre vocable. Le vieil Uhrois. Cela corroborait ce qu’il avait pu comprendre du livre dont il s’était emparé : il y avait là une histoire d’époque que son cerveau peinait à comprendre. Même si Maël avait tenté de lui expliciter quelques notions, cela restait abstrait. L’émissaire de l’Alliance était un puit de savoir, il commençait à le percevoir. Il ne mesurait pas très bien ce que signifiait la vie étendue des grigoris en termes d’expériences … mais il le touchait du doigt. Il se sentait flammèche face à un incendie, d’une existence si brève qu’elle n’en avait que peu de sens. Surtout lorsqu’on arpentait la Brume et qu’une Nebula vous rongeait le crâne.

Face aux deux hommes, ce fut donc naturellement Maël qui prit l’ascendant et s’imposa à eux. Les patrouilleurs avaient posé leurs mains sur leurs armes, la jeune femme s’étant tournée vers Ryker pour déterminer la marche à suivre. Elle le pensait si vieux qu’il se devait de connaître tous les langages ? Il lui répondit d’un haussement d’épaules : il n’était pas plus avancé qu’elle. Cependant, après quelques échanges, le grigori confirma ce que pensait Ryker. Du moins, l’idée qui lui titillait l’encéphale depuis qu’il avait ramassé le livre. Un endroit figé dans le temps. Dans l’Instant ? La Cité perpétuelle … mais … comment ces gens n’avaient pas pu s’en rendre compte ? Etait-ce réellement une illusion, ou une boucle ? Etaient-ils piégés à présent ? Il serra les dents. Perçu sa Nebula qui s’étirait et gagnait ses fibres musculaires. Il se retourna, pouvaient-ils rebrousser chemin ? Non pas qu’il le désira, mais il fallait toujours envisager une voie de sortie …

Le strigoï en profita pour s’emparer de quelques menus détails et avança aux côtés de Maël. Il lui murmura quelques mots qu’ils ne purent entendre. Ryker était trop occupé à se toiser avec le grand escogriffe. Il percevait la tension grimper, ressentait quelque chose qui s’agitait autour d’eux sans qu’il ne puisse percevoir quoi. Son cœur battait de plus en plus fort. Une tension gagnait ses épaules et ses doigts se resserrèrent sur le pommeau de son épée courte. Aelys semblait ressentir la même inquiétude.

- L’Instant. Cela m’étonnerait, gamine. Les gens ici n’ont pas l’air d’avoir conscience de ce qu’il se passe si je me fie à ce que nous a raconté Maël. Un tour de la Brume. Un rêve … ou une boucle ? Avec ce qui nous est arrivé au fort … je crains que ça ne soit qu’un artifice. murmura-t-il, presque tenté d’altérer la scène pour en découvrir l’aspect factice.

Il inspira.

- Elle nous a mené ici. Elle a une raison. Suivons-la.

Il fronça les sourcils, repensa aux miroitants. Ils avaient été poussés là. La Brume avait un dessein, comme toujours. Il avait du mal à la considérer comme une ennemie farouche, après toutes ces années. Après tous ces morts. Cette langueur était commune à de nombreux Patrouilleurs et, selon certains, expliquait quelques Errants. Mais pas lui. Pas encore. Il tira une dague de sa ceinture, écorcha le mur de sa pointe. Le retour de Nimrod le tira de ses songes et conjectures.

- Bien vu, opalin. Nous sommes dans la Brume. Merci de vous en êtes rendu compte. répondit-il tout en reléguant sa dague dans son fourreau. Elle a un dessein : Elle ne fait jamais rien au hasard. Il nous faut, en effet, continuer d’avancer. Pour une fois, nous sommes d’accord.

Il n’appréciait pas Nimrod. Il n’appréciait pas les citadins. Il n’appréciait pas ceux qui donnaient l’impression d’en savoir bien plus, alors qu’ils jouaient le rôle du pauvre hère égaré. Cette suspicion le concernant durait depuis que l’individu, seul aux abords de la Brume, les avait rejoints. Un acteur d’Opale en solitaire dans la Brume. Il semblait trop sagace pour être suicidaire.

- Gamine, comme dans les fosses. proposa-t-il à Aelys en tapotant le pommeau de sa dague.

Elle soupira et leva les yeux au ciel puis se déporta sur le côté de Maël, un peu en retrait. Elle était bien mutique depuis leur départ, mais ils se connaissaient bien assez pour se comprendre sans avoir besoin d’entrer dans les détails. Maël était le seul à pouvoir communiquer avec les inconnus, il fallait assurer sa protection tout en s’assurant d’avoir une voie de sortie.

- Nimrod. Si cet endroit cherche à nous faire revivre des souvenirs, je gage qu’ils seront traumatiques. Je vous conseille de marcher entre Aelys et moi. S’il s’agit … d’une sorte de manipulation du temps, cela vaudra pareil. Nous aurons peut-être besoin des talents que vous nous avez montré hier. Je pense, à cette fin, qu’il serait de bon ton que nous mettions un peu sur la table nos talents respectifs qui pourraient être d’une quelconque utilité dans pareilles circonstances. Histoire de ne pas perdre de temps à sauver ceux qui peuvent se débrouiller par eux-mêmes.

Il lâcha ces quelques mots sans regarder l’acteur, le regard fixé sur le dos du grigori.
Dim 18 Fév - 18:40

Est-ce une boucle? Un souvenir? Encore un tour de la brume pour mieux vous piéger? La brume n’est nulle part, vous ne la voyez pas danser autour de vous. Il n’y a que l’eau dans vos chaussures, l’odeur de fange et d’eau sale qui chatouille vos narines, et les deux êtres d’un autre âge qui vous confrontent toujours. Sont-ils deux fantômes piégés ici pour l’éternité, condamnés à revivre éternellement la même journée ennuyeuse? Si oui, alors vous êtes les premiers visages à altérer leur monotonie, depuis on ne sait combien de temps… Et pourtant.

Vous marmonnez quoi au juste?” Le plus grand des deux vous confronte, agacé. Visiblement, vos messes basses ne lui ont pas échappées. “J’sais pas d’où vous venez vous, mais vous avez l’air louches. Des touristes dans les égouts! Et puis quoi! Z’êtes louches.”

Le géant vous braque du regard, Nimrod, Ryker et la cadette. Votre attitude désinvolte mais tendue ne lui aura pas échappée, et à fureter autour de lui, vous avez fini par attirer son attention. Mais vous aurez aussi remarqué que derrière le coude se trouve un couloir plus long, toujours de ces mêmes égouts, quoique cette-fois ci vous distinguez une trappe et une échelle qui vous permettrait de remonter… Quelque part.

Heu… Bert’, faudrait pas qu’on fasse de vagues… Sinon le boss va v’nir.

Le plus petit a l’air sincèrement inquiet, surtout en toisant Ryker qui passe lentement sa main sur le pommeau de son arme. Un signe de la nervosité du patrouilleur. Rien n’indique qu’il compte dégainer, mais la simple présence de l’arme pour ces deux éboueurs est un indice important: vous n’êtes pas là pour patauger tranquillement dans la boue.

C’est quoi au juste que vous cherchez?” Dit le plus petit, soucieux de temporiser, en s’adressant à Maël. Le plus grand continue de vous toiser, et semble désapprouver qu’on essaye de vous parler avec bienveillance. “Nous on fait que travailler, on a rien sur nous!

Vous n’auriez pas l’idée de les braquer, par hasard? Le plus petit y a songé, lui. Et cette crainte le pousse visiblement à vous aider pour ne pas finir embrocher par Ryker. C’est peut-être l’occasion de poursuivre… Tant que vous n’usez pas trop de la patience de Bert.

J’vous garde à l'œil, vous là.” Les petits chuchotements l’ont sans doute agacé bien plus qu’il ne le montre.