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[PARTIE 1] Les mines englouties

[PARTIE 1] Les mines englouties - Page 2 Brandw10
Mer 19 Juil - 21:28

Les mines englouties part. 1

Avec Elizawelle Flatterand et Lillie Moynihan



Retrouver son corps fut aussi douloureux qu’appréciable. Il put rattacher sa jambe de métal pour continuer l’aventure plus sereinement. Elizawelle les interpella, Lillie étouffa sa surprise en découvrant les êtres qui monopolisaient les entrailles de la mine. Malgré ses lunettes, tout en plissant les yeux, Lewën ne distingua que des formes floues à cette distance. Il ne pouvait que faire confiance à ses partenaires. La Xandrienne les apostropha ce qui eut pour effet de rameuter un groupe au bout du pont, la masse floue devint plus dense.
Le coup d’épaule de Lillie l’incita à l’imiter, Lewën leva les mains à son tour et tenta une approche qui l’avait, par le passé, permis d’obtenir les bonnes grâces d’humains. Qu’en était-il des gobelins ?

- JE SUIS MÉDECIN, NOUS SOUHAITONS JUSTE SOIGNER D'ÉVENTUELS BLESSÉS ET LES RAMENER À LA SURFACE SI BESOIN. Sa voix ne portait pas autant que celle de Lillie, l’ouïe des gobelins sembla pourtant l’entendre.

Le bruit répétitif, qui n’était autre que celui des pioches, s’essouffla pour laisser place à un lointain débat de sons gutturaux que couvrait le courant résonant. Une des créatures s’avança sur le pont jusqu’à son tier avant de s’adresser aux groupes d’aventuriers de sa voix râpeuse.

- TOI LE MÉDECIN, TU VIENS.

Ce n’était pas une invitation, non. C’était un ordre. L’Epistote consulta ses partenaires du regard, il n’était pas difficile de comprendre l’avis de tout le monde. C’était une mauvaise idée. Peut-être qu’Opale se suffirait d’une telle explication dans sa mine : des gobelins ont envahi le lieu. Le scientifique savait bien que non. Il fallait toujours apporter des preuves, étayer ce qu’on avance. S’il y avait des gobelins, que faisaient-ils là ? Combien étaient-ils ? Leurs intentions étaient-elles mauvaises ? En l’état, le trio ne pourrait satisfaire aux exigences de leur mandataire. Oui, bien que non recrutée par la Guilde Lillie était maintenant autant impliquée qu’eux, et s’ils devaient avoir une récompense, Lewën entendait bien la partager avec la femme qui s’était montrée plus qu’aidante à leur égard. Enfin, s’ils sortaient d’ici en un seul morceau …
Voyant que rien ne se passait le gobelin insista :

-  SI LE MÉDECIN SOIGNE KWYGI, MOI RELÂCHERAI LES MINEURS !

Ah. Les choses se compliquaient. Il y avait réellement d’autres humains sous terre, en prise avec ses créatures qui plus est. L’évidence des minutes précédentes s’étiola.

- Je crains que nous n’ayons guère le choix, s’adressa-t-il à ses coéquipières. Elizawelle, as-tu assez d’énergie pour faire intervenir le Jaguar au besoin ? souffla-t-il.

Il s’avança prudemment, posant un pied sur le pont flottant, puis l’autre fictif. Les planches de bois tanguaient sous sa démarche boiteuse, il se tint fermement aux cordes, priant pour que rien ne cède. Il sentit le pas de l’une de ses partenaires qui remua la passerelle ce qui déclencha aussitôt des protestations chez les possesseurs des lieux.

-  NON, s’énerva le gobelin à l’autre bout qui claqua bruyamment la langue à l’attention de ses camarades.  QUE LE MÉDECIN !

Au loin, les êtres s’agitaient. Certains partirent et revinrent quelques minutes plus tard avec une masse plus grande qu’eux, menaçant de la laisser tomber dans le gouffre. Une bruit de peur résonna contre les parois.

- SI VOUS NE FAITES PAS C’QU’ON DIT, LUI MOURRA ! menaça-t-il l'humain prisonnier.

Lewën tourna légèrement la tête vers Elizawelle et Lillie pour les inviter à faire ce que disait la vile créature d’un hochement de tête. Une fois seul sur le passage, il le traversa. A peine arriva-t-il de l’autre côté qu’on le fit tomber à terre pour lui fouiller sac et vêtements. Il fut démuni de son arme et de ses cristaux, l’appréhension lui saisit l’estomac.

- Ce sont mes instruments pour soigner. dit-il d'un ton qui se voulut neutre à l’attention d’un des hominidés qui s'accaparait de ciseaux, de son masque, de bandes et de tout ce qu’il trouvait d'intéressant dans la besace.

- Nous rendre à toi si tu as besoin pour soigner Kwygi. répondit celui qui s’était imposé comme le chef du groupe.

Lewën put observer les êtres à la peau verdâtre, aux oreilles pour la plupart longues et affutées. Ils étaient une quinzaine autour de lui, et sûrement bien plus dans les galeries où on lui imposait d’avancer. Sur les côtés, des roches blanchâtres aux veinures grises étaient amassées dans des brouettes. Le dépigmenté n’avait jamais vu un tel minerai et n’avait aucune idée de son utilité. Après un long couloir aménagé par les créatures, on le poussa en avant dans une tente d’où une odeur de pourriture stagnait. Un gobelin était allongé là, haletant.

- Kwygi attaqué par mineur; lui a perdu beaucoup de liquide. La blessure est grande. dit-il en soulevant le tissu faisant office de pansement.

La plaie n’était pas belle à voir, gangrénée, Lewën savait que le le bras du gobelin était condamné, si ce n’était la créature elle-même.

- Je vais avoir besoin du matériel que vous m’avez retiré, et de mes cristaux.

Le chef grogna sans esquisser un mouvement. Lewën dû se justifier pour tout récupérer.

- Le masque et mes gants vont me permettre de le soigner sans risquer de le surinfecter. Il était trop tard pour cela, peut-être même le gobelin contracté une septicémie. Je vais devoir nettoyer sa plaie, j’ai besoin des ciseaux, de l’alcool dans ce petit flacon que votre ami tient là, et de bandes. Quant aux cristaux, ils vont me permettre de lui transfuser de l’énergie pour l’aider à guérir. Vous n’allez pas aimer mais il me faudra des volontaires pour partager votre essence vitale avec … Kwygi.

Un nouveau grognement accueillit sa tirade.

- Vous êtes armés, je suis sans défense. Au moindre signe de menace sur votre ami vous serez bien plus rapide à m’abattre. Croyez-moi, je suis médecin, pas assassin.

D’un mouvement de tête, le chef fit signe à ses comparses d’obtempérer. Lewën récupéra une bonne partie de ses affaires et surtout, ses précieux cristaux.
Mar 25 Juil - 17:09

Partie I
Les mines englouties

Ft. Lewën Digo et Lillie Moynihan


Des gobelins !

Elizawelle se crispa. Elle n'avait absolument aucune confiance en ces êtres retors qui n'avaient jamais hésité à lui nuire chaque fois qu'elle les avait rencontrés. Ainsi, un juron traversa ses lèvres lorsque Lillie les interpella. Il aurait mieux valu approcher discrètement... même s'il était vrai que ce pont aurait compliqué les choses. Inquiète, l'aventurière se réfugia derrière ses compagnons en réfléchissant à toute vitesse. Ces demi-portions étaient dans une mine censée être abandonnée. Leur présence était très probablement illégale et il y avait peu de chances qu'ils soient heureux de les voir là. Incertaine de l'idée qui germe dans sa tête, elle glissa malgré tout sa main dans celle de Lillie, lui transmettant à nouveau un peu d'énergie.

– Rajeunis-moi, lui souffle-t-elle alors que Lewën s'annonçait.

Heureusement, la portebrume ne posa pas de question. Eliz serra les dents alors que ses os rétrécissaient. Bientôt, elle eut l'apparence d'une enfant de six ou sept ans et elle fit de son mieux pour ajuster ses vêtements à sa taille. Elle reprit la main de la portebrume et, se composant un visage intimidé, elle demeura derrière elle comme une enfant l'aurait fait avec sa mère. Les gobelins auraient-ils pitié d'une enfant ? Dans tous les cas, l'offre du médecin, elle, semblait les intéresser et il fut vite invité à les rejoindre... C'est avec une boule d'angoisse dans la gorge que la zoanthrope le regarda s'éloigner vers le camp des gobelins.

Plissant les yeux, elle tenta de se faire une idée du nombre de gobelins et de leurs installations en elles-mêmes. Trop loin pour discerner les détails, la taille du camp et la proportion de gobelins qui les avaient accueillis l'inquiétèrent. Ils étaient nombreux. Trop, en tout cas, pour qu'ils aient une chance, à trois – et même, à deux – de pouvoir les vaincre avec une attaque frontale. Heureusement, ils n'avaient pas pour tâche de les combattre. Ils devaient surtout glaner des informations. Ainsi, pour l'instant, elle devait faire confiance à Lewën. Reprenant son aplomb, elle réfléchit et un plan s'échauffa dans son esprit. Elle tira sur la manche de Lillie pour lui en faire part.

– Il faut s'approcher. Dis que j'ai soif ou que j'ai besoin d'un truc.

Celui qui s'était imposé comme le chef étant parti avec Lewën, la demande causa la confusion parmi les gobelins restants. Ils semblèrent hésiter, mais après quelques secondes de délibération, une gobeline se détacha du lot et les autorisa à traverser. Après avoir prudemment franchi l'instable pont sous le regard inquisiteur des gobelins, Elizawelle comprit mieux l'ampleur de ce qu'ils avaient découvert. Le campement était visiblement occupé depuis longtemps, et sa taille semblait davantage adaptée pour des hommes que des gobelins. Aussi, des outils neufs et des caisses estampillées semblaient indiquer un approvisionnement extérieur. La gobeline lui servit de l'eau et, semblant vaincre sa timidité, l'enfant s'avança en lui adressant un petit sourire reconnaissant.

– Merci madame, dit-elle à la créature à peine plus grande qu'elle. C'est quoi que vous faites ici ? demanda-t-elle avec toute l'innocence dont elle était capable.

Elle s'approcha en la regardant de sa curiosité candide, espérant que son apparence l'attendrisse un peu. Pourrait-elle avoir des informations sur ce qui se passait ici ? Le temps sans nouvelles de Lewën semblait s'étirer, exacerbant l'inquiétude de la petite. Dans son ventre, le chaton s'agitait, et la zoanthrope peinait à garder un contrôle sur lui. Au bout d'un moment à attendre, l’attention de leur gardien se relâcha légèrement et elle se mit à déambuler, se faisant oublier. Elle adressa un clin d'œil à Lillie et, profitant que celle-ci attire momentanément toute l'attention des gobelins, la zoanthrope s'empara de ces quelques secondes d'invisibilité pour se transformer.

N'ayant l'apparence de rien de plus qu'un chat noir, elle se faufila prestement dans le campement des gobelins. Où était Lewën ? Elle le connaissait suffisamment bien pour repérer son odeur et, se servant des ombres nombreuses que le faible éclairage ne permettait pas d'effacer, elle progressa incognito dans les rues improvisées. Elle dut se cacher une ou deux fois, mais personne ne guettait la présence d'un petit félin dans le village. Rapidement, ses oreilles lui furent plus utiles que son nez et elle suivit les conversations qui lui parvenaient devenir de plus en plus audibles. Attentive, elle en profita pour prendre note de sa route, vérifier ce qui se trouvait autour d’elle et dénombrer les éléments les plus insolites.

L’odeur et le bruit arrivant à son comble, elle découvrit un spectacle qui tira une drôle de grimace au jaguar. Le gobelin qui se trouvait là était visiblement en très mauvais état. Pourtant, Lewën était maître de la situation, gardant comme à son habitude un sang-froid remarquable dans une situation pourtant très angoissante. Rassurée, la zoan se coula à nouveau dans l'ombre. Elle n'avait pas l'intention de se dévoiler si cela n'était pas nécessaire, préférant garder l'effet de surprise au besoin. Elle était peut-être capable de changer de peau, mais sous la forme d'un enfant, elle doutait de pouvoir être réellement utile autrement que comme espionne.

Elle espérait seulement que sa disparition ne causerait pas de soucis à Lillie. Elle n'était qu'une enfant, quoi d'étonnant à ce qu'elle se soit perdue dans les tunnels ? N'était-ce pas l'histoire qu'ils leur avaient servie ? Peut-être parviendrait-elle à glaner quelques infos ? Et sinon... à quel point la portebrume était-elle en mesure de se défendre si elle se retrouvait acculée par les gobelins ? Elizawelle préféra ne pas y penser davantage. Elle devait rester concentrée et accomplir cette mission. Tout en veillant à rester suffisamment proche de la chambrette pour pouvoir y retourner rapidement en cas de besoin, elle se mit à explorer prudemment le campement.

Une preuve. Elle devait trouver une preuve pour leurs commanditaires.
Ven 4 Aoû - 23:40

Du campement rien ne saute aux yeux, si ce n'est qu'il ne semble pas avoir été agencé par ceux qui l'habitent. C'est leur odeur pourtant qui imprègne les tissus des tentes et leurs habitus qui jonchent le sol, les cordages, les vestiges de repas et les cendres des feux. Leurs pattes qui se dessinent à la suie sur les caisses de marchandise, les réserves de nourriture et d'eau, et les sacs de pierres blanchâtres amoncelées soigneusement, transportées d'un bout à l'autre du campement avec des chariots, des brouettes. Autant dire que cette petite entreprise est bien ficelée, que les gobelins sont organisés, et qu'ils sont loin de rechigner à la tâche, ou de tirer au flan. Ce qu'ils font ? Oh, visible comme le nez au milieu de la figure : de l'extraction. Les pierres blanches sont les seules trouvant grâce à leurs yeux, et peu importe votre niveau d'érudition ou votre passion secrète pour les minerais, vous n'en avez jamais vu de tel et ne pouvait déduire d'une quelconque utilité.

Le médecin en otage, la gamine-chat qui disparait dans l'ombre en abandonnant derrière ses vêtements, une femme prise entre quatre yeux de l'autre côté du pont... Est-ce véritablement une bonne idée de se disperser ainsi ? Que pensez-vous trouver, après tout, dans ce campement clandestin ? Quel intérêt avez-vous de venir en aide à des individus qui ne devraient pas être là ? Qui sait s'ils vous laisseront repartir, maintenant que vous avez vu ce qu'ils...

Là. Sur une caisse, où les sacs se regroupent et s'entassent, masse compacte dont on devine la charge considérable. Une feuille, presque incrustée dans le bois tant elle semble vieille et faire partie intégrante des planches. Aucun doute que le petit chat saura y poser le regard et s'en intriguer, et qu'une fois qu'il en sera suffisamment prêt, il pourra déchiffrer une adresse de livraison, située à Marie-du-Val...

Pas la porte à côté, et en ce moment, c'est plutôt de l'attroupement nouvellement formé autour des vêtements abandonnés dont vous devrez vous soucier. Où est la gosse ? Voilà un moment qu'elle devrait être retournée de l'autre côté, et puis c'est pas à elle, justement, les fringues ???
Lun 7 Aoû - 18:42

Lillie attendait de l'autre côté du pont, essayant de deviner dans la pénombre ambiante les mouvements des gobelins. Elle avait perdu Lewën de vue depuis longtemps maintenant, et Elizawelle avait manifestement réussi à échapper à l'attention de ses surveillants. Les bruits de pioche continuaient de résonner dans l'immense cavité qui accueillait tout ce beau monde. Les secondes s'égrenaient et la nervosité de Lillie grimpait en flèche. Malgré les pouvoirs de ses camarades, l'utilisation intensive de son pouvoir l'avait fatiguée. Il allait pourtant falloir qu'ils parviennent à sortir d'ici, idéalement sans être suivis. Mais comment faire ? Lewën était retenu en otage et sa vie dépendait manifestement de ses capacités à en sauver une autre. La zooanthrope était-elle probablement en train d'explorer le campement gobelin. Agir trop tôt les condamnerait peut-être tous les deux. Lillie prit donc la décision d'attendre.

Un petit quart d'heure plus tard, et puisqu'elle était toujours sans nouvelles de ses acolytes, elle décida cette fois d'agir. Sa main attrapa son revolver. Le bruit du chargement d'une balle dans le sillet se fit distinctement entendre. Elle puisa dans ses dernières ressources pour se vieillir un peu, de quoi atteindre l'âge respectable de 61 ans. Sa voix tomba dans les graves. L'ombre projetée de sa silhouette se fit moins nette. Elle leva son bras vers le sommet de la cavité et tira une fois. Le bruit de son pistolet manqua de la rendre sourde. Il se répercuta dans toute la grotte pendant des secondes entières.

- Je ne crains ni la vie ni la mort. J'ai atteint ce qu'aucun d'entre vous n'atteindra jamais. Je contrôle le temps et les âges ! Commença-t-elle de sa voix rauque et théâtrale. Voilà plusieurs minutes que mes camarades sont passés de votre côté. Ma patience n'est plus. Rendez-les moi, ou tous vous subirez mon courroux.

Elle attendit une première réaction en face du ponton. Les gobelins qui ne l'avaient pas quitté des yeux depuis la traversée d'Elizawelle ne bougèrent pas. Il fallait absolument que son plan fonctionne. Il fallait absolument que le médecin et la panthère reviennent sains et saufs de son côté du pont. Ils avaient largement assez d'informations à ramener aux commanditaires de la mission. La grotte était infestée de gobelins, et ces derniers n'avaient probablement laissé aucun survivant. Si les trois aventuriers ne voulaient pas venir gonfler la liste des disparus, ils avaient intérêt à trouver une sortie avant leurs adversaires.

- Il n'y aura pas de troisième annonce. Que mes camarades traversent le pont seuls et je vous laisserai en paix. Si vous refusez, vous sentirez tous vos corps vieillir jusqu'à la mort. Je suis la détentrice du pouvoir secret, je n'ai pas peur de l'utiliser. Vos os craqueront, vos cris suppliciés ajouteront à la peine de votre voisin, vos complaintes mourront avec vous. RAMENEZ-MOI MES PROTÉGÉS !

Un deuxième tir en l'air se fit entendre. Quelques minuscules cailloux tombèrent aux pieds de Lillie. Elle comptait sur la pénombre pour cacher son épuisement et sa nervosité. Elle s'approcha du pont, attendant le moindre mouvement. Sa main gauche avait trouvé au fond de sa poche son canif. Elle était prête à couper le pont si tôt Lewën et Elizawelle de retour.
Jeu 10 Aoû - 13:37

Le silence. On peut lire la crainte sur les visages tordus restés de l'autre côté du pont. Tous se toisent, des jeux de regards, échanges muets et langages corporels s'échauffent. Ils ne veulent pas vieillir, souffrir, perdre de précieuses années d'existence pour trois individus qui n'ont rien à faire dans leurs pattes. Ce n'était pas prévus. Oh, ça non, et s'ils avaient su, ils auraient certainement demandés plus au commanditaire. C'est visible : ils hésitent. L'appât du gain est présent, mais le jeu en vaut-il la chandelle ?

Les voix retentissent dans un dialecte guttural, les esprits s'animent et lorsque le deuxième coup de feu retenti, l'on envoie l'un d'eux traverser le pont et débloquer la situation. Messes basses se font dans la mine, le mot passe de mineur en mineur et rapidement l'information parvient aux oreilles de ceux surveillant Lewen et les soins prodigués à Kwigy. On le presse, le médecin, de terminer rapidement pour revenir auprès de la donzelle, la sorcière qui ne semble pas pourvu de patience. Dès que la dernière compresse est usée, on l'escorte, entouré plus que de raison, et le silence perdure sur tout le trajet.

Pour la gamine... C'est plus compliqué. Il faut un long moment avant de parvenir à mettre la main dessus ; déjà parce qu'une gosse à poil, ça doit forcément se cacher des regards indiscrets — quelle foutue idée de se mettre à poil dans une mine, aussi ! — mais surtout parce les recherches se sont scindées en deux groupes lorsqu'en cherchant la gosse, on est tombé sur une boule de poils qui, elle aussi, n'a strictement rien à faire ici.
Difficile de dire si on l'a trouvé, l'enfant, ou si c'est elle qui s'est laissée prendre, mais la voilà qui arrive aussi, entourée d'autant, voire plus de gobelins que le médecin : une fois mais pas deux, on ne jouera pas la revanche du cache-cache.

Ca fait beaucoup de mineurs avec vous, de l'autre côté. Ils vous encerclent avec détermination, bien que certains semblent prêts à se jeter ventre à terre au moindre mouvement de la vieille dame, pour ne pas subir la même malédiction qu'elle. L'un se racle la gorge, remonte sa ceinture et fait retentir sa voix, parlant pour tous :

« Nous pas pouvoir laisser partir vous. Vous savoir nous ici, vous voir campement ! Vous pas bienvenue. Vous pas être ici. Flyk !! »

Par derrière, une gobeline s'élance, pioche à la main, voulant profiter de l'effet de surprise, elle vise la tête de la vieille dame
; la plus dangereuse du trio, comme ils l'ont établi antérieurement.
Mer 16 Aoû - 15:10

Les mines englouties part. 1

Avec Elizawelle Flatterand et Lillie Moynihan



Le temps s’écoulait, s’égrenait alors que le médecin arrachait morceau par morceau l’épiderme putride du gobelin. On lui avait interdit de couper le bras du malheureux, menaçant de lui faire perdre sa tête. Il se devait de nettoyer la gangrène avant d’appliquer le soin régénérateur.

- Laissez-moi au moins lui donner du lait de pavot, ça lui calmera la douleur.

Un nouveau refus. Qu’en avait-il à faire que l’être souffrit sous son scalpel après tout ? Et bien tout, justement. On avait beau le défier et l’intimider, il ne pouvait se résoudre à bâcler son travail. Sa déontologie le lui interdisait. Et calmer la souffrance en était la base.

- Courage, souffla-t-il au blessé.

Plus vite il aurait terminé, plus vite il pourrait tenter de retrouver ses comparses. Plus le temps se rallongeait, plus les risques que les gobelins prennent une décision irréfléchie - ou bien réfléchi selon les points de vue - grandissaient.

- J’ai besoin de volontaires pour aider votre ami. Je vais transférer votre énergie dans son corps pour aider la plaie à guérir. dit-il en essayant de rester le plus simple dans les mots utilisés.

Les créatures semblèrent réfractaires à sa magie. Lewën prit sur lui pour insuffler sa propre vitalité dans le corps allongé du gobelin. La respiration de ce dernier se calma et la douleur sembla s’estomper avec le regain d’énergie.

-  Je ne peux pas continuer, annonça l’homme essoufflé.  Si vous voulez qu’il s’en remette, aidez-moi ! Donner votre énergie comme je viens de le faire !

L’être qui gardait ses affaires se concerta avec son chef. Il passa la tête hors de la tente et héla ses pairs dans leur langue natale. Deux robustes gobelins arrivèrent. Lewën leur expliqua tant bien que mal le déroulement de l’opération pour ne pas les brusquer - et éviter ainsi une réaction malencontreuse à son égard - avant de se mettre à l’ouvrage. Il ponctionna de cette vitalité pour lui-même avant de la partager avec le blessé. C’était toujours une sensation étrange que de sentir l’énergie affluer dans son être. Il pouvait sentir qu’elle était étrangère, découvrant son corps avant de se diluer dans ses propres flux.
Lorsqu’il voulut passer au deuxième donneur d’essence vitale, un coup de feu retentit. Puis le silence. Le mutisme. L’immobilité. Finalement celui qui le surveillait depuis le début sortit de la tente avant d’en revenir de longues minutes plus tard. On le pressa, il fit rapidement un pansement au blessé avant d’être poussé vers la sortie. Il en profita pour attraper sa ceinture au sol, geste qui déplut puisqu’on lui arracha son épée. Il eut tout juste le temps de cacher son arme à feu sous sa chemise. Quant à son sac, laissé derrière lui. Il fallait faire un choix. Cristaux et armes d’abord. Il se ré-équiperait à son retour … S’il revenait.

Arrivant non loin du pont il repéra des vêtements au sol, ceux d’Elizawelle. Il fit mine de tomber à leur côté pour les glisser sous son bras. La féline devait rôder aux alentours, en espérant que le jaguar viendrait bientôt les retrouver. Lillie semblait être de l’autre côté de la passerelle encore, enfin si cette masse vieillissante était celle de la Xandrienne. A cette distance Lewën n’avait aucune certitude.
Un autre groupe de gobelins arriva, en son centre, une enfant à la brune chevelure. Le médecin pouvait reconnaître ce regard fauve si caractéristique. Peu couverte, la petite Elizawelle le remercia d’un bref mouvement de tête lorsque, proche l’un de l’autre, il lui couvrit les épaules de ses vêtements abandonnés. Ils traversèrent tous ensemble le pont de fortune qui chancela sous le nombre. Lewën craignait que tout se termine là, à cet instant, les cordes cédant sous le poids. Il n’en fut rien. Heureux de retrouver le bon côté de la terre, la galère n’était pas encore finie. Les gobelins ne masquèrent pas leur menace, ils devaient éliminer le groupe d’importuns qui risquait de dénoncer leur activité illégale.
Un ordre, une réaction. La pioche se leva au-dessus de la tête de Lillie. Lewën serra son cristal, la mâchoire contractée plus que jamais. Non ! fut sa seule pensée lorsqu’il démarra au quart de tour. Ne contrôlant ni sa vitesse ni sa force de propulsion, il envoya valdinguer la vieille Xandrienne en se jetant sur elle. La pioche érafla la peau de Lillie pour ne l’entailler que de quelques millimètres. Ses vieux os avaient-ils résister à la chute ?

-  Lillie ça va ? s’inquiéta aussitôt Lewën étalait à son côté.

Il n’eut le temps d’entendre la réponse de la femme qu’un sourd grognement résonna le long des parois. Tous tournèrent la tête dans une seule et même direction …
Ven 25 Aoû - 15:21

La vitesse du médecin prit tout le monde par surprise. Les gobelins, bien évidemment, mais Lillie aussi. Elle eut à peine le temps de reprendre son apparence normale avant de heurter la paroi rocheuse contre laquelle Lewën venait de l'envoyer. Nul doute que ses os de grand-mère n'aurait pas supporté un tel choc, et quitter cet endroit avec une fracture aurait été impossible. Elle se massa les côtes en ronchonnant, prenant un moment pour reprendre ses esprits. Par chance, sa transformation soudaine avait de nouveau fait planer une incertitude notable chez leurs ennemis. Les murmures allaient bon train dans les rangs gobelins, tous se demandant sur quelle sorcière l'une des leurs avait osé lever sa pioche.

Comprenant que l'indécision de ses ennemis ne dureraient pas éternellement, Lillie se redressa et rassembla Lewën et Elizawelle autour derrière elle. Plusieurs de ses côtes étaient fêlées, et elle savait que le combat frontal était bien trop risqué. Il lui fallait trouver un plan, et vite, si elle voulait quitter cet endroit en vie.

- Ok, j'ai une idée. Dit-elle à voix basse. J'ai besoin que vous me fassiez confiance. Vraiment confiance...

C'était généralement le meilleur moyen d'éveiller la suspicion d'alliés avant d'exposer un plan bancal, mais elle n'eut pas le temps de mieux travailler sa formulation.

- Lewën, j'ai besoin que tu me transfères le maximum d'énergie possible. On va avoir une ouverture, une seule, faudra pas la manquer.
- Mais je ne suis pas certain de pouvoir faire ça sans me vider complètement...Protesta le médecin.
- Dans ce cas, tu puiseras un peu dans la mienne. Rétorqua le jaguar.
- Quoiqu'il en soit... On devrait pouvoir gagner une ou deux minutes pour mettre de la distance entre eux et nous.

À peine la révolutionnaire avait-elle terminé d'exposer son plan qu'un gobelin fonça vers le groupe, pioche à la main, pour réitérer l'expérience de sa semblable. Lewën posa sa main sur Lillie, qui sentit affluer en elle une vague d'énergie nouvelle. Assez, se dit-elle, pour mettre son plan à exécution. Elle fonça dans la direction de son assaillant sans se soucier ni de ses côtes, ni de l'estafilade qui habillait son bras droit. Elle hurla assez pour ajouter de l'emphase à son mouvement. Quand la pioche du mineur s'abattit sur elle, elle se força à redevenir un enfant, si bien que l'outil la manqua complètement. Elle profita de son mouvement d'esquive pour poser la paume de sa main sur le torse vert qui lui faisait face. Sitôt fait, le gobelin redevint un enfant à peine capable de marcher.

- MAINTENANT ! Hurla Lillia en direction de ses compagnons, alors qu'elle s'efforçait de retrouver sa taille adulte.

Les gobelins restèrent une nouvelle fois médusés devant la transformation de l'un des leurs. Lillie tourna les talons et fonça en direction des aventuriers restés en retrait. Elle avait stoppé sa transformation à ses 18 ans, âge auquel elle courait quotidiennement dans les bas fonds de Xandrie pour échapper au Guet ou à un marchand qu'elle venait de voler. Elle attrapa Lewën par le bras et pria pour qu'ils trouvent tous les trois une sortie rapidement.
Lun 28 Aoû - 15:48

Les mines englouties part. 1

Avec Elizawelle Flatterand et Lillie Moynihan



Avec l’adrénaline, Lewën n’avait pas senti la pierre qu’il avait récupéré quelques instants plus tôt - caché sous les vêtements d’Elizawelle - s’enfoncer dans sa cuisse alors qu’il avait caché le minerai dans la poche de son pantalon en rendant les affaires à la Zoan. Un hématome commençait déjà à se former sans qu’il n’en ait conscience. Le grondement qu’ils entendirent sembla venir de la crevasse, très vite les gobelins s’en détournèrent pour reporter toute leur attention, et leur haine, sur eux.

Lillie fut la première à réagir, la première à avoir une idée, et le médecin, habituellement sur le qui-vive, peinait à suivre la femme redevenue trentenaire. Il ne comprit pas tout de suite le plan mais se fia à la Xandrienne, lui insufflant toute l’énergie qu’il put avant que toutes ses forces ne le quittent, non sans l’avoir prévenu de l’épuisement dont il risquait de faire face. Elizawelle le soutint en prenant la dextre du médecin entre ses mains, une douce chaleur l’enveloppa. Leurs doigts s’entrelacèrent le temps que leurs énergies se compensent, quittant doucement la zoan pour combler légèrement le portebrume.

Tout alla très vite, l’attaque, la riposte, la course. La fausse jambe de Lewën le ralentit, le groupe avec. Même Elizawelle avec sa taille d'enfant courait plus vite que lui. Aucune des deux femmes ne comptaient le laisser en retrait et Lillie vint le soutenir aussitôt, l’aidant à fuir. Très vite ils arrivèrent face à la petite interstice, les transformations risquaient de leur faire perdre et de l’énergie, et du temps. L’homme n’eut guère le temps de commenter leur problématique qu’il fut happé au sol, un gobelin s’étant purement et simplement jeté sur son dos. Lillie l’envoya aussitôt valdinguer d’un bon low kick mais se retrouva elle-même en proie à deux autres individus dont l’un avec une pioche - décidément, l’instrument était voué à se planter dans le frêle corps de la jeune femme dont la vingtaine retrouvé lui accordé de sacré réflexe.

Le médecin, pas assez rapide, se retrouva avec un autre individu des cavernes sur lui, prêt à l’étrangler. C’est qu’ils avaient de la force ces êtres ! L’homme maintint le visage enragé de son agresseur entre les mains et la Nebula fit le reste pour lui, absorbant, sans se repaître, de l’essence vitale du corps verdâtre. Légitime défense d’abord, la force qui le maintenait au sol s’amenuisait, il pouvait maintenant aisément repousser le gobelin coupant le lien entre eux. Il ne le fit pas à sa grande horreur, ne se contrôlant plus. La Nebula profita de la fatigue de son hôte et de l’effet de surprise pour pomper toute l’énergie du vert jusqu’au souffle final. Lewën n’avait jamais ressenti cela, la dernière essence de vie. Il sentit très clairement le corps devenir chiffon, la dernière goutte de sève réfractaire à quitter la carcasse de son hôte. C’était la première fois qu’il tuait de ses propres mains. Une larme roula du coin de son œil que déjà un autre gobelin se jeta sur lui. Il sentit la Brume qui l’habitait se délecter de cet instant, prête à réitérer son méfait pour sauver son hôte.
Jeu 31 Aoû - 23:01

Partie I
Les mines englouties

Ft. Lewën Digo et Lillie Moynihan


La situation se dégradait et Elizawelle peinait à conserver son sang-froid. Plus que simplement redevenue enfant, ses émotions s’imposaient à elle avec l’intensité de sa jeunesse fougueuse. Même si elle avait toujours toute la force mentale acquise au cours des années, son corps enfantin lui imposait des signaux troublants. La zoan avait la certitude qu’elle aurait pu bien gérer la transformation si les circonstances avaient été différentes. Mais pour l’instant, cette mission tournait au vinaigre et elle n’arrivait pas à prendre les décisions qui s’imposaient. Elle n’était heureusement pas seule et lorsque le premier gobelin se prépara à attaquer, Lewën bougea avec une réactivité inhumaine. Si inhumaine qu’elle envoya durement valser Lillie, dont le corps frêle se fit durement malmener. Cette fraction de seconde lui avait toutefois sauvé la vie et malgré l’air fatigué de son vieux visage, une lueur s’était allumée dans son regard. La femme leur partagea un plan en quelques mots. Sans attendre, Elizawelle plongea son bras dans son sac et toucha son cristal d’absorption énergétique, transférant ce qui lui restait de l’énergie de l’élémentaire d’eau à Lewën, qui la transmettait lui-même à Lillie. Elle fonça alors sur les gobelins.

Son intervention leur permit de gagner quelques secondes, assez pour qu’une idée germe dans un coin de l’esprit de l’aventurière. Elle comprit que Lillie les ramenait à l’interstice qu’ils avaient franchi plus tôt, la seule sortie qu’ils connaissaient, mais aussi que les gobelins les rattraperaient forcément avant qu’ils n’aient le temps de s’enfuir. Même si ce qu’elle avait en tête était risqué, elle n’avait pas le choix. Ou plutôt, aucune autre idée qui leur permettrait de gagner le temps dont ils avaient besoin. Pour cela, elle avait toutefois besoin de calme. Quelques secondes, pas plus. Toute petite, elle se glissa seule dans l’interstice par laquelle ils s’étaient faufilés un peu plus tôt et ferma les yeux. Elle composa mentalement l’image d’un yearrk, cet hyénidé vorace qu’elle avait eu le malheur de croiser quelques années auparavant dans les plaines arides d’Aramila. Comme un courant, elle sentit son énergie se déverser au bout de ses doigts et une forme sauvage commença à se matérialiser entre ses compagnons. Acculée par les gobelins, la bête adopta aussitôt une attitude défensive, ses poils sombres s’hérissant sur sa croupe.

Sans attendre, la fillette plongea sa main dans son sac et en relira son pistolet. Il était énorme dans ses mains d’enfant, mais sa poigne ferme et son œil de jaguar lui permirent de faire mouche : la balle s’enfonça d’un coup dans le bras du gobelin qui fonçait sur la femme, l’impact et la douleur le projetant au sol.

- Empêchez-les de m’atteindre, cria l’enfant.

Se rapprochant de l’action sans toutefois se mettre à découvert, son arme toujours en joue, elle eut un hoquet horrifié en découvrant l’expression qui peignait les traits de Lewën. Un gobelin glissait de ses doigts, s’effondrant mollement au sol. Un autre fonçait sur lui : levant son arme avec l’aisance que confère l’expérience, Elizawelle tira à nouveau, atteignant le petit être dans l’abdomen. Le yearrk, lui, tenait en respect quelques gobelins, les harcelant et les empêchant de s’approcher. Toutefois, il accumulait plus de blessures à chaque minute qui passait et il était probable qu’il fuirait bientôt le combat.

Lewën ! cria-t-elle en se tournant vers Lillie pour l’assister de son arme. Lewën, reprends-toi !

Le regard de celui-ci était faible, presque éteint et une angoisse intense monta dans l’estomac de l’opaline. Elle se força à se détourner une seconde, ajusta son tir, tira dans un gobelin qui arrivait derrière Lillie. Son cœur battait à tout rompre, l’énergie puissante qu’apportait la peur de la mort balayant toute trace de doute. Elle ajusta à nouveau, tira, plongea la main dans son sac pour reprendre quelques balles. Aurait-elle le temps de recharger ? Elle jeta un nouveau coup d’œil à son compagnon. Il devait se ressaisir, et vite !
Ven 22 Sep - 8:20

Tout allait trop vite. Tout allait trop lentement. Le temps ne répondait plus à aucune règle, comme c'est souvent le cas quand plus rien n'a de sens. À bout de souffle, Lillie continuait de se battre pour sa vie. Elle parvenait à peine à distinguer les silhouettes de ses compagnons dans ce capharnaüm minéral où la lumière peinait à se frayer un chemin. Il n'y avait autour d'elle que les corps mués par une énergie frénétique des gobelins qui l'assaillaient. Elle ne pouvait éviter tous leurs coups, essayait tant bien que mal de se concentrer sur ceux qui étaient armés. Ses mouvements étaient restreints, et par la configuration exiguë de l'endroit, et par la masse verte qui s'accrochait à son mollet droit. Elle puisa dans ses dernières ressources pour s'en défaire, allongea son poing dans une figure trop proche de la sienne et grogna. Elle eut l'impression d'entendre une bête sauvage. C'était donc ça, l'énergie du désespoir ?

Pas tout à fait. Un yearrk apparût tout proche d'elle, lui arrachant un mouvement de recul. Éreintée physiquement et émotionnellement, elle se tourna vers Elizawelle et rigola. Comment avait-elle pu penser un seul instant pouvoir grogner aussi fort qu'une bête sauvage ? Un coup de pioche l'atteignit dans l'avant-bras, lui arrachant un cri de douleur. Elle dut se résoudre à utiliser de nouveau son revolver. Mais elle savait ses munitions limitées. Sans pouvoir tout à fait se résoudre à abattre une créature à bout portant, elle mit en joug son plus proche vis-à-vis. Elle abaissa son arme au moment d'appuyer sur la gâchette, touchant le gobelin à la jambe.

Dans un éclair de temps suspendu, comme si tout au milieu de cette bataille se figeait en un tableau de maître, elle aperçut Lewën, immobile, acculé par une gobeline vengeresse. Le bras droit engourdi mais l'œil vif, elle se précipita vers le médecin. Une nouvelle balle quitta le canon de son revolver. Elle ne sut pas dire où elle toucha la gobeline, mais celle-ci s'effondra devant Lewën. Elle attrapa le médecin par les épaules et le secoua sans ménagement.

- Lewën ! LEWËN ! Hurla-t-elle, comme si elle cherchait à le réveiller. Il faut qu'on bouge d'ici ! On se repentira plus tard. Tu comprends ?! C'est eux ou nous, ils nous auraient fait la peau quoiqu'il arrive !

Un léger ricanement mesquin confirma les propos de la révolutionnaire avant qu'une dague ne se plante dans son dos, sous sa dernière côte flottante. Ses assaillants ne lui avaient bien évidemment pas laissé le loisir de secourir son ami sans la poursuivre. Elle hurla de douleur avant de tirer à l'aveugle derrière elle, essayant toujours de relever le médecin en état de choc.

- BOUGE ! Hurla-t-elle pour évacuer sa douleur, assénant un coup de poing à peine retenu à Lewën.
Lun 25 Sep - 14:21

Les mines englouties part. 1

Avec Elizawelle Flatterand et Lillie Moynihan



L’esprit engourdi par les méandres de la mort, les sons devinrent brumeux. Il n’était plus là, il n’était plus lui. Une bulle dans l’espace-temps que l’appel de ses congénères tentèrent d’éclater, en vain. Des secondes qui s’égrenèrent en heure dans le coma de son esprit. Lewën s’enlisait laissant la Nebula profiter de cet instant de contrôle. L’agitation n’avait plus de prise pour lui jusqu’à ce qu’il fut violemment secoué. Les gobelins en avaient-ils fini avec lui ?

- ... Tu comprends ? …

Lillie ? Le médecin cligna des yeux avant de redécouvrir le visage de la Xandrienne lui hurlant dessus. Il reprit une inspiration et le contrôle de son corps, de sa psychée. Il n’avait pas le droit d’abandonner. Le yearrk peinait à maintenir à distance les gobelins plus déterminés que jamais à tuer les intrus venus semer désordre et mort dans leur camp.
Un nouveau coup le sortit de sa torpeur.

- BOUGE !

Sans plus réfléchir l’homme se releva revenant à cette morbide réalité. Une dague était plantée dans les côtes dorsales de Lillie, la colère ranima les gestes du dépigmenté qui se jeta sur l’être à l’origine du méfait. La Nebula resta sa meilleure arme et la vie coula en lui comme une déferlante cascade. Il asséna des coups avec la crosse de son revolver enrayé, soutint Lillie pour se rapprocher de la protection du yearrk contrôlé par Elizawelle.
Autant utiliser l’essence du mort à bon escient, prenant exemple sur sa partenaire Lewën demanda l’impossible à ces dames.

- Couvrez-moi et nous sortons de là !

Un espoir pour leur donner la force de tenir tandis qu’il fit le vide en lui, se concentrant sur sa respiration, se rappelant sa chevauchée sur le Drake. Se liant à son cristal d’hypermnésie, il fit appel aux moindres détails de la créature pour l’invoquer grâce à son totem. D’abord, il ne se passa rien. Puis un battement d’aile souffla sur eux suivit d’un grondement qui se répercuta sur les parois rocheuses de la cavité.
Cette fois les gobelins reculèrent à l’unisson, apeurés. Un instant de surprise que nos comparses utilisèrent à leur avantage, Lewën ordonnant à ses partenaires de monter sur l’animal.
La petite Elizawelle fut la première à s'exécuter. Lillie, blessée et épuisée, n’était plus apte à retrouver sa taille d’enfant pour faciliter l’ascension de l’invocation. Lewën l’aida à grimper tant bien que mal sur le dos nu de draconide avec le soutien de la zoan. A son tour il rejoignit le duo, le yearrk restant encore invoqué au sol pour les protéger.

Regardant les trous formés par les roches effondrées du plafond de la cavité, Lewën ferma les yeux pour insuffler plus d’énergie encore dans le drake qui se mit à courir en battant de ses longues ailes. Il écrasa un gobelin en tentant de s’envoler, la charge lourde ralentissant sa réussite. Les ondulations du corps reptilien faisaient tressauter les comparses qui s’agrippèrent comme ils purent au corps musculeux du drake qui, dans un ultime soubresaut, commença enfin à s’élever dans les airs.

De nombreuses anfractuosités n’étaient pas assez larges pour que l’animal puisse s’y glisser, Lewën commençait à désespérer de cette idée qui leur coûterait peut-être la vie. Il n’avait jamais accordé d’attention à l’égard de la religion, pourtant, à l’instant où le drake remonta une crevasse baignée de lumière, il pensa aux douzes et les remercia inconsciemment de cette échappatoire inespérée.
Il se justifiera pour lui-même plus tard cet égarement par un excès de fatigue et d’adrénaline au moment des faits.
Toujours était-il que la pluie vint les cueillir de sa froideur saisissante, une bénédiction qu’ils avaient longuement maudit avant leur arrivée. Le drake longea le flanc de montagne sur laquelle était creusée la mine, planant sans fournir plus d’effort avant de se poser avec remous au pied de la montée, s’évanouissant dans les méandres de l’esprit de son créateur, harassé par l’exercice. Le trio fit un joli vol plané, dispersant les corps meurtris ci et là.

Un rire résonna, nerveux avant de devenir fou. Lillie libéra toute la pression qu’ils venaient de subir dans cette hilarité contagieuse, suivit par celui aigüe de la fillette qu’était devenue Elizawelle et celui, coincé, du médecin.
Mar 26 Sep - 23:20

Beaucoup de choses se sont passées, cette nuit. Du sang a coulé, des cris ont résonné, des vêtements ont collé à des peaux malmenées, des corps sont tombés, dans l'eau, dans la poussière ; il est étonnant que personne n'ait chuté du pont suspendu, et pourtant... Ils s'en sont sortis, les aventuriers. Mal en point, mais en un seul morceau. Couverts d'ecchymoses, avec de l'hémoglobine en moins et de nouveaux traumatismes pour certains, mais en vie. Hilare, ils savourent le torrent du ciel qui matraque le derme et gèle la chair, demain, ils tiendront le lit en grelottant, sans doute, mais pour l'heure, ce sont les nerfs qui lâchent et la tension qui cède comme une corde bien trop tendue.

Ils ont leur réponse : pourquoi pleut-il autant, ici ? Parce que des élémentaires d'eau ont changé la mine abandonnée en parc aquatique privatisé. Mais cette question a laissé la place à une dizaine de nouvelles et le mystère s'épaissit d'un voile tâché de rouge. Que faisaient les mineurs, là-dessous ? Qu'était ce minerais ? Où comptent-ils l'expédier ? Qui le réceptionne ? Pourquoi ? Comment le drake a-t-il pu se faufiler dans les conduits sans provoquer des éboulements ? Ou pire, finir coincés avec eux entre les parois ? Le gobelin blessé va-t-il s'en sortir, ou mourir de gangrène, quoi qu'il arrive ? Lillie va-t-elle avoir une réputation de sorcière auprès de ce peuple qui n'est pas prêt de se remettre de ses changements d'apparence ? Vont-ils réussir à faire le chemin du retour sans s'écrouler de fatigue ?

Ils sont en vie. Les réponses aussi. Grouillent dans leur tête, silencieusement, pour le moment. Mais viendra bientôt, lorsqu'ils se sentiront enfin tirés d'affaire, en sécurité, et bien reposés, où cet étrange trio d'aventuriers, repensera au coupon d'expédition subtilisé, à l'adresse inscrite et voudront — ou non ? — connaitre la vérité.