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Fuite essentielle - Post Yfe

Fuite essentielle - Post Yfe Brandw10
Mer 3 Jan - 0:51

Le retour tant attendu à la capitale, lieu tumultueux pour cet homme dont les origines restaient encore mystérieuses. Mais pour la première fois, Artémis apprécia le retour en ces lieux. Arriver à Opale mettait un trait définitif à leur mission dans la tour d’Yfe. Ils avaient survécu à cet enfer et pourraient recommencer leur vie.

Joie de courte durée quand il aperçut les dégâts subis dans la capitale. Au loin, il aperçut Reno, manifestement fort éprouvé par ce qu’il avait vécu. Mais surtout, il y avait d’autres soldats qui les attendaient. Tous avaient des comptes à rendre à leur nation, à leurs chefs. Le vagabond, lui, n’avait personne à qui faire un rapport. Par ailleurs, ses yeux s’écarquillèrent en croisant ceux de Jessamy, peut à l’aise avec la situation. Il se rappela sa prime. Si les soldats mettaient la main dessus, même si elle était proche de l’Alliance, on tenterait de lui mettre les attentats sur le dos. Ceux à bord ignoraient tous ce qu’il s’était passé sur Opale durant leur absence, mais connaissant l’Homme, les raccourcis pour accuser les nouveaux arrivants seraient nombreux.

Usé, à bout de force, le Portebrume tenta de mobiliser ses dernières forces pour réfléchir. Jeremiah ne craignait rien et rapporterait précisément tout ce qu’il s’était passé, même l’existence du cristal d’Omniscience et de ses pouvoirs. Nemeth, aussi bonne manipulatrice religieuse qu’elle était, s’en sortirait sans encombre. Lëwen et Kêsha, en bons epistoliens, érudits et bons élèves, devraient eux aussi s’en sortir sans encombre. Quant à Ryker, c’est le parfait patrouilleur, son rapport sera certainement parfait et ravira son employeur. Restaient un pauvre vagabond assez louche et une mutante primée. L’un pouvait compter sur Réno, maître de la guilde des Aventuriers, qui pouvait éventuellement le sauver d’un interrogatoire mal tourné.

Tandis que le zeppelin survola la ville en flamme, préparant ainsi sa phase descendante, Artémis se leva de son fauteuil s’installer aux côtés de Jessamy. L’avantage était que peu osaient s’approcher d’elle, certainement en raison de son parcours et de ce qu’elle était, la laissant souvent à l’écart des autres. Il s’installa sans piper mot au début, puis son regard perçant se dirigea vers celle qu’il considérait comme son amie.

« La situation est désastreuse en bas. Nous avons quitté un enfer pour en retrouver un autre. Sur la terre ferme, des hommes nous attendrons pour nous interroger, c’est quasiment certain. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé ici, mais le lien avec le Régent et notre expédition est relativement évidente. Nous sommes des suspects. Parmi ces suspects se trouvent un coupable de premier choix. »

Il était inutile de préciser qu’il faisait mention d’elle.

« On doit rapidement trouver un moyen de t’exfiltrer. Dans quelques minutes, nous serons entre les mains de ces braves soldats qui nous attendent avec impatience. J’en frissonne d’avance. », fit-il en esquissant un léger sourire qui n’eut rien de sympathique.

Il regarda droit devant lui, plus précisément en direction d’un des hublots, duquel on pouvait apercevoir un pégase au pelage noir voler aux alentours du zeppelin. Une idée émargea alors de l’esprit de l’homme aux cheveux de suie. Cette fois-ci, ce fut avec un sourire espiègle qu’il se retourna vers la mutante.

« Il existe peut-être une solution. »

Ven 5 Jan - 13:17

Sa main griffue se pose sur l’encadrure du hublot ; le verre froid contre sa peau lui rappelle qu’elle ne rêve pas.
Opale fume.
Opale est éventrée et les miasmes sulfureux de ses viscères mises à nu se mêlent aux nuages.
Jessamy s’est détournée de ses camarades, l’étrange rictus reflété par la fenêtre. Elle devine l’horreur qui gangrène ses camarades. La stupeur de voir la grande cité, si certaine de son impunité et de sa grandeur, défigurée par… par quoi ? Quel être, quelle chose pourrait creuser une telle plaie ?
Qui doit-elle féliciter ?

Un frisson naît de son ventre pour remonter dans son échine. Voir Opale souffrir lui inspire une joie féroce, et une terreur primale. La mutante retient un rire nerveux. Elle sait comment réagissent les monstres blessés. Elle sait qui sera mordu le premier. Le Régent disparu, Amir en pièces dans son tombeau de métal, Jessamy n’a plus d’espoir de s’attirer les faveurs des autres cités. Opale aura besoin d’un coupable. Un rejeton renégat sur lequel déverser toute sa colère. Elle déglutit. Pense aux mots sages et prudents de sa mentor. Frissonne. Tandis que le zeppelin débute son atterrissage, elle a l’impression d’assister à sa propre chute.

Aux côtés de la fille bâtarde de la cité aux Mille Lumières, une ombre se glisse. Artémis est le seul qui comprenne. Nous avons quitté un enfer pour en retrouver un autre. Elle-même n’aurait pas mieux dit. Lui aussi a deviné qui serait la créature sacrifiée, celle que l’on accusera des plaies pour mieux les panser. Ici, elle n’est qu’un matricule. Un cobaye évadé, une pauvre petite chose ingrate qui devrait sagement revenir dans le giron de la Science au lieu de se rebeller.

Son visage inquiet se tourne vers Artémis. Son pouce caresse le bec de sa canne tandis que, bouche bée, elle l’écoute parler d’évasion. Alors qu’une bourse pleine d’Astras l’attend sur le tarmac, le Loup blanc si taciturne préfère y renoncer. D’autres, dans cette pièce, n’auraient peut-être pas hésité à l’emprisonner. Qu’importe ce qu’ils ont pu vivre à la tour d’Yfe : leur serment a condamné leurs souvenirs au secret.

Suivant le regard fauve du chasseur, Jessamy aperçoit, elle aussi, la silhouette du pégase à la robe de nuit fendre le ciel. Ses prunelles oscillent entre l’apparition et l’homme au visage rayonnant. D’une voix blanche, elle articule :

« Ne me dis pas que… »

Sa lèvre inférieure tremble légèrement. Elle se souvient l’avoir entendu évoquer « Ablette », une présence qui devait l’attendre près de la tour d’Yfe. Serait-ce elle, cette amie qui les poursuit sans relâche, comme rattachée à Artémis ? Est-ce vraiment lui, d’ordinaire si réservé, qui lui suggère une échappée aussi rocambolesque ?

La ville et ses flammes se rapprochent.
Jessamy pourrait presque entendre ses cris.
Pas le temps de paniquer, ni de s’interroger sur cette soudaine générosité. Elle ne crachera pas sur une tentative d’arracher à nouveau sa liberté. Visage fermé, elle répond :

« D’accord. Dis-moi ce que je dois faire. »

Lun 8 Jan - 21:40

Jessamy semblait également consciente de sa situation. Atterrir et se rendre à Opale était synonyme de condamnation, au pire de mort, au mieux d’emprisonnement. La tuer semblait quasiment impossible, mais comme ils avaient trouvé le moyen de tuer le Reclus, ils trouveraient le moyen de neutraliser son sort d’immortalité. Artémis eut un léger frisson en imaginant les nombreuses décennies que pourraient passer son amie à subir des tortures inhumaines. L'Homme et sa cruauté... Dans le regard de la mutante, si beaucoup n’y lurent rien, le vagabond y vit des remerciements et une envie de s’en sortir.

Il se rapprocha discrètement d’elle pour être certain de ne pas être entendu des autres. S'il pouvait avoir confiance en quelques-uns, ce n’était pas le cas de tous. Jeremiah, par exemple, n’hésiterait pas à vendre la mèche. Non parce qu’il était méchant, mais simplement parce qu’il était voué à servir Opale comme un animal domestique. L’appellation exacte était plutôt par « patriotisme ».

« Tu vas te rendre dans le sas d’évacuation, seule. Dans quelques minutes, je dirais aux autres que ta disparition m’inquiète et que je vais vérifier si tout va bien. De là, tu actionneras le bouton d’urgence, tu m’attaqueras pour rendre la scène authentique et tu sauteras. Je sifflerai Ablette qui te récupèrera en plein vol. »

Il esquissa un léger sourire.

« En temps normal, c’est moi qu’elle récupère en plein vol. Mais rassure-toi, elle a confiance en moi, alors quand je la siffle, elle sait que j’ai besoin de ses services. Logiquement, elle te ramènera directement dans mon repère, à l’abri des regards indiscrets. Quand tu y seras, fais comme chez toi. C’est assez rudimentaire, mais tu y trouveras le nécessaire. Je t’enverrai Œil-De-Nuit pour veiller à ce que rien ne t’arrive et ça me fera une connexion avec toi. »

C’était à la fois l’option la plus dangereuse et la plus sûre à la fois. Si Jessamy posait un pied à terre, c’en était probablement fini pour elle. Si elle parvenait à se réceptionner sur Ablette, sa liberté serait quasiment certaine. A moins qu’une troupe de Drake survolât les alentours, mais ils n’en avaient pas vu pour l’heure. Concernant Œil-De-Nuit, c’était simplement pour l’accompagner dans sa fatigue. Sinon, le vagabond savait pertinemment que la mutante recherchée n’avait pas besoin d’aide pour se défendre. Elle avait survécu à bien pire que quelques bêtes dans une forêt en-dehors de la Brume.

« Si cela te convient, je te laisse t’en aller. », fit-il en maintenant les bras croisés. « Et Jess’. Fais mine d’être songeuse, perdue dans tes réflexions, hein. »

Artémis n’était pas le meilleur des metteurs en scène, il avait un certain sens pratique de ce que devait représenter une comédie. Il ne montra rien pour ne pas transmettre ses angoisses, mais il n’était pas des plus rassurés pour son amie. En cas d’échec, c’était la dernière qu’il pourrait lui adresser la parole. Il resta stoïque, le regard toujours fiché en direction du pégase qui s’amusait autour du zeppelin.

Ven 19 Jan - 19:25

Docile, Jessamy écoute. Chaque syllabe, chaque directive s’imprime avec précision dans son crâne et la réalité lui paraît pourtant intangible. Elle regarde Ablette s’ébrouer dans son terrain de jeu, et un soupçon de jalousie lui pince le cœur. Avoir échoué à la doter du même pouvoir, voilà qui vaudrait bien au Magistère d’être éventré et brûlé. Et si elle fait confiance à la jument ailée pour la réceptionner au signal de son cavalier, son ventre se serre à la simple idée de sauter dans le vide, à des centaines de mètres d’altitude. La mutante n’imagine pas dans quel état elle serait si elle s’écrasait. Et n’a pas vraiment envie de savoir si le cristal saurait recoller les morceaux. Nourrir la terre lui semble toujours plus enviable que de finir dans une cage aux murs froids, mais elle n’y est pas encore prête.

Seules ses lèvres bougent pour réponse. Elle aurait bien envie de hocher la tête ou de sourire au petit nom, mais elle sait ses expressions scrutées. La moindre promiscuité pourrait mettre en péril son échappée.

« Bien sûr. Après tout, mon cerveau tordu de mutante est en train d’imaginer un plan d’évasion spectaculaire. », fait-elle.

Son regard croise celui du chasseur dans le reflet du hublot.

« La prochaine fois qu’on se croise, bouche-toi bien les oreilles. »

L’imposante présence d’Artémis s’éloigne, et à nouveau, Jessamy se retrouve seule avec ses pensées. Il n’est pas difficile pour la mutante d’être aux abois : ses phalanges contractées sur sa canne, elle pince les lèvres, n’ayant d’yeux que pour l’extérieur. Tendue, elle a tout l’air d’une prisonnière en sursis. Elle frissonne en repensant au Reclus, à ce à quoi il avait été réduit après des années de solitude. Son cristal porté en héritage, elle refuse néanmoins d’emprunter son chemin.

La créature fait volte-face, puis se penche sur son paquetage. La force violacée de la spatiokinésie s’active dans sa dextre alors qu’elle s’en empare, aspirant son sac et tout son contenu, pour le mettre dans une poche intérieure de son manteau d’hiver. Son vêtement sous le bras, elle se dit qu’elle pourrait avoir l’air suspecte ou tout-à-fait ordinaire selon celui qui la regarde : dans tous les cas, comme quelqu’un qui ne laisserait pas ses affaires à la merci de tous. Un mercenaire pourrait comprendre cela, mais d’autres pourraient y voir une fuyarde. Il fallait faire vite.

« Je vais au petit coin. », lâche-t-elle avant de disparaître dans les couloirs du zeppelin.

❖❖❖


Son manteau sur le dos, canne à la main, Jessamy attend.
Dans le sas de secours, les vibrations de l’engin se font plus fortes sous ses pieds, se répercutant dans tout son corps. Les portes qu’elle s’apprête à s’ouvrir semblent la menacer dans son dos.
Ses paupières se ferment tandis qu’elle se concentre sur sa respiration. Inspire. Expire. L’air s’injecte dans ses poumons pour mieux s’enfuir. Sa main libre, moite, se colle contre le mur, juste à côté du levier d’activation. Ses cordes vocales la démangent.
Prêtes à frapper.

Mar 23 Jan - 14:54

Alors que Jessamy se retira, le vagabond resta installé sur son fauteuil, le regard face au hublot. Il regardait son pégase virevoltait, danser à travers les nuages, songeur. Ablette comprendrait-elle que Jessamy devrait être secourue ? La mutante avait tendance à effrayer les inconnus aux premiers abords. Le pégase était craintif de son côté. Ce sera pour lui l’occasion de tester la confiance que lui portait son compagnon. Si le Portebrume n’ignorait pas que son amie portait le cristal divin d’immortalité, il ignorait cependant s’il lui permettait de résister à une chute de plusieurs miles. D’ailleurs, y survivrait-il lui-même ? Il n’osait l’imaginer.

Après un temps qu’il estima suffisant, l’homme aux cheveux d’albâtre décida qu’il était temps.

« Ces mutants… Tss. Se croit-elle seule à avoir besoin d’évacuer ses déchets ? », pesta-t-il d’un regard noir. « Je vais voir ce qu’elle fabrique. », fit-il sans vraiment attendre de réponse de ses camarades.

Dans cette partie du vaisseau, on pouvait réaliser à quel point la vie de chacun ne tenait à rien. Les vibrations y étaient bien plus importantes, la ferraille grinçait énormément, à sa demander comment l’ensemble tenait. Au bout de ce couloir, un espace un plus large dans lequel se trouvait le sas de secours. En son sein, Artémis y trouva sa vieille amie, attendant patiemment sa venue. Sans perdre un seul instant, le Portebrume appuya sur le bouton d’urgence, déclenchant une horrible alarme, mais surtout l’ouverture du sas. Le zeppelin vibra davantage encore et le vent s’engouffra violemment dans l’appareil. La mutante et le vagabond durent s’accrocher à des lanières pour ne pas être emporté. Artémis siffla un bon coup.

« Quand tu seras sur son dos, chante-lui Une nuit au pays des Nains. Elle s’apaisera. »

Un moment silencieux, suspendu à travers le temps. Des échanges de regards. De l’inquiétude.

« Il est temps, Jess’. », coupa finalement Artémis.

Il lâcha la lanière et se protégea les oreilles avec ses deux mains. Il ferma même les yeux. L’instant suivant, un choc, un assourdissement, puis de l’étourdissement. Du sang dans ses mains. Même en les protégeant, ses tympans ont été touchés par cette attaque. Rien d’irréparable, chuchota le Nebula. Jessamy, elle, avait tout bonnement disparu. Rassuré, le Portebrume esquissa un sourire malgré l’affreuse douleurs qui le tiraillait. D’ici quelques minutes, tout ira bien mieux pour lui, mais qu’en était-il de la mutante ? Ablette l’avait-elle réceptionnée ?