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[Partie 2] Le voyageur des Dunes

[Partie 2] Le voyageur des Dunes - Page 2 Brandw10
Lun 29 Avr - 12:59
Subtil jeu de séduction que Lan-Lan tente, précieuse présence qu’on ne saurait balayer d’un revers de main. C’est pourtant ce qu’il se passe. Y a-t-il eu une hésitation dans ce regard ? Rien n’est moins sûr dans les yeux de pyrite. Ils continuent de regarder au travers. Yeux fixes, paroles fixes.

“Il faut que tout soit parfait, vous comprenez?”

Aucun mot ne sort de cette bouche, c’est comme si la cabane entière parlait. Paroles fixes, mouvements fixes. La vieille femme continue de balayer inlassablement le même morceau de plancher qui semble s’être creusé au fil des passages de ce fantôme de balais qu’elle tient.

“C’est tout de même Dieu… Vous comprenez?”

Un sifflement au loin, à nouveau une hésitation, comme s’il y avait eu une erreur dans le court script que cette étrange silhouette et cette cabane récitent à l’unisson. Était-il temps d’enfin répéter la suite maintenant qu’on avait trouvé une nouvelle actrice pour lui ? Qu'entendent-elles ? Que souffle-t-il à ses oreilles ? Un nouveau fracas qui ne la perturbe pas plus.

“Vous allez m’aider à ranger n’est-ce pas ? Il faut que tout soit parfait, vous comprenez ?”

Elle et les fenêtres de la cabane semblent maintenant voir Lan-Lan et même plus, elles demandent son aide. Il y a un autre balai dans un coin et il y a de quoi faire.


*


Il avance le bougre, faisant fit de la richesse architecturale et historique du lieu, voir cette silhouette d’un automate se découper dans des murs qui n’en demandaient pas tant aurait tout eu du comique si la situation avait été autre.

Tomoe avait pris de l’avance, Mordekai la rattrapait avec une célérité toute personnelle, ouvrant de nouvelles perspectives vers le Château depuis le carrefour où vous vous étiez tous séparés.

Chaya, il te semble avoir vu un reflet brillant dans la course destructrice (mais contrôlée, n’est-ce pas ?) de Mordekai. Ce miroitement cristallin n’avait pourtant rien à voir avec ta chère spinelle qui était toujours absente. C’est une pierre de petite taille que tu trouves, trop bien ouvragée pour n’être qu’un débris de la récente incursion mécanisée. Une ombre passe sur les facettes polies.

Si le changement de comportement de votre guide t’inquiète, l’absence de Lan-Lan peut également le faire. Point de repère posé, mur signé. Point d’ancrage, point de départ ? Quelle direction prendre maintenant ?


*


Du bas de cet escalier, près d’un millénaire de l’histoire de Ventdune vous contemple. Nul doute que dans mille ans, les archéologues ou les prochains visiteurs de la ville se poseront des questions sur ces arches singulières qui filent vers le Château. Néanmoins, Signature 1100 est retrouvée, et c’est bien là le principal.

La première analyse dirigée vers Tomoe semble indiquer une légère disharmonie enfantine dans la voix et dans les gestes, disharmonie que Mordekai peut appeler Céleste s’il le souhaite. Elle ou Tomoe invite à continuer sur ce pont qui a déjà connu son lot de morts. L’autre analyse ne révèle rien que le chemin montant vers le Château, vers votre destination. Rien d’inquiétant tout du moins, les corps en décomposition, bien qu'impressionnant par leur nombre, n’auront rien à vous apprendre, ni à vous prendre. À la sortie du pont, le chemin dévie vers la gauche pour longer une gravure monumentale qui semble avoir bien résisté aux affres du temps.  


*


“Oui, avançons vers le Château, je n’ai pas l’impression que mes copains sont là… Ils ont dû avancer, rattrapons-les !”

Elle est toujours là, cette silhouette enfantine où rien ne semble s’accrocher si ce n’est un sourire qui ne saurait grandir plus. Elle vous amène avec elle, jouant à la marelle sur les dalles du pont. Petite éclaireuse qui ne saurait être troublée par les corps qui jonchent le sol. Posés de façon aléatoire, les derniers ont pourtant leurs yeux tournés vers les hauteurs du château.

Son ciel, le bout de son jeu, s’arrête devant la gravure. Elle prend le temps, de son visage changeant, de regarder en détail. Un homme marche dans la direction du château, 9 pierres et 3 trous viennent auréoler son voyage tel un ciel étoilé. Elle se tourne vers toi dans un murmure.

“Tu me racontes l’histoire du premier berger ?”
Mer 1 Mai - 14:43

Méfiez-vous des échos

Dans cette oasis, le vent emporte les mirages


La pulpe de son doigt touche le cristal, il l'épouse presque, même: elle n’arrive pas à le retirer, pas à croire qu’elle est faillible, pas à croire que même auréolée de sa magie, rien ne change, rien ne bouge, à part le balais. Vestige docile, illusion poussiéreuse. Passé, présent, futur - vieil esprit, qui es-tu? Qu’attends-tu dans ce lieu perdu?

Votre maison est parfaite, pourtant. Murmura-t-elle, charmée, toujours un peu plus. Bercée. Emportée par une mélodie ancienne, la vibration ancienne qui traverse l’air. La main d’un Dieu, peut-être?

Huang-Long est tranquille, lui aussi. Voit-il la même chose qu’elle? Les deux spinelles observent les moindre recoins de cette cabane maudite, rongée par le sable et la poussière, un mirage dans un océan de dune. La vieille femme est autant impassible qu’elle n’est empathe, déversant son excitation et sa retenue dans le même pot, ce pot ayant la forme d’une femme aux tresses rousses et à l’oeil curieux. Sur quel pied danser, maintenant?

Disque rayé, les échos murmurent un mantra secret: Petit oiseau, si tu t’approches, tu resteras coincée -
Si tu t’approches, tu resteras coincée.


Quand vient-il, votre Dieu? Lan-Lan s'approche doucement, tente de rentrer dans la valse secrète, au risque de rester coincée dans cette mystérieuse orbite. Elle aimerait croire qu’elle était en plein contrôle, mais ses neuronnes, déjà, lui échappent. Elle ne connaît pas les pas, l’apparition donne le tempo, rien ne lui appartient plus.  

Alors, petite poupée, on déraille déjà? Peut-être que c’est toi, le vieux disque rouillé. La main du désert s’enroule autour de son cou en lieu et place de son dragon d’or, lui peut s’enfuir, elle est hypnotisée, elle doit démêler le vrai du faux, l’illusion du réel, le divin de l’athé, où est la porte, la sortie, retourner au désert. Le robot grotesque, la géante apathique. Chaya.

Tu resteras coincée.

Vous n’existez pas, n’est-ce pas? Elle murmure. Elle sait que c’est faux. C’est forcément faux. Pourtant, sa main s’enroule sur le balais. C’est forcément faux. Elle l’attrape, le serre, comme si elle essayait de comprendre, de sentir qu’il était bien vrai. C’est ce Dieu, pas vrai?

Coincée.

Brusquement, elle lâche le balais, lâche prise, fait demi-tour. Part. Rien de tout ceci n’est réel, rien n’est vrai. Elle n’a jamais été une grande croyante, Lan-Lan, tout juste à croire en l’homme, alors dans des Dieux? Il lui en faudrait plus. Il lui faudrait plus qu’une vieille femme dans une cabane maudite pour croire. Ce n’était certainement pas l'œuvre du divin, cette vallée dérangeante, mais l'œuvre d’un sort obscure.
Cours, Lan-Lan, cours. Une voix t’appelle.
Rapidement, elle revient sur ses pas, repasse dans les rues silencieuses où elle avait observé sagement les vestiges du temps, suivie du serpent qui ne comprend pas sa fougue. Elle court presque. Son esprit s’échauffe… Jusqu’à ce qu’elle retrouve ce qu’elle était venue chercher. Silhouette familière mais en fuite, les échos - réels - d’une symphonie infernale, de pierres brisées, de l’enfer d’un robot fou.

Il se passe quelque chose ici. Méfiez-vous de ce que vous voyez… Les illusions dansent.

Soulagée de revoir des visages connus, qu’ils soient de métal ou de courbes merveilleuses, Lan-Lan s’approche à grand pas du reste du groupe, encore transcendée par sa rencontre avec ce vestige - cette illusion, cet échos: appelez ce mystère comme cela vous sied. Eux-même semblent troubler, à leur façon… Avec, il semblerait, beaucoup plus de panache.

J’arrive au bon moment… Murmura-t-elle en découvrant l’automate dans sa course folle. Elle se tourna vers sa dirigeante, arborant un sérieux qui d’ordinaire ne lui ressemblait pas. J’ai peine à l’admettre, mais un sort est à l'œuvre. Ne faites pas confiance à vos yeux… Et restez sur vos gardes, ma Dame. Je me tiens prête à vous venir en aide, quoiqu’il puisse arriver.

Cavalière, Lan-Lan? C’est le propre des Fà. Le balais avait laissé place à son sceptre, son air sombre à la détermination, le serpent à son cou retourné à sa place, dragon d’or et de lumière. Il n’y avait que des couleuvres ici…

Je vous suis, allons retrouver nos dissidents.

Libérée. Et prête à accueillir son Dieu.
Dim 5 Mai - 19:47



Dans le coin des yeux

Avec Lan-Lan, Mordekai, Tomoe


La petite géante gambade comme une enfant, sa voix se perd, s'éloigne, à mesure que la monétariste ralenti le pas. Elle n'est pas certaine de vouloir la rattraper. Pas au prix de l'écart qui se creusait entre elle et cet embranchement où elle vu disparaitre sa précieuse ambassadrice. Quant au robot.. il traçait son chemin, en ligne droite, à travers les murs. Sous le regard médusé de Chaya qui commençait à sérieusement mettre en doute son 68% d’efficacité. Il n'était sans doute pas fiable non plus, ce chiffre.

Voilà donc la saraph trop guillerette pour ne pas laisser penser à quelques terrifiantes histoires de possession, partie en tête de file, suivie par un robot passé en mode démolition automatique. Le tout dans une ville fantôme. La caravanière s'arrête. Ferme les yeux. Respire.

Lorsqu'elle les rouvre, le rubis accroche un éclat parmi les décombres laissés par le 68%. Ses doigts se tendent vers une pierre translucide aux facettes travaillées. Chaya la fait légèrement tourner dans sa main, capte l'étrange ombre qui la traverse avant de disparaitre. Sourcils plissés, la jeune femme glisse la pierre dans une poche intérieure et s'empare à sa place de son cristal de marquage. Rien n'a changé là où elle avait signé le mur, les dégradations causées par ce robot visiblement peu respectueux de l'héritage des ancêtres de ses créateurs étaient toujours là. Nulle trace cependant de Lan-Lan.

Elle ferait donc demi-tour. Il n'y avait guère à y réfléchir. Entre suivre deux personnalités peu fiables et retrouver la seule personne en qui elle avait confiance dans cette aventure, ses talons s'étaient naturellement tournés. D'autant plus qu'elle connaissait la destination de leurs "guides". Le château pouvait attendre.

Elle n'aurait pas à faire plus de deux pas avant de voir la délicate althéa se presser de les rejoindre. Il y a un rien d'effervescence dans ses mots lorsqu'ils filent de ses lèvres. Qu'a-t-elle vu ? Des illusions dansantes, vraisemblablement. Peut-être était-ce ce qui miroitait dans le cristal. Ou ce qui possédait leur demi-géante. Les 32% manquants.

La pivoine s'arme. Épines acérées au service d'une preuse chevalière.

- Je ne saurai me sentir plus en sécurité qu'à vos côtés.

La roturière sourit à sa noble protectrice cependant sa main se tend vers elle, ses doigts effleurent sa manche, au-dessus du poignet délicat.

- Ne soyons pas trop hâtives. Je crains que nos dissidents n'entendent pas grand chose à la prudence. Puis.. Elle retirait sa main, tournait les talons pour avancer en direction du château. Si vous deviez être blessée dans cette mésaventure je ne saurai échapper au courroux de votre chère soeur. Perspective qui m'effraie davantage encore que cet endroit. Un nouveau sourire, qui résonne dans ses mots. Peut-être était-ce l'arme secrète de la monétariste, pour ne pas succomber à la panique ou à la douce folie qui planait en ces lieux, la lisser sous l'ironie. Et ne pas douter qu'ils sortiraient d'ici. Du moins, qu'elles sortiraient d'ici. D'aussi bonne volonté qu'elle puisse être, Chaya ne pouvait prédire ni les prochaines actions, ni l'avenir de leurs camarades.

Elles parvenaient cependant à les rattraper, ou au moins à ne pas les perdre de vue, lorsqu'ils grimpèrent les escaliers menant au pont jonché de cadavres anciens. Comment avaient-elles toutes été fauchées, ces vies ? Dans le même instant. Ce Dieu était-il responsable ? Faisait-il bien d'aller à sa rencontre ? De le chercher ? La caravanière laisse son regard retomber sur le sol. Là, en dessous, sans doute. Puisqu'ils creusaient, les mineurs envoutés.

Pour le moment, ils montaient. Et leur chemin passait tout à côté d'une immense fresque devant laquelle le pas de Chaya ralentit. Le passé n'est pas toujours glorieux. Mais on gagne à le contempler, à le confronter, à l'accepter aussi. Ce qu'on prend le temps de graver, avec autant d'application, ne devrait pas être ignorer.


Résumé:
Lun 13 Mai - 14:36
Le niveau sonore redescendit d'un net cran lorsque l'automate arriva au niveau de Tomoe, un scan large spectre s'ensuivit tandis qu'il commençait enfin a raccrocher les modules avec le groupe, récupérant petit à petit la "vue".





En attendant le reste du groupe, Moradund projeta ses capteurs sur les murs proches en en gardant quelques uns sur Tomoe pour surveiller l'évolution de sa condition. Le module mémoriel associé au projet Dragon aurait besoin sans doute de l'intégralité du retour avec la quantité d'information récoltée depuis le début de leur entrée dans la forteresse.
Il profita de l'attente généré par le temps que mettait les signaux des retardataires à le rejoindre pour analyser les infimes reliefs d'un grand pan de mur qui se dressait par delà le pont: Fresque ou usure temporelle? Difficile à dire dans un lieu hors du temps comme celui-ci.

Il ne repris la parole que lorsque les deux humanoïdes arrivèrent dans son dos:
-Fonction récupérées à 98%. Incertitude restante incompressible.
Il pointa Tomoe:
-Variation enregistrée, adjectif le plus proche trouvé: Céleste.
L'appendice méchanique se dirigea ensuite vers la surface complexe tandis qu'il réactivait le module social:
-Mes capteurs peinent à déchiffrer cette grande surface à même le mur, y'a-t-il là une fresque ou un arrangement architectural chromatique? Ou est-ce simplement l'usure du temps qui provoque ces légères variations hasardeuses?


Hier à 19:02
La cahute redevient poussière dans ton dos, tu cours pour retrouver les rubis et les circuits imprimés, Lan-Lan. Était-ce un mirage, était-ce un rêve ? Non, tu en mettrais toujours ta main à couper, cette dame t’avait parlé, tu avais bien tenu ce balai dans cette maison. Depuis, c’est comme si un souffle, un murmure incompréhensible se répétait dans tes oreilles. Etait-ce seulement le souvenir de cette vielle femme ?

C’est quand même un dieu…” qui revient inlassablement au milieu du charabia incompréhensible qui mêle les échos. Te rappelles-tu le conseil de votre guide ? Ou plutôt son avertissement: “On touche à rien”.

Tu ne l’auras donc pas suivi l’espace d’un instant. Un charme s’installe.

*

Toi aussi Chaya, tu auras touché un objet en rattrapant la troupe, mais en comparaison de ta chère ambassadrice, pas de son, pas d’écho, seulement ce reflet ombrageux qui apparaît dans la pierre que tu as ramassé en chemin. Étrange pierre, comment une réflexion pourrait-elle être si sombre ?

Tu as rejoint Mordekai et une Tomoe qui parait ailleurs. Toi aussi cette fresque t’intéresse. Quelle peut bien être son histoire ? Trois trous, neuf pierres. Neuf copies de cet éclat transparent dans ta main. Chacun avec une forme unique, comme autant d’étoiles dans la nuit. La figure de la gravure les observe tout comme vous.

Monumentale voûte stellaire incomplète dont tu pourrais détenir l’une des étoiles manquantes.

*

Mordekai, le temps que le reste de la compagnie te rejoigne, tes capteurs s’agitent sur la fresque, tu en vois les aspérités qui ne semblent pas être dû au passage du temps, trop précis, trop voulu. Les seuls aspérités qui semblent faire tâche sont les trois qui auraient dû être des étoiles.

Dans ton étude, tu découvres que les pierres translucides déjà présentes ont une résonance particulière, assez unique et différente de tout ce qui vous entoure.

*

Elle te regarde Tomoe, elle t’attend toujours son histoire ou plutôt sa comptine. “Peut-être que tu ne la connais pas… Dans ce cas, c'est moi qui vais te la raconter. Assieds-toi.

Et elle commence à chantonner, ce visage fluide découvre une voix profonde comme le roulis des vagues.

Elle te la raconte, l’histoire de ce premier berger, cette vieille comptine aramilanne oubliée de presque tous, venue d’un autre temps. Celle d’un homme qui avait appris à voir à travers les mirages des dunes, à se fier aux étoiles pour naviguer sur sa mer de sable.

Il y aurait toujours une nuit douce qui suivrait même la plus aride des journées. Il y aurait toujours un moyen de retrouver son chemin même dans l’océan du vide du désert.

S'il y a autant de sable, qu’il y a d’étoiles,
Pourquoi en fouler un et admirer l’autre ?
Monde de reflets et mirages, mondes d’ocres,
Autant de couleurs que j’étale sur ma toile.

Horizons changeants, j’y hisse haut ma voile.
Ma mer de sable. Mon ciel sombre, mon compas,
Guide de mon troupeau, je navigue ici bas.
Il est grand temps de rallumer les étoiles.


*