Light
Dark
Bas/Haut

La Symphonie Silencieuse

La Symphonie Silencieuse Brandw10
Lun 13 Nov - 1:47



La Symphonie Silencieuse

Ft. Keshâ'rem Evangelisto




Ambiance

La vie avait ses propres plans. Ses propres infinis qui venaient aspirer chaque être vivant. Chacun vaquait à ses occupations. À savoir occuper sa vie. Seraphah ne voyait pas le temps qui passe tandis que ses études en psychiatrie avançaient. Tandis que Maelström lui faisait un énième rapport. Son esprit enlaçait l’information afin qu’elle ne le quitte jamais. C’est ainsi qu’avec les siècles, cela était devenu une jungle infinie qui ne trouvait de grâce que lorsque ses doigts retrouvaient la sécurité des touches du piano. Chaque chose à sa place. Un temps qui n’existait plus. Voilà ce dont il avait de plus en plus envie au cours de cette journée qui les rapprochait – avec Maelström – de leur escapade à Aramila. Est-ce qu’elle était dangereuse? Assez pour la préparer. Assez pour aller trouver une personne recommandable, mais peu recommandable. Il fallait être peu nombreux, mais efficace.

Il se tenait le visage nonchalamment pendant que son assistant et ami lui nommait les prochains invités du Marquis. « Bien, très bien. Ils ont les plus belles suites, ils auront tout ce qui va à leur préférence, et ensuite ils seront à même de renégocier les routes marchandes Svetlounia et Maritcha. C’est qu’Epistopoli a perdu bien trop de marchandises les derniers temps et le peuple a besoin de ces épices et légumes. » Bien sûr, tout cela avait été vu avec Élias, même si Seraphah avait à coeur que les négociations soient à leur avantage. Au-delà du continuel « un peuple en colère est un peuple dangereux », il n’appréciait pas qu’il y ait tant de clivage entre la basse et la haute ville. S’il n’était pas aussi occupé par ses nombreuses affaires du moment, sans doute serait-il plus présent dans la Basse-ville, même si on lui disait que c’était une mauvaise idée. Pour lui, de la séparation naissait les souffrances. Il suffisait de voir comment les hommes considéraient la Brume. S’ils la voyaient comme une part d’eux, ils s’en porteraient bien mieux.

Il se redressa au moment où Ström allait s’éclipser. Son regard d’ambre se porta dans le velouté vert du sien. « Comment vas-tu actuellement? Nous avons tellement moins de temps ensemble, à parler d’autres choses que les affaires quand nous sommes en ville. » En expédition les choses étaient plus simples. Bien sûr, qu’il avait la crainte de le voir disparaître, mais ici...il disparaissait à ses oreilles tellement souvent. Maelström sourit. Cela lui allait bien. Il s’approcha de l’élémentaire et porta une main sur son épaule. Qui soutenait qui? « Je vais suffisamment bien. Tu sais bien que depuis ton arrivée dans ma vie, Dhumra se fait silence... » Seraphah acquiesça avec un large sourire. « Est-ce que tu apprécies notre nouvelle compagnie? » Le regard rieur, celui du porte-brume le fut en écho. « On va dire que c’est un élève assidu bien malgré lui...À ce sujet, j’allais oublier. » Il déposa sur la table les papiers d’identité du jeune homme qui vivait désormais sous le même toit qu’eux. « C’est parfait. Un vagabond de moins sous notre toit. » Et surtout la possibilité pour toi d’être reconnu dans cette partie de la ville et où que tu sois.

___

Maelström refermait à peine la porte de l’appartement de Seraphah qu’il te croisa. La dernière fois que vous vous étiez vus c’était le matin même, à 5h. Il était désormais pas loin de 17h. Il eu une brève pensée à l’attention de Seraphah qui avait l’air d’avoir oublié son rendez-vous avec toi. « Alors depuis ce matin comment vas-tu? » Il porta sa main sur ton épaule, tandis que son regard venait caresser les prunelles du tien. « Je n’aimerai pas te retenir en tout cas, je te laisse entre de bonnes mains. » finit-il après avoir entendu ce qu’il en allait de ton état. Alors qu’il avait déjà fait quelques pas, il te lança : « Je te suggère de frapper et d’entrer sans attendre. » Seraphah n’était pas du genre à prêter attention aux tapotements à sa porte.

____

Quand tu entras, tu retrouvas le salon munit d’un piano, avec une vue splendide sur la ville. Aucune trace de l’élémentaire. Il fallut quelques minutes pour ce dernier rapplique et qu’il s’exclame : « Kesha’rëm! Je m’excuse de mes quelques minutes de retard. C’est que j’ai quelque chose pour vous. »

Il s’approcha de toi avec un calme olympien, sa longue chevelure battant au vent, faisant compétition à son étoffe légère de couleur rouge et blanche en ce jour. Arrivé près de toi, il te tendit une enveloppe. « Cela vous revient désormais. Prenez-en soin. »

Sans attendre que tu ne l’ouvres, il se dirigea vers le piano. Après tout, c’était en partie pour cela que tu te trouvais là. S’il voulait que tu sois près à son retour d’Aramila pour une soirée en petit comité, il ne fallait pas tarder.
Ven 17 Nov - 2:26



La Symphonie Silencieuse

Ft. Seraphah Von Arendt



Les entraînements le laissaient fourbus et nauséeux. Mais, c’étaient les douleurs de la vie. Là où le travail à la chaîne, l’agressivité et un stress constant le condamnaient à une lente érosion, ces petites brimades contribuaient à le rendre plus souple et plus alerte. Ainsi, bien qu’endolori, Keshâ ne se plaignait pas de ses contusions. Elles allaient avec une santé qu’il n’en avait jamais connue. Il se flattait même lorsqu’il se déshabillait devant le miroir de voir quelques changements appréciables, selon lui ; ne serait-ce que de ne plus voir ses côtes et d’avoir mis un peu de chair par-dessus ses pommettes.

Son maître d’armes, en revanche semblait prendre un peu trop de plaisir à le torturer aux aurores. Était-il nécessaire de ponctuer à chaque son échec à parer son bâton d’un balayage le jetant à plat dos ?

Des maltraitances que Keshâ acceptait de bonne guerre, dans le cadre idyllique de cette serre géante suspendue au-dessus d’Epistopoli. D’autant que les séances étaient suivies d’une douche brûlante dans la salle de bain collective du gymnase, où il avait tout loisir de polir son regard sur le fessier de son entraîneur.

Ses journées étaient rythmées par l’étude de l’Andoléïa et du Chant, mais aussi d’un peu de géographie et de botanique de sa propre initiative. Malgré ces occupations passionnantes et éreintantes, il était loisible de songer et arpentait souvent les couloirs de l’hôtel. Par proximité d’âge plus que par affinités réelles, il avait fini par entrer en discussion à plusieurs reprises avec une jeune fille dont la famille venait souvent pour négocier à Epistopoli. Elle avait 18 ans, portait des jupes courtes bariolées et s’appelait Lycia Cassandre. Bien que polie est très instruite, son visage reflétait constamment passablement ennuyée. Cette poupée malcommode avait d’ailleurs la réputation de faire pleurer les employés et de fatiguer ses interlocuteurs de manière générale.

Quand elle avait appris que Keshâ venait du caniveau, un pli de pitié était venu son front diaphane. Cependant, elle semblait apprécier sa compagnie prolétaire, laissée pour compte de ses aînés. Ceux-ci étaient pris dans de profondes conversations au fumoir ou autour d’un billard, un verre de cognac à la main. Et, bien que Lycia passe son temps à médire froidement sur les compétences en repassage des femmes de chambre et de la qualité des broderies des rideaux, en tout point inférieurs à ceux des tisserands Opaliens, il va sans dire, la compagnie d’une personne de son âge était rafraîchissante. Keshâ avait à son tableau d’honneur l’exploit que personne n’osait imaginer depuis longtemps : lui arracher un sourire.

Elle n’avait cependant pas eu le courage d’endurer sa compagnie en cet après-midi, où il avait passé trois heures à préparer des pâtisseries dans les cuisines du Marquis. Après être devenu la coqueluche des équipes en cuisine par on ne sait trop quel tour de force dont ce gamin des rues pouvait avoir le secret, plusieurs commis lui fournissaient tout ce qu’ils pouvaient demander avec entrain. Il remontait ainsi le couloir vers les appartements de Seraphah avec une grande part de Phylénois, quand il tomba nez-à-nez avec Maëlstrom. Le portebrume jeta un œil surpris au dessert décoré de pistaches, de pralins et nappé d’un coulis de baies violines très réputées du Val Céleste.
-« Je vais bien. J’ai préparé un gâteau avec une amie. »

Pris de court, il ne voyait pas quoi ajouter, mais restait toujours hypnotisé par ses yeux perçants. Maëlstrom n’entendait pas le ralentir, disait-il en posant une main sur son épaule. Dans le contexte de leurs entraînements, le contact était toujours reçu de manière plus vigilante. Ici, des fourmis parcoururent tout son bras l’espace d’un moment. Avant de disparaître, l’index de Maëlstrom vint récolter un peu de crème qui était restée sur sa joue, devenue cramoisie, avant de goûter le gâteau. Il esquissait déjà plusieurs pas dans le couloir.
-« Délicieux ! »

Le jeune homme suivit le conseil de son ami et frappa poliment avant d’entrer dans le grand salon. La pièce était vide, et d’autant plus spacieuse qu’elle n’était plus habitée par la magnifique présence de Seraphah. Il contempla quelques instants la baie vitrée, le piano et son grand miroir juste au-dessus, avant de s’approcher du canapé près des fenêtres. Il déposa avec précaution l’assiette sur le plateau en verre de la table basse avant de s’asseoir. Que pouvait bien faire cet élémentaire au caractère capricieux ? Un sourcil surpris s’éleva lorsqu’il entendit quelques pas feutrés sur le tapis à côté de lui. Seraphah avait sinué en silence, mais sa présence inonda aussitôt les lieux de couleurs et de charmes.
-« Ah tiens ? Quoi donc ? »

Lui remettant l’enveloppe avec un mélange de solennel et de mystère entendu, Seraphah partait déjà pour jouer de la musique et ce, sans attendre qu’il sache de quoi il parlait.

-« D’accord. Pendant que j’ouvre l’enveloppe, ne voulez-vous pas profitez d’un moment de détente ? Je vous ai apporté un Phylénois. Il est difficile de faire plaisir à un homme qui a déjà tout, mais je l’ai préparé moi-même, avec quelques bons conseils ! » Le chef Xavier y était tout de même pour beaucoup dans son succès.

Il récupéra l’assiette pour l’approcher de Seraphah sur une des nombreuses consoles meublant ce salon-continent. A son tour, il s’occupa d’ouvrir l’enveloppe et d’en ressortir un courrier ainsi qu’un grand étui de cuir vert sombre. Il n’eut pas besoin de lire les documents pour reconnaître le format du passeport Epistopolitain, mais ne semblait pas comprendre pourquoi cet artefact administratif avait atterri dans sa main. En soulevant la reliure, frappé du symbole de la chouette, il reconnu sa photo, frappé d’un cachet officiel, de son nom et de toutes ses informations personnelles.

Durant un long moment, il resta ébahi. Aucune pensée ne venait rider l’onde de son esprit. En face de la case « adresse », il était inscrit : « suite 224, hôtel Le Marquis – Epistopoli ». Ses doigts délaissèrent le passeport pour déplier lentement le courrier, qu’il déchiffra comme une décision légale d’attribution de la nationalité Epistopolitaine par naturalisation sous clause de garant émérite de l’ordre des Grands Sapiarques.

-« Seraphah… Ca veut dire, que ce sont de vrais papiers ? Comment dire ? C’est officiel ? Je suis citoyen ? » émit-il, incrédule.

Pendant que son esprit éperdu n’en croyait pas ses yeux ni ses oreilles, Seraphah s’était glissé prêt de lui pour s’emparer de l’assiette. Keshâ lui lança un très long regard. Presque aussi long que le regard détaillant ses traits, que Seraphah avait posé sur lui lors de leur toute première rencontre. Puis, sans rien dire, le jeune citoyen s’approcha et enfouit son visage dans la chevelure rousse, tout en enlaçant longuement l’élémentaire. La transition pouvait paraître mécanique mais l’on ressentait malgré tout son émotion dans la pression qu’il plaçait dans son étreinte.
-« Merci. »
Lun 27 Nov - 2:59



La Symphonie Silencieuse

Ft. Keshâ'rem Evangelisto





À peine t’avait-il remit l’enveloppe que tu venais déposer ce Phylénois à fière allure. L’élémentaire eut un sourire et se leva, alors même que tes yeux commençaient à découvrir le contenu de l’enveloppe. Il s’approcha de toi afin d’aller se saisir du gâteau. « Maelström vous a parlé de mon goût envers les sucreries à ce que je vois? À moins que vous ayez un très bon flair. » Ses paroles étaient légères, bien loin des émotions qui se bousculaient à l’intérieur de toi en constatant que tu avais entre tes mains tes papiers d’identité. Ces derniers avaient été simples à obtenir pour quelqu’un de son acabit, ce qui faisait qu’il n’en faisait pas toute une histoire. Le monde allait ainsi, il fallait de la paperasse pour permettre à une personne d’exister dans le système. Il avait toujours trouvé cela navrant. Comme si naître à la vie ne suffisait pas, comme s’il fallait prouver qui l’on était, alors même qu’il n’était pas toujours évident d’être notre moi profond, celui qui ne se montrait pas, non pas par honte ou par peur, mais par totale inconscience de son existence.

À tes paroles il s’immobilisa à tes côtés. Vos regards se croisèrent et son sourire affiché eut un frémissement. Ta sincérité le toucha en plein coeur, avant même que ce ne soit son corps qui se retrouva collé au tien, ta tête s’enfouissant dans sa chevelure comme l’aurait fait un chaton cherchant refuge. Mais ce n’était pas ça que tu recherchais. Ton étreinte était forte d’un remerciement qui allait au-delà du « merci » que tu prononças. Avec grâce, et suite à quelques secondes d’arrêt face à l’impact, il porta ses bras autours de toi, une main venant se loger sur ta nuque en un signe de soutien. Il comprenait que ce dernier avait du te manquer durant toutes ces années dans les bas fonds d’Epistopoli. Vous restèrent là quelques minutes, avant que Seraphah ne vienne à te murmurer : « Vous êtes bel et bien citoyen, comme cela aurait toujours du l’être. » Tu sentis la pression de sa main sur ta nuque devenir plus légère, et d’un geste doux il se libéra de ton étreinte avec une touche d’humour. « Quelle torture de venir me tendre une part de gâteau et m’empêcher de m’en saisir. » L’ambre de son regard agrippa les violettes du tien avec une affection sincère.

Il se saisit de l’assiette et prit une cuillerée. Il se tenait l’air solennel tout en dégustant ta préparation, son regard se fermant un instant, mettant l’accent sur la longueur de ses cils qui offraient une délicatesse et une intensité à son regard. « Hmmmm...J’avoue que c’est l’un des meilleurs Phylénois que j’ai pu goûter. Est-ce que le chef vous a aidé dans la manœuvre? Un petit peu quand même non? » Il reprit une bouchée d’une façon moins théâtrale, avant de retourner vers le piano, déposant l’assiette non loin de ce dernier. « Alors dîtes moi, est-ce que vos différents enseignements se passent bien? N’hésitez pas à me dire s’il y a quelque chose en trop...ou pas assez peut-être? » Il s’installa sur le siège faisant face au piano, et t’intima de le rejoindre. Le cours en duo ne commençait pas encore. Il tenait à prendre de tes nouvelles.

« Je voulais aussi vous confier que d’ici deux semaines nous partons à Aramila pour une affaire importante avec Maelström...nous risquons d’être absents pendant un mois et demi au meilleur des cas...Cela vous fera du repos, même si vous aurez possiblement des exercices pour vous entretenir sur plusieurs niveaux. » Il te glissait cela pour te prévenir et que tu ne sois pas choqué de te retrouver seul après tant d’attention. « Je suis vraiment satisfait que vous ayez pris vos marques au Marquis aussi rapidement...Vous êtes appréciés par de nombreuses personnes. Moi en premier lieu d’ailleurs. » Son regard exprimait une grande douceur en cet instant...à moins qu’il ne s’agisse que de bienveillance? Depuis ton arrivée, jamais l’élémentaire ne t’avait paru fourbe, que du contraire, alors sauras-tu reconnaître la différence?