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[Requête] Une enquête fàstidieuse

[Requête] Une enquête fàstidieuse Brandw10
Jeu 9 Mai - 18:49

Sordide prélude

Sur la route du massacre


Cric, crac…

La route était exécrable. Le chemin de terre battue semblait ne jamais être vraiment plat, s’effondrant toujours sur lui-même à cause d’un nid-de-poule où s’accumulait une boue malodorante et grisâtre. Les bois de Mesnon étaient un véritable labyrinthe qui n’avait rien d’accueillant. Quand on osait s’éloigner de la route, il fallait avoir de la patience, et ne pas avoir peur de la boue: les chemins s’étiraient comme des capillaires, s’enfonçant dans la forêt lugubre comme autant de rivières. Et quand le soleil ne brillait pas, il était aisé de prendre le jour pour la nuit. Tout était sombre. Gris. Obscure.
Leur voiture avançait rapidement malgré la route pénible, rendant le voyage des plus inconfortable. Quelle idée de commettre pareil crime dans un endroit aussi… Funeste. Sous des mèches pourpres, une jeune Fà regardait les bois avec une amertume de façade qui cachait un intérêt grandissant.

Elle était assise sagement, les jambes croisées, Huang-Long dormant calmement dans le coin de son cou. Sa présence dans cette diligence n’était dûe qu’à la femme assise à son côté, à la lame du Guet qui filait vers son devoirs. Elle l’observait du coin du regard, cette discrète pierre précieuse sur la route de son devoir, appelée par la voix rauque de ses pairs. Et la raison était particulièrement immonde.
Elles n’étaient pas seules, les sœurs Fà. Avec elle, silencieuse, une deuxième agente du Guet, plus âgée qu’elles, plus silencieuse, une figure de cire autoritaire et aigrie qui servait d’agent de liaison entre la jeune commandante et les agents de terrain qu’ils retrouveraient sur place. L’enquête ne devrait pas être ébruitée, il était inutile de terrifier les populations locales avant de tirer cette affaire au clair.

Cette affaire… Lan-Lan ne put réprimer un sourire - innocent, sordide, chacun y mettrait le mot qu’il voulait. Mais pour sa première fois sur le terrain, elle se languissait déjà de pouvoir mettre les mains dans le cambouie.

C’est excitant. Murmura-t-elle, sa tête se penchant vers sa chère petite sœur.

Elle récolta le regard sombre de l’agent du Guet - elle désaprouvait sa présence. Qui ne le ferait pas. Son ingérence dans cette affaire était grossière, et elle ne cachait pas qu’elle n’était là que par népotisme. Mais elle n’avait pas qu’une corde à son arc, et elle ne comptait pas rester qu’un soutien moral face à cette sordide affaire. D’une main, elle exposa son holographe qu’elle tendit à Shizo d’une main. “Il te sera sans doute utile, aujourd’hui.” Son sourire était entièrement tourné vers sa sœur - vers l’agent du guet, c’était un regard hautain qui lui fut adressé.

A vrai dire, elle n’avait pas grand intérêt à plaire, elle s’était décidée d’être du voyage dés l’instant où elle fut appelée pour enquêter sur le meurtre. Laisser Shizo seule face à un monstre, une bête sauvage? Et puis quoi, encore? Elle connaissait déjà sa réponse - mais elle ne tenait pas à la laisser filer seule. Son devoir était de veiller sur elle - et pas l’inverse, contrairement à ce que la perle anthracite voulait bien lui faire croire. Elle avait inventé une excuse, une connaissance accrue de l’anatomie dûe à son rang et aux tentatives d’assassinat qu’elles devaient sans cesse déjouer pour s’impoviser légiste, mettre ses petits pieds délicats sur les affaires du Guet. Heureusement pour elle, on refuse rarement une requête aux monétaires ; comme on impose jamais un refus aux Fà.

Et quelle sordide affaire…

Rappelez-moi, qu’allons-nous trouver là-bas? Murmura-t-elle, feignant l’innocence des dames de cours. Elle aimait jouer avec leur accompagnante dont la rigidité stimulait son intérêt. Le chat joue davantage avec la souris quand elle est statique, après tout. Tout pour créer la chasse.

“Un double meurtre, ma… Dame. Lui répondit-elle sèchement. Une mère et son enfant, déchiquetés. Nous pensons à une bête sauvage - ce ne sera pas beau à voir, j’espère pour vous que vous avez le cœur bien accroché. Et comme une énième pique, elle se retourna vers sa commandante. Une civile n’est sûrement pas habituée à pareille spectacle.

Elle lui renvoyait un sourire… Bienveillant. Madame, si vous saviez… Un peu d’hémoglobine, ce n’est rien. Mais il était inutile de le crier sur les toits - à la place, elle se tourna vers Shizo.

Ma soeur n’a pas à me craindre. Après tout, après l’attentat des monétaristes qu’elle a évité, mon cœur s’est suffisamment endurci pour tout affronter. Ma Dame.

Alors que le silence tombait de nouveau sur la troupe, Lan-Lan tomba de nouveau dans ses songes - quelque chose clochait. C’était trop gros, tout beau. Qui fait appelle à une Commandante pour une simple affaire de bête sauvage? Les routes de Xandrie n’étaient pas sûres, et les créatures sauvages n’étaient pas si rares. Combien rapportaient une attaque d’ours, de loup, sans que ça ne fasse pas les titres? Elle le sentait, sous cette affaire, il y en avait une autre. Les mystères étaient bien trop nombreux, à Xandrie. Il n’appartenait qu’à elle d’en élucider un.