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[Requête] Chaperons Rouges et le Grand Méchant loup

[Requête] Chaperons Rouges et le Grand Méchant loup Brandw10
Jeu 9 Mai - 17:13

Sous l'oeil du dragon

Les petits plats dans les grands


Le manoir Fà était une curiosité.

Au nord de la Juste se situait le quartier résidentiel - et plus au nord encore, comme un distant mirage hanté de longues maisons et de manoirs riches et nobles, se tenait le beau quartier. Là où jadis, nobles et riches Xandriens s’accordèrent pour en faire le lieu de leur exubérance et de leur lutte architecturale. “A qui aura la plus grande.” Lui avait dit son père un jour en passant devant les demeures de ses voisins. A l’époque, elle n’avait pas compris. Mais aujourd’hui, face à toutes ces tours… Rien n’aurait pu être plus clair.

Au milieu du paysage se détachait une énième tour, depuis rattrapée par d’autres, mais dont l’aura n’avait d’égal que la sienne. Une pagode somptueuse haute de dix étages, dont chaque palier était orné de lanternes rouges aux motifs fleuris. En plein jour, son omniprésence lugubre volait l’attention comme le dos d’un vautour, penché sur la rue pour mieux la dévorer. Mais la nuit - c’était autre chose. Temple fascinant, sa lumière ambrée attirait autant qu’elle repoussait: on y entre, on y reste, mais on n’ignore si on sortira comme on y est allé. Maison de danseuses, d’artistes, d’exotiques beautés depuis des générations… L’antre de tous les vices sous autant de visages de porcelaine et de sucre.


Le ballet avait commencé - le soleil tombait doucement, au bout de l’horizon, dessinant la silhouette de Xandrie et la couronnant de flammes. Une à une, on allumait les lanternes qui flottaient doucement au gré d’une fine brise. La danseuse se paraît de lumière, prête à ravir qui que ce soit qui oserait la trouver.

Tout est prêt, Madame.

Bien, merci Yuna. Le bruit des pierres, celui du métal froid indiquait que la jeune maîtresse de maison venait de remercier sa plus fidèle employée. Ses longs doigts s’étaient posé avec douceur sur l’épaule emmaillotée, et avec une tendresse maternelle, Lan-Lan avait sourit à sa domestique - elle servait la maison Fà depuis sa plus tendre enfance, et Lan-Lan la connaissait autant comme une nourrice que comme une gouvernante. Elles étaient nombreuses, les petites mains veillant sur les joyaux Fà. En échange, les serpentines veillaient sur elles comme autant de bijoux.

Docilement, Yuna baissa la tête, et se retira, laissant sa maîtresse seule dans le petit salon - une pièce d’apparat qui ne servait qu’aux réceptions. La pièce, au cœur du manoir, n’avait aucune fenêtre, et était éclairée par quelques lanternes et des bougies aussi rouges que le sang. Un gigantesque paravent recouvrait un côté de la pièce, dépeignant une scène folklorique de batailles, de salamandres, de saraphs armés et de lutte de pouvoir. La peinture commençait à s’écailler, et n’avait plus rien de la vibrance de ses jeunes années. Mais bien que le temps l’est poli, il l’avait également élevé, les écailles révélant sa splendeur. Le décor de bien des pièces qui s’étaient jouées là, de bien des accords, de bien des perditions.
Sur la petite table basse étaient disposés des mets délicats sur de fines porcelaines peintes répandant dans la pièce des odeurs subtiles. Tous Xandriens, bien sûr.

Tout comme les quelques bibelots disposés aux quatres coins du salon. Une sculpture de salamandre flottant dans le vide, d’anciens sabres dont le tranchant n’avait pourtant pas faibli, des bocaux remplis de serpents rares, la tête d’un Venigon depuis longtemps empaillé. Les assises consistaient en quelques fauteuils bas de velours rouges, de poufs taillés dans des étoffes nobles et brodés, quand ce n’étaient pas tout simplement des tapis pour s'asseoir sur le sol. A la Xandrienne.

Chassant l’obscurité d’une main, Lan-Lan alluma le petit tas d’herbe dans le fond de sa pipe, remplissant l’air autour d’elle d’un épais nuage de vapeurs, d’une odeur d’épice qui atténuer celle de son parfum - une odeur riche de fleurs sauvages, de lavande et de jasmin, des odeurs d’orients et de prairies humides. Elle avait mis les petits plats dans les grands. Un jour bénis. Un jour funeste. Il fallait dire qu'elle attendait un invité de marque.

Madame, ils sont arrivés. Murmura Yuna à travers le paravent.

Bien, très bien. Fais venir leur maître, et uniquement leur maître. Lui demanda-t-elle simplement. L’idée de revoir le sordide accompagnant du baron n’était pas pour lui plaire, les souvenirs de l’abomination étaient encore trop récents et il ne lui plaisait guère d’en rajouter de nouveaux.

Sa voix sonnait particulièrement enjouée. Ceux qui partageaient son enthousiasme à l’idée de revoir ce cher Baron devaient se compter sur les doigts d’une main - si ils existaient. Son invité n’étaient pas de ceux capables de générer l'engouement facilement, bien au contraire. C’était encore assez heureux qu’on n’ait pas encore tenté de le supprimer subrepticement au détour d’un coin des marais - elle interrogeait sa survie tous les jours.
Mais elle lui reconnaissait un atout, un atout qui lui valait toute l’attention d’une certaine noble Xandrienne qui l’attendait sagement, sourire aux lèvres et fumée sous la langue. Il ne mentait pas sur ses ambitions. Ni sur son intelligence.

Aussi n'avait-elle pas lésiné sur les moyens... Dans la plus grande discrétion. Les petits mots de couloirs filent vite, comme les rumeurs. Un Opalin, chez les Fà? C'est le scandale assuré, bien que la rumeurs du rachat grossissait à vue d'oeil. Elle comptait bien sur le bon Docteur pour conserver toute discrétion, mettre son habituel panache suffisant de côté. Sa lettre était sans doute assez appuyée pour qu'il le comprenne tout seul - qu'il y avait gros à gagner, et qu'il était dans son intérêt de ne pas faire trop de vague. Se présenter comme un invité discret, si possible de Xandrie. Le reste n'aurait besoin d'encre pour être abordé: la voix suffirait.  

La porte finit par coulisser, lui révélant un visage familier qui devait bien hanter quelques cauchemars - et que Keshâ devait voir de temps en temps en fermant les yeux, pour le pire ou pour le pire.

Monseigneur Von Arendt. Ses dents pâles brillaient doucement - elles n’étaient peut-être pas aussi pointues que les siennes, mais mordaient tout autant. Votre voyage a-t-il été agréable?

A chaque mot se répandait autour d’elle la vapeur et le myste. Le myste… Si tout allait bien, elle pourrait bientôt en voir l’acide couleur.


Dernière édition par Lan-Lan Fà le Ven 31 Mai - 12:22, édité 1 fois
Dim 26 Mai - 19:36
La richesse des Von Arendt n’était plus à prouver, pas plus que le poids de leur main sur les affaires politiques d’Opale. Leur nom était auréolé de la crainte suscitée par le Magistère et chaque affaire avec eux avait ce goût teinté de regrets. Pourtant, pourtant … il existait des âmes en Xandrie qui avait à cœur de nouer des ententes durables. Profitables, même. Depuis d’obscures rencontres, une forte d’amitié était née. Pas celles guidées par l’affection, non. Plutôt sur une sorte de respect et de reconnaissance mutuelle. D’un lien qui semblait se dessiner vers un intérêt futur … pertinent. C’était peut-être cela, le terme. Vladimir aimait la pertinence. Il appréciait les desseins et s’amusait des machinations. Il y avait là de quoi le détourner de sa quête de savoir, il y avait un goût sucré qui lui rappelait avec plaisir celui de la liberté retrouvée.

Au détour des marais, il avait encore une fois éprouvé la force et la ruse de cette femme. A savoir comment jouer avec ses codes pour qu’il danse sur sa partition à elle. Il avait à la fois apprécié et détesté cela. Rares étaient ses adversaires à faire preuve d’autant d’agilité. En général, s’il ne pouvait leur imposer ses vices et user de ses arts pour leur infliger un châtiment qui aille de paire avec ses ambitions, il les oubliait. S’il se complaisait dans la complexité de ses mœurs, il était en réalité un être simple. Ancien. Très ancien. Mais simple. Ceux qui le muselaient l’avaient bien compris.

La diligence se stoppa devant le parvis de la demeure. Une des rares routes xandriennes qui ne fassent pas tressauter la voiture à chacun des cahots. La demeure cossue de Fà avait au moins l’apanage d’un minimum de civilisation. Ce qui n’avait pas été le cas du reste du voyage. L’opalin avait traversé de nombreux villages où seule la boue côtoyait l’humain. Un dépaysement total pour lui, habitué à ne traiter qu’avec ce que la création pouvait faire de mieux : la quête du savoir et le Magistère. Du moins, son Magistère. Pas cette version dépravée qu’en avait façonné les derniers directeurs. Cette bande d’incapable fantasques …

Etrange de penser qu’un membre aussi éminent du Magistère préfère voyager dans un véhicule ne recelant pas la moindre trace de Myste. Des chevaux tractaient ce qui semblait être un mode de transport désuet, où les armes des Von Arendt avaient été cachées par des tentures noires. A l’abri des regards, les hôtes du véhicule appartenaient sans aucun doute à une caste supérieure mais ils restaient anonymes. Toute tractation n’était pas faite pour demeurer au regard de tous. Il y avait de bien trop nombreuses oreilles indiscrètes en Xandrie et en Opale et Vladimir n’était pas de ceux qu’on envoyait pour une visite diplomatique. Ou seulement lorsqu’on voulait lâcher les chiens. Quoi qu’il en fût, la diligence se stoppa devant les portes d’une grande pagode. Le visage pâle de Vladimir repoussa le rideau noir pour l’observer. Il lui adressa un rictus de dédain. Un vestige d’un royaume sénescent, jugea-t-il, et une nouvelle génération prête à tout pour s’emparer de cet héritage. La fange xandrienne n’aurait de cesse que de tenter de se démarquer. Mais l’odeur du Myste vérolait chacune de ses fondations L’odeur d’Opale. La gloire du Magistère.

Un homme en armure noire sortit en premier de la voiture et lorsqu’il s’approcha des chevaux pour récupérer le marchepied, ces derniers commencèrent à s’agit. Le Tartare s’avança pour poser l’objet afin d’aider son maître à descendre tandis que, déjà, les portes de la demeure des Fà s’ouvrait. Vladimir s’extirpa du véhicule et découvrit avec étonnement que l’air était respirable. Il rangea son mouchoir, dégainé au préalable, puis dépassa la créature sans lui adresser un regard. Prométhée connaissait sa place et ses ordres. Ce dernier s’empara ensuite des effets du Docteur et entreprit de le suivre pour se poster à ses côtés lorsqu’il se présenta devant la porte de la tour.

- Baron Von Arendt, votre présence nous honore. lui adressa une des domestiques de la maison.

Il la jugea un peu vieille mais vu la façon dont elle se prosternait, elle avait été bien informée. Le Docteur attendit qu’elle ait fini son salut pour attendre la suite des événements. On les mena à un petit salon où ils patientèrent devant une porte close. La vieille domestique s’arrêta face à lui et à sa création.

- Baron, ma maîtresse vous attends dans notre salon de marque. Seul, bien entendu.

Vladimir observa les alentours avec un dédain à peine dissimulé. Il fit signe à son serviteur de lui donner ses effets. Il ouvrit sa mallette, ce qui tira un mouvement de recul aux domestiques présents, mais n’en tira que la lettre que Lan-Lan lui avait expédiée. La lettre qui l’avait convaincu de venir jusqu’ici. Le Docteur se tourna vers le Tartare.

- Khaya chètorèfètt ètt hatèrèf chèla. lui adressa-t-il d’un voix agacée.

La créature se raidit et se recula dans un coin. Elle posa croisa les bras sur son torse et cessa de bouger. Le Docteur acquiesça puis se laissa guider jusqu’à la maîtresse des lieux. Ils finirent par arrive au fameux salon. Il détestait l’accent xandrien. Si bien qu’il n’avait jamais fait l’effort d’apprendre cette langue. Il appréciait tout de même qu’on se soit adressé à lui dans sa langue supposée natale. On fit coulisser une porte derrière laquelle la fameuse dame Fà l’attendait. Le Baron observa la pièce, sa richesse décadente mêlée à son histoire défraîchie. Il nota la mise en scène et se fendit d’un sourire en coin, puis revint river ses pupilles incandescentes sur celle qui trônait au centre de la pièce. L’endroit baignait dans une fumée doucereuse, où les fauteuils vermeils n’étaient pas sans rappeler le carmin magistérien, bien qu’il douta que ce fut le dessein. Le Baron s’avança face à la jeune femme, inspecta les trophées désuets d’une civilisation bien différente de la sienne. Il était loin des décorations acérées d’Opale et des toiles maîtrisées d’artistes depuis longtemps disparus. Il était entré en territoire ennemi.

- Très mauvais, Dame Fà. Les routes xandriennes sont toujours aussi peu entretenues.

Il observa les mets disposés à son égard avant de les ignorer.

- Je n’ai guère apprécié que mon serviteur ne soit laissé en arrière, mais je gage que vous aviez besoin d’un gage de ma bonne foi, en plus de celui de venir m’offrir à vous en plein milieu de votre demeure ? poursuivit le Baron tout en s’installant sur un des sièges faisant face à Lan-Lan.

Il croisa ses mains arachnéennes sur ses genoux et attendit quelques secondes que le temps s’égrène.

- Mais me voilà. Prêt à vous écouter. Je gage que votre proposition fantasque est tout à fait sérieuse et que vous mesurez la pleine mesure d’une telle proposition à un agent d’Opale et du Magistère ?

Jeu 30 Mai - 19:56



Pact with the devil

Which one ?


Ils résonnent sur l'antique parquet. Talons carmins. Ils battent la mesure. Sonnent avec élégance, les trois coups qui précèdent l'ouverture des rideaux. La porte glisse sur le côté, découvre la silhouette d'une actrice inattendue.

Un sourire éternel aux lèvres, Chāyā Lelwani fait un pas en avant, laisse la porte se refermer derrière elle avant de porter sa rougeoyante attention sur Vladimir Von Arendt. Que de bruits de couloir, sur cet homme. À croire que c'était là une caractéristique inhérente à ce nom de famille. Le teint blême, cheveux grisonnants, menton haut, prunelles vives, agacées ? L'homme est un tableau, de ceux peint dans la dépendance par l'esprit chaotique d'un artiste talentueux, torturé certes, mais talentueux. Et si l'on préfère le remiser dans un coin de grenier, sous un drap poussiéreux, parce que l'éclat malsain de ses yeux demeure, malgré les âges et les écailles de la peinture, on ne saurait oublier son existence. Il est là. Il attend. Ces mains imprudentes, qui soulèveraient le voile, lui trouveraient une place, un beau pan de mur, vide, où trôner.

- Un agent d'Opale ? Vous vous dévaluez, monsieur Von Arendt, d'aucuns diraient que le Magistère vous doit beaucoup. Le modeste statu d'agent ne saurait faire honneur à votre implication. 

Agent. Est-ce vraiment le rang que l'organisation lui donne ? Ce serait bien possible. Après tout, sous les tuiles du Magistère, se trouvait le grenier où on l'avait remisé. Ce portrait d'un homme brillant mais inquiétant, ses pas hantent une vieille maison, que les nouveaux propriétaires n'ont eu de cesse de réaménager. Quitte à perdre son charme originel. Quitte à recouvrir d'un drap, ce précieux portrait au regard mystique. Y-a-t-il un éclat similaire, dans les prunelles de la Monétariste ? Lorsque les rubis se confrontent. De ces lueurs chimériques, magnétiques, hantées, peut-être aussi.
Spectrales.
Chut, ne dites rien.

Portant une main de porcelaine à sa poitrine, elle s'incline à peine avant de se présenter.

- Chāyā Lelwani, dirigeante de la guilde des Monétaristes, j'espère que vous pardonnerez mon intrusion dans ce tête à tête. Je ne doute pas que vous saurez reconnaître en ma présence, tout le sérieux avec lequel nous souhaitons traiter cette affaire. 

Elle s'avance, féline créature que les fumerolles parfumées semblent envelopper un bref instant avant qu'elle ne prenne place, sur un fauteuil de velours rouge abandonné près du docteur, complétant le triangle soigneusement dessiné par la maîtresse des lieux. De cette affaire elle ne dit rien, tournant un sourire conquis vers la délicate althéa. Qui devinerait le mercure qui coule dans ses veines ? Sous ses jolis pommettes, le poison élevé au rang de dynastie.

Et vous pensiez le diable opalin ?