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[Requête] Nunc Melior

[Requête] Nunc Melior Brandw10
Jeu 22 Fév - 22:58

Un homme que la société avait tourmenté dès son plus jeune âge. Des années plus tard, alors que la vie d’un être humain était si courte, le voici de retour à la source de ses problèmes. De retour dans la région d’Opale, donc. Ces récentes enquêtes l’avaient menées ici, du moins au Magistère. Mais c’était encore bien trop vague pour vraiment s’en prendre à ces derniers. S’ils étaient capables des pires immondices, les sujets pouvaient rarement mener une existence presque paisible. Une prime aurait été mise sur sa tête, des traques incessantes déployées, mais rien de tout cela. Seulement une présence qui l’observait de loin. Au début, Artémis tenta de les appréhender, en vain. Il avait décidé de vivre avec cette présence, de les amadouer, puis de les prendre par surprise. Ce jour était enfin arrivé.

« Œil-De-Nuit, Vilain, partons à la chasse. », dit-il très calmement au majestueux loup blanc et au yearrk.

Un plan très bien ficelé. Ils partirent tous les trois dans une direction opposée de celle des observateurs. Le canidé et le yearrk se déplaçaient évidemment trop rapidement pour être suivis, alors ils se contentèrent du Portebrume, leur cible naturellement. L’homme aux cheveux d’albâtre s’arrêta au cœur d’un petit espace dans lequel les arbres ne semblaient pas pousser. Il était seul dans ce cercle au milieu des arbres. Quelques instants plus tard, des cris, du sang, des hommes qui sortirent de leur planque pour finalement retrouver Artémis. Un léger sourire en coin, le vagabond dégaina son sihil et perfora en plein cœur le premier arrivé. Les autres se calmèrent et semblèrent complètement désemparés. En réalité, il n’en restait plus que deux d’entre eux. Œil-De-Nuit et Vilain s’étaient occupés des quelques autres. Les voici revenus, la gueule en sang, manifestement rassasiés. Les deux hommes étaient maintenant encerclés.

« Bien, bien. J’aurais préféré faire votre connaissance dans d’autres circonstances, mais vous ne m’avez jamais laissé vous attraper avant ce jour. Aujourd’hui, je suis bien mieux accompagné, il m’a été aisé de vous cueillir. Maintenant, deux options s’offrent à vous : la première étant de répondre à mes questions et survivre ; la seconde, moins alléchante, est de vous taire et mourir dans d’atroces souffrances. »

Derrière eux, deux animaux féroces, aux dents teintés du sang de leurs défunts camarades. Devant eux, un homme bien réputé pour avoir survécu à bien plus que deux espions sans envergure. L’un des deux sembla craindre de sa vie s’il révélait des informations. Artémis ne put s’empêcher d’afficher un sourire fier, carnassier, revanchard et rempli de provocation. Ce ne fut pourtant pas une insulte de la part du pauvre espion, mais une réelle crainte quant à sa survie.

« Si cela peut te rassurer, vieil ami, ton employeur ne sera plus de ce monde dès lors que tu m’auras indiqué sa localisation. Vous savez pourquoi il vous envoie m’observer, alors vous imaginez pourquoi je souhaite anéantir tous ceux qui ont participé à ces expériences sur ma personne. »

L’homme aux cheveux d’albâtre avait été suffisamment convainquant, puisqu’il décida de coucher toutes les informations qu’il détenait. Excepté la localisation, information la plus importante, ils ne savaient pas grand-chose d’autre. Leur commanditaire ne leur avait demandé que de suivre le vagabond et de lui envoyer des rapports réguliers sur ses évolutions. Rien de plus. Ils étaient néanmoins certains de ne pas agir pour le Magistère, du moins pas directement. Une curiosité qui intéressait là aussi le vagabond. Rassuré d’avoir écarté ses parents de cette manigance, il cherchait à savoir comment avait-on pu les leurrer au sein même de lieu de travail. Mais s’il ne s’agissait pas vraiment du Magistère, cela réglait plus ou moins la question. Kidnapper des enfants pour des expériences était si courant.

Il siffla un bon coup. Le loup blanc et le yearrk disparurent et un magnifique pégase noir arriva peu de temps après. « Ablette, mon amie, nous allons enfin mettre du sens à mon existence. », fit-il en lui caressant le museau. Il grimpa ensuite sur son dos et lui ordonna gentiment de prendre son envol.


Dernière édition par Artémis De Goya le Ven 23 Fév - 16:11, édité 5 fois
Ven 23 Fév - 10:02

"Papa". C'est incroyable ce qu'un si petit mot, ce que ce si banal enchevêtrement de syllabes enfantines peut dissimuler de profond, d'animal. Il peut être doux, ce petit mot, quand il est l'un des tous premiers qu'on entend. Il peut être dur, un peu plus tard, quand il sert de porte étendard à une adolescence qui se veut indépendante. Il peut être amer, enfin, quand il a le goût des regrets, qu'il se teinte des nuances blafardes d'une vie d'adulte dont l'espoir s'est envolé. Mais il n'est jamais dénué d'amour. Sinon, on lui préfère plus généralement les mots de grandes personnes, les mots définis, les mots définitifs. Ces mots qui n'ont plus rien d'enfantin, les mots du dictionnaire. "Père", "géniteur", "paternel". Rien de tout ça ne s'appliquerait à lui.

- Lester. Dit simplement Lillie en pénétrant dans les appartement du scientifique. Elle avait à peine eu le temps, depuis son arrivée à Opale, de se doucher et de passer des vêtements propres. Sur sa mine triste ruisselaient ses mèches roses délavées, comme autant de néons tard sous la pluie du soir. Son treillis lui tombait aux chevilles, ses baskets trouées attestaient, si ce n'était de sa pauvreté, de l'utilisation trop intensive de son pouvoir. Son large pull à capuche lui aussi avait souffert de ses transformations. Elle n'avait l'air de rien et c'est précisément ce qu'elle voulait. Que ce moment ne soit rien.

- Lillie... Lillie c'est toi ? Ma fille ? Loués soit les Douze ! Lester avait tourné la tête à la mention de son nom. Assis à son bureau - où seul un minuscule espace lui permettait encore de faire tenir une feuille au milieu des montagnes de dossiers occupant le reste de l'aggloméré - il s'était levé d'un bond, rechaussant ses lunettes comme pour mieux voir l'inattendue. Il n'avait pas tellement changé, pensa Lillie. Comme elle, il était grand et trop maigre. Sa longue blouse blanche trainait presque par terre, renforçant l'image d'un épouvantail sur qui on aurait jeté le dernier tissu de la maison. Ses cheveux blancs se dressaient sur sa tête en une masse informe. Sous ses lunettes rondes, ses minuscules yeux gris se battaient pour se frayer une place entre ses épais sourcils et ses cernes gonflées. Il avait l'air d'un fou, c'est vrai, mais pas d'un méchant fou. Il n'avait pas dans le regard cette lueur cruelle que Lillie avait imaginé pendant ses années d'exile. Il n'émanait pas de lui cette aura violacée, et il y avait fort à parier qu'il n'avait pas de rire gras et tonitruant, comme les méchants des dessins-animés.

- Qui veux-tu que ce soit, Lester ? Ce n'est pas toi qui a envoyé le gros Jerry pour me retrouver ? Difficile de feindre la surprise quand on commandite un enlèvement, non ? Elle recula d'un pas. Elle se savait faible. Le moindre contact suffirait à adoucir sa haine. Lui, en revanche, avança encore. Il tendit le bras, sans la toucher, secoua la tête doucement.

- Un enlèvement..? Non, Lillie, non. Je voulais simplement de tes nouvelles. Pas un jour ne passe sans que je ne pense à toi, pas un. Et je n'y tenais plus, je devais te revoir. S'il avait fallu que je voyage dans tout Uhr pour se faire, je n'aurais pas hésité une seule seconde. Mais je n'avais rien, rien à part une probabilité. Celle que tu sois encore à Xandrie. Sans l'aide de Jerry, je serais mort avant même de t'avoir retrouvée. Les verres de ses lunettes amplifiaient la taille des larmes qui perlaient aux coins de ses yeux. Sa voix s'était brisée, elle non plus n'avait rien de commun avec celle qui vivait dans les souvenirs de Lillie. Elle était bien plus abimée, bien moins grandiloquente. "Peut-être as-tu besoin de te reposer ?" Lester n'irait pas plus loin, pas aujourd'hui. Il savait que la moindre maladresse de sa part ferait fuir sa fille comme un chat apeuré d'un bruit trop soudain. Il lui confia du linge propre - tout un tas de vêtements qu'il avait fait acheter pour elle - et ne l'embêta plus.

L'appartement n'avait pas changé. C'était toujours le même plancher piqué par les vrillettes, toujours le même plafond aux moulures écorchées. Il y avait partout cette même odeur de camphre, partout ces papiers en vrac, ces ampoules nues et ces meubles d'un autre temps. Debout dans la pièce à vivre, Lillie devina sur sa gauche la cuisine, qui n'avait de cuisine que le nom, puisque même du temps de sa mère, personne n'y cuisinait jamais. Le petit escalier à la droite du bureau de Lester montait sur sa chambre, ce lieu mystérieux où jamais la jeune Lillie n'avait pénétré. Et puis, à gauche, au fond, il y avait sa chambre à elle. Ce petit bout de pièce, ces quatre murs vers lesquels elle avançait maintenant. Tout y était exactement comme elle l'avait laissé, des années auparavant. Il y avait cette minuscule fenêtre, sous laquelle trônait un petit radiateur en fonte. Il y avait ce lit, à l'opposé, paré d'une belle couette aux motifs fleuris. Il y avait ces posters, partout, d'actrices opaliennes, de chanteurs d'Aramila, de rêves de tout Uhr. Et il y avait cette peluche. Cette unique peluche de Nautifélin à l'oreille cassée par l'amour trop puissant d'une enfant. Lillie observa tout sans rien voir. Elle flottait au-dessus de la pièce comme un fantôme. Mais le soir venu, une fois son corps lavé, une fois des vêtements propres passés, elle se glissa dans son lit, et doucement redevint cette petite fille à la peluche bleutée.
Sam 24 Fév - 0:08

Lester. Un scientifique réputé fou dans son domaine d’activité. Cela n’était en rien étonnant pour le Portebrume, qui grimaça en recevant cette information d’un vieil ami qui lui devait un service. Un fou parmi tant d’autres, mais ce fou-ci lui avait volé sa jeunesse et une partie de sa vie. Une grande partie, même. L’adresse fournie correspondait à celle donnée par les espions. Il avait bien fait de les épargner, ils n’avaient pour l’instant pas mentis. Pour l’heure, il préféra rester devant quelques temps et observer les mouvements aux alentours. Artémis n’était pas un professionnel de l’infiltration, bien au contraire. Dès qu’il mettait les pieds quelque part, cela finissait – bien souvent malgré lui – en un véritable carnage. Cette fois-ci, il voulait prendre son temps, car il attendait ce moment depuis de nombreuses années.

« Comment comptes-tu t’y prendre, mon frère ? », le questionna Œil-De-Nuit, l’esprit de loup blanc qui était en lui. Une question tout à fait légitime. D’ordinaire, le vagabond fonçait et s’adaptait à la situation qui se présentait à lui. Aujourd’hui, pour une raison que même son loup n’expliquait pas, l’homme aux cheveux de suie voyait les choses différemment. Ce n’était pas la peur qui le freinait, mais un esprit vengeur, qui ne savait pas réellement comment s’y prendre. Et cela inquiéta à la fois le canidé et la Nebula qui était restée silencieuse tout ce temps. Un record. Artémis n’agissait jamais par vengeance ou par rage. Il effectuait ses missions avec beaucoup de sang-froid. Il se salissait les mains parce quelqu’un devait le faire. Voilà tout.

La situation était différente aujourd’hui. Un intérêt clairement personnel était en jeu. La Nebula le coupa dans ses songes : « Je ne sais pas ce que tu attends, vagabond. L’homme que tu recherches doit être un rat de laboratoire, qui ne sort jamais de sa tanière. Il est probablement suffisamment riche pour que l’on fasse ses courses à sa place. En d’autres termes, vagabond, tu vas devoir arrêter de tortiller du cul et faire comme tu as l’habitude. Autant d’ordinaire, je n’apprécie pas vraiment tes méthodes. Autant ici, c’est la solution la plus raisonnable. » Un jeune loup blanc, aussi douloureuse fut cette pensée, sembla d’accord avec sa détestable partenaire.

Cependant, il lui sembla voir une faible lumière s’allumer dans une petite lucarne, toute petite fenêtre au dernier étage. Probablement une chambre à coucher. Le bâtiment était bien habité. Frapper à la porte serait inconsidéré et très mal perçu. Entrer de force ne serait pas mieux avisé. Pour couronner le tout, le temps se dégradait au fur et à mesure, laissant place à de petites gouttes de pluie qui s'intensifiaient. « Super. Maintenant, on va sentir le loup mouillé. », souffla la Nebula au grand désespoir de son hôte qui l'ignora simplement. Aussi étonnant que cela put paraître, Artémis était sans idée. Habituellement, nulle hésitation ne venait entraver ses désirs.

« Ici, nous avons une bonne visibilité, nous sommes partiellement protégés de la pluie. Nous restons quelques temps. J'ai besoin de plus d'informations sur les occupants de cet habitat. Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? », marmonna-t-il d'un air maussade, comme à son habitude. « Et puis quoi ? Tu veux aussi que l'on t'envoie les plans de la baraque ? Tu ne comprends pas qu'ils sont barricadés derrière ces murs et qu'ils ne sortent jamais. C'est un rat de laboratoire que tu traques, pas un explorateur comme toi, qui passe le plus clair de son temps en-dehors de son toit. »

Elle marquait un point et le vagabond en avait pleinement conscience. Pourtant, il campa sur ses positions et resta observateur le temps de l'averse.
Mer 27 Mar - 9:13

Les jours passaient et se ressemblaient étrangement à Opale. Si elle n'avait pas été habituée à vivre sur ses gardes, Lillie aurait presque pu croire que Lester ne lui voulait vraiment aucun mal. Mais elle se méfiait de lui comme on se méfie du temps qui change. Il avait déjà attendu des années, nul doute qu'il était capable de patienter quelques jours de plus avant de la clouer sur une table d'opération. Pour l'heure, il se contentait de phrases mielleuses et d'une relative pudeur vis à vis de sa fille. Il la laissait vivre sa vie, ne sortait que très peu de sa chambre, à l'exception de quelques déplacements au Magistère. Lillie aurait plusieurs fois eu l'occasion de visiter cette fameuse chambre, mais elle se doutait bien que Lester avait pris ses précautions en cas de visite impromptue. Elle ne s'y risqua pas.

Elle profite du calme apparent pour redécouvrir Opale. Elle n'avait que très peu de souvenirs de cette ville tentaculaire et étonnamment au moins aussi nauséabonde que Xandrie. Déjà enfant, elle passait le plus clair de son temps chez elle. Ses parents vivant presque reclus dans leurs laboratoires respectifs, elle n'avait pas le loisir de se promener seule dans la rue. Elle profitait désormais du temps qui lui était imparti pour se renseigner à droite à gauche sur les récentes activités du Magistère et de la ville en générale. Elle avait appris de son expérience à Xandrie qu'aucune information n'était plus crédible que celle qui sortait de la bouche de la rue. Les gens parlent quand ils ne peuvent agir. Et écoutent quand ils ne peuvent parler.

Aussi Lillie sortait-elle tous les matins de l'appartement, tantôt en femme mûre, tantôt en enfant, tantôt en grand-mère. Elle changeait de coiffure, de vêtements, parfois même de pas. Elle ne voulait pas attirer sur elle une attention trop grande. Elle était loin de se douter que quelqu'un l'observait en cachette. Après quelques jours à flâner, elle finit par boire le thé aux abords du Magistère. Exténués par une journée manifestement trop longue, deux Officiants échangeaient sur une table non loin.

- Je déteste cette période, dit le premier. Avec l'approche des oraux, les assistants commencent à paniquer, et tous les projets, pourtant sérieux, prennent des allures d'expériences de fous.
- M'en parle pas ! Bélial a tellement peur que son projet n'intéresse pas les Directeurs qu'il est prêt à passer aux phases de tests alors même que ses premiers résultats prouvent que rien n'est prêt pour une étude sur cobayes humains. Il hurlait tout seul qu'il enlèverait lui même un gamin s'il pouvait. Ce système les rendra tous fous à lier. Je veux dire, plus qu'ils ne le sont déjà.
- D'autant que ça n'a jamais empêché les fous de Nunc Melior de continuer à mener leur petite barque. Secret de polichinelle si tu veux mon avis, mêmes les Directeurs savent que rien de tout ça n'est terminé.

Si les modus operandi du Magistère étaient un peu compliqués à comprendre pour une enfant, il l'était beaucoup moins pour la femme que Lillie était devenue. Ce bref échange suffisait à lui faire comprendre que la soif de découverte comptait moins pour les chercheurs que l'accession à un titre et à un rôle prestigieux. Elle comprit rapidement, en revoyant les accès de rage de Lester, que celui-ci avait dû par le passé lui aussi soumettre des projets aux Directeurs. Et à en croire sa folie prématurée, ceux-là n'avaient pas dû être assez pour lui faire conserver son titre de Docteur.

Lillie regagna l'appartement d'un pas décidé. Il fallait qu'elle accède à ce bureau. Il fallait qu'elle obtienne de quoi confronter Lester. Qui sait, avec assez d'éléments en sa faveur, et si elle arrivait à trouver des soutiens au Magistère, tout ça ne se terminerait peut être pas en bain de sang.
Dim 31 Mar - 23:40

« Dis, cette odeur, c’est bien la même depuis que nous sommes ici ? », marmonna le vagabond d’un ton lugubre. Le canidé, par un lien psychique, acquiesça en réponse à la question de son partenaire. En effet, voilà des jours qu’ils observaient les entrées et sorties de la demeure appartenant au scientifique recherché. C’était un homme méticuleux, toujours accompagné et probablement que ses travaux étaient parfaitement bien dissimulés dans ses quartiers. Mais ce qui alerta Artémis, qui perdait espoir au fil des jours, était cette femme qui venait de sortir. Elle dégageait la même odeur corporelle que la vieille dame, l’enfant ou l’adolescente aperçues dans la semaine. Avec du recul, excepté l’âge et les coiffures, elles avaient toute un air de ressemblance. Alors deux options étaient possibles : soit il s’agissait d’une famille ; soit il s’agissait de la même personne usant du pouvoir de jouvence.

« Nous devrions la suivre, dit le Change-Peau. »
« Il ne fait aucun doute, mon frère, rétorqua le canidé. Use de mes sens pour la traquer à distance. »

Cela ne faisait aucun doute. C’était d’ailleurs grâce aux sens de ce dernier qu’Artémis a pu déceler un problème. Ce problème pourrait tout à fait se révéler être la solution. L’homme aux cheveux d’albâtre n’avait pas vraiment l’apparence du touriste ou du flâneur par excellence. Il attirait forcément le regard. D’une part, à cause de son physique imposant et de ses yeux dorés ; d’autre part, sa tenue vestimentaire qui ne laissait planer aucun doute quant à sa profession. Mais fort heureusement, Opale accueillait de nombreux patrouilleurs, notamment ceux de la Guilde des Aventuriers, dirigée d’une main ferme par son ami Reno Callaghn. Il en croisa certains sur son chemin, alors ils se saluèrent rapidement, prirent des nouvelles et reprirent leur chemin. Il était important de rappeler qu’Artémis avait fait son petit nom au fil des périlleuses expéditions effectuées et desquelles il était toujours revenu. Pour combien de temps encore, se demanda-t-il.

La femme s’arrêta aux abords du Magistère pour prendre un thé. Un coup d’œil sur la clientèle présente, Artémis remarqua la présence de trois types qu’il avait côtoyé dans un campement, lors de l’expédition dans le Dainsbourg. Cela lui offrait une opportunité de se rapprocher de sa cible, mais aussi de s’enquérir de quelques nouvelles de ses anciens camarades, en apprendre un peu sur l’actualité d’Uhr. Il était important de notre qu’Artémis ne faisait pas partie des plus au fait des changements dans le monde. Coupé de la société, seuls ses voyages lui permettaient de collecter des informations et ainsi rattraper son retard. Ceux qui avaient besoin de lui savaient comment entrer en contact avec lui. Cela suffisait amplement.

Si heureux de le retrouver après ces longs moi d’absence, ici, au sein de la capitale, que l’un des trois hommes, le plus expérimenté du trio, décida de payer sa tournée. Faisant mine de rien, il ne lança quelques petits coups d’œil vers la demoiselle, afin d’être certain qu’elle ne lui échapperait pas. Elle semblait captivée par une conversation de deux officiers de ville. Subtilement, ses oreilles prirent progressivement la forme de celles du loup, dans le but d’augmenter son acuité auditive. Il percevait quelques mots, on parlait d’un « oral », « d’expériences non autorisées », puis de « Nunc Melior ». Ce dernier lui évoqua quelque chose sans pouvoir mettre le doigt dessus.

Elle termina son thé et s’en alla d’un pas décidé. Artémis aurait bien lâché Œil-De-Nuit pour la suivre, mais cela attirerait trop l’attention. Il connaissait sa destination. Il voulait l’intercepter avant d’y parvenir. Et puis merde, pensa-t-il. Les règles de bienséances n’avaient jamais été son fort. On le savait sauvage et on l’excusait pour cela. Il but sa chope de bière cul-sec et se releva aussitôt. « Pardonnez-moi, messieurs, des devoirs m’appellent et je ne peux y déroger. Ce fut un plaisir de vous revoir. Prenez soin de vous. », dit-il avant de s’en aller, avec une sincérité qui ne manqua de plaire à ces jeunes hommes.

Peu de temps séparait le vagabond à sa cible. Avec une bonne foulée, il la voyait déjà à une centaine de mètres. Il accéléra le pas jusqu’à se retrouver à deux mètres, puis il ralentit progressivement, jusqu’à se retrouver suffisamment proche d’elle pour lui adresser la parole. « Mademoiselle, quoi que vous ayez l’intention de faire, je crois que nous devrions parler. », fit-il en guise d’introduction. Malheureusement, il n’avait pas le luxe de la faire attendre et de préparer le terrain. « Il se peut que nous ayons une connaissance commune qui nous a causé quelques torts et qui, sans le moindre doute, continue d’expérimenter certaines choses sur de jeunes enfants. Suis-je sur la bonne voie ? »

Sa réponse serait déterminante. Collaboreraient-ils pour cette périlleuse entreprise ou combattraient-ils le mal séparément ?