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❝ mécanismes aristocratiques ❞

❝ mécanismes aristocratiques ❞ - Page 2 Brandw10
Mer 7 Juin - 18:45
Pilote automatique activé. Le corps réagit avec grâce et harmonie, répondant à l'appel des notes, à la volupté de la danse. Soumis à de nombreux exercices de coordination, de maintient, il fait appelle à la mémoire musculaire et suit la maîtrise du meneur sans même y penser, sans avoir à réfléchir ; parfaite partenaire de danse accordant sa confiance aveugle. La musique se glisse à l'intérieur des oreilles, titille les tympans, effleure les méninges et rythme la houle des songes qui montent, doucement, lentement, irrémédiablement, comme une marée sous le joug de la Lune. Les odeurs se mêlent, celles des invités, les parfums des mets se drapent d'humidité, de rouille, de chaleur et d'huile de moteur — à la contrebasse se joint le grincement intempestif de la chaudière, et le décors somptueux perd de sa superbe, se travestit pour devenir un débarras sans attrait où le jeu de lumière des décorations, des lustres et des bijoux tapissent les murs, cri du cœur de la réalité tentant de percer ces sombres pensées. Trop tard, tu y es déjà plongée. Poupée mécanique entre les mains du Ministre, tu revis la panique, le crissement de la lame forçant le passage dans le squelette de l'automate, la pression du couteau contre ta peau ; et dire que tu n'y avais même pas prêtée attention, ce jour-là, et qu'elle te semble en ce moment même étouffante, prête à trancher ta peau et te rompre la gorge. Pamyfja. Ton cœur se serre lorsque ton visage tordu de douleur s'impose à toi, que tes oreilles recueillent son cri, son supplice. Par tous les Esprits, tu as bien fait de ne pas manger, tant ton estomac se soulève en quête de quelque chose à évacuer. Tu souffres pour elle. Avec elle. L'impuissance te revient en pleine face, t'attrape les trippes et malmène tes idéaux. Pourquoi ? Comment ? Quel être abject ose démembrer un de tes enfants ?? Ta vision se trouble, les paillettes disparaissent de tes iris radieuses. Des semaines, des mois sans nouvelle d'elle, et le démantèlement de la branche dont elle est issue après des dénouements des plus... sordides.

Perdue en conjectures internes, c'est à peine si tu as conscience de ton corps, de sa présence entre les bras de cet homme qui guide tes pas. Son odeur est lointaine, sa chaleur d'autant plus incertaine, et ton regard perdu dans le vide sursaute lorsque sa voix, si proche, t'épingle surplace et te ramène dans cette salle où patauge la haute et leurs masques d'argent. Le sourire égrené sur tes lèvres rosées se ravivent par automatisme quand tu récupères précipitamment ton bouclier, ton voile de fille de bonne famille parfaitement domptée. T'apparaissent alors les multiples regards posés sur toi, sur lui, sur vous. Le poids des rapaces en mal de potins, que tu dois satisfaire pour ne pas déplaire. Petit cœur à le mal du pays, il tambourine dans une poitrine trop étroite pour accueillir toutes ces émotions qui tourbillonnent brusquement à l'intérieur et que tu ne sais pas même nommer. La certitude que la nausée n'est pas due à la gorgée d'alcool mais à une douleur latente, un mal-être, une remembrance que tu n'as pas encore digéré : pourquoi faire, toi que la vie se contente d'effleurer, caressant ta petite bulle impénétrable, du moins... Tu le pensais.

« Hélas, Ekiel, tant de choses vont mal... »

Un murmure, étouffé par la proximité. Anesthésiée, si les membres sont crispés, rien n'est ressenti, pas même l'aversion pour le contact avec autrui. Soupir glaçant, le précipice s'approche, oh, la chute sera lente, très lente, et l'impact, à n'en pas douter, assourdissant. Prune, petite étoile dorée, vas-tu réellement te laisser chavirer ? Les yeux s'animent, s'accrochent aux azurs ministérielles, échanges muets, partages de secrets ? Non, tu ne saisis rien dans ses pupilles, tu n'y lies rien, pas grand chose, et encore, c'est incertain. Et lui, que lis-tu, dans tes mirettes ? Ne dit-on pas qu'elles sont le miroir de l'âme, ces petites choses ?

En toi, ça craque. Imperceptiblement, c'est à peine si tu le sens. Mais tu te mets à rire, avec mélancolie d'abord, puis plus franchement, avec l'innocence d'une enfant. Allons bon, tu es Prune Oystein, petite douceur sur patte, étincelle qui crépite et chatouilles le cœur de ceux qui croise son chemin ! Impossible pour toi de laisser place aux ténèbres, tu les repousses de toutes tes forces, encore plus férocement que tu endures les mondanités sans broncher. Ton éclat se ravive en même temps que ta voix tapisse les murs, tu scintilles de nouveau, les paillettes renaissent : vraies ou fausses, quelle importance ? L'heure est à la fête ! Au Diable les messe basses, et les trouble faits !

Et te voilà, qui reprend du poils de la bête, et bien décidée à mener la danse, tu empruntes le rôle du Ministre, pour lui apprendre les danses de Jadis, lorsque ta contrée était encore Terre Sainte, Sancta et ses nombreuses festivités, Sancta et ses danses païennes, que l'on conserve en mémoire comme un vestige du passé. Immuable. Précieux.
Dim 11 Juin - 11:16
Mécanismes Aristocratiques


Deux êtres si semblables et pourtant si différents dansaient avec légèreté sous les regards inquisiteurs des convives. Ces derniers attendaient un geste qui laisserait supposer que ces deux là étaient liés plus qu'il n'y paraissait. Mais rien... pas un mouvement ou une parole déplacé. Tout était parfaitement orchestré, parfait dans les moindre détails. Trop parfait.
Pourquoi diable le ministre des affaires étrangères avait-il daigné répondre favorablement à l'invitation de la famille Oystein alors que tous les autres avaient refusé ? Et pourquoi les avoir invités ? Dans quel but ? La famille Oystein envisageait-elle par ce biais de gravir quelques échelons supplémentaires dans la haute société d'Epistopoli ? De se faire remarquer par le grand Sapiarque ? Tant de questions sans réponse.

La musique se poursuivait plus langoureuse, invitant les deux protagonistes à se rapprocher l'un de l'autre. Ekiel se rendait compte que depuis l'incident avec le jeune noble, Prune n'était plus aussi radieuse. Quelque chose s'était fané en elle. Elle semblait absente, perdue dans des pensées auxquelles Ekiel n'avait pas accès. Pensait-elle à l'événement que l'homme avait mentionné ? Sans doute. C'est pourquoi le Strigoi s'inquiétait pour elle. Il ne s'attendait cependant pas à la réponse qu'elle lui donnait. Rien n'allait... Mais ne venait-elle pas de l'appeler par son prénom comme il lui avait demandé la nuit précédente ? Jusqu'à présent, elle n'avait donné que du Sir Zadicus ou du Monsieur le ministre. Un progrès dans leurs rapports.

" Rien ne va ... Vraiment ? Si nous n'étions pas ici, je vous enlèverai et vous mènerait dans un lieu propice à la confidence. Ainsi vous pourriez me confier vos tourments. Quoi que... un mot de vous et je vous soustrais à tout ça, comme promis. Et peut importe ce qu'ils penseront." 

Tout à coup, elle reprenait de la vigueur et son visage se métamorphosait jusqu'à redevenir celui de la Prune pétillante avant qu'elle ne vienne à laisser un rire lui échapper, puis un autre, un rire nerveux. Que diable lui arrivait-il ? Ekiel avait-il dit quelque chose de risible ? Non, cela n'avait rien à voir, c'était autre chose et il ne se l'expliquait pas.

Un autre rythme musical débutait et la belle prenait la direction des opérations, entraînant Ekiel dans une danse païenne. Quelle importance qu'elle brise les codes alors qu'il s'agissait habituellement du privilège des hommes. D'abord surpris par l'audace de la demoiselle à vouloir ainsi conduire, il se prenait vite au jeu. Ne désirant pas la mettre dans l'embarras.
Intérieurement cela l'amusait beaucoup de la voir agir de la sorte. Pensait-elle le surprendre avec ce genre de gesticulations ? Si tel était le cas, la fille Oystein se trompait lourdement.
Ekiel avoisinait les 200 ans avait eu tout le loisir d'apprendre bon nombre de danse grâce à l'enseignement que lui avait prodigué son père adoptif et son armée de précepteurs. Des danses qui pour la plupart avaient été oubliées par beaucoup et qui pourtant dans un temps pas si lointain ne l'étaient pas. Alors rendre ainsi hommage à Sancta l'ancienne terre sainte, ne le dérangeait pas le moins du monde. L'attitude joyeuse de Prune contribuait à l'ambiance alors qu'elle se trémoussait sans retenue, emportant le ministre dans la danse. Ekiel lui adressait un regard et un sourire entendu  lui emboîtant le pas, suivant la cadence de sa cavalière qui ne manquait pas d'énergie. Les murmures concernant leur improbable couple s'étaient tus, bien que certains demeuraient insistants ou choqués par ce manquement à l'étiquette. Ekiel s'en moquait, profitant du moment en compagnie d'une jeune demoiselle bien déroutant et ô combien séduisante apprêtée de la sorte. Le vulgaire caillou s'était transformé en une pierre précieuse qui attisait bien des convoitises. Nul doute que demain, elle recevrait bon nombre de sollicitations. Inconsciemment, cette idée déplaisait au Strigoi, qui accrochait le regard de Prune plus que nécessaire, comme la veille au soir. Elle le surprenait et cela lui plaisait....


Codage par Libella sur Graphiorum
Sam 24 Juin - 11:11
Danse. Débarrasse-toi de tes tourments, envoie-les valser dans tous les sens. Abandonne ces idées noires qui empoignent les tripes, tordent les boyaux, balance ces images, ces sons, ce souvenir affreux. Disperse tout ça aux quatre coins de la salle, sous le regard des convives qui ne voient pas, qui ne savent pas. Oublie les regards, les oeillades, les bouches qui commentent et les pupilles qui se délectent de la moindre miette. Que tes talons résonnent et marquent le rythme imaginaire, féroce, vivant, bien plus que la sérénade jouée par l'orchestre des faux-semblants. Que les plis de ta robe se déploient et s'envolent à chaque mouvement, conjurent le mauvais sort. Que tes membres s'activent, projetant le parfum du savon et de la fleur au fil de la danse, et tourne, tourne, encore et toujours, pour t'étourdir à n'en plus finir et faire taire ces choses dans ta tête qui remontent et s'approprient ta joie, tes paillettes, ton âme, ta lumière. Tourne, Prune, jusqu'à ce qu'un tourbillon naisse en toi et emporte la noirceur et la ramène bas, tout en bas, si bas que tu ne la ressens même pas. Exorcise ton malheur, canalise cette humeur qui n'est pas tienne, qui n'a pas de sens, que tu ne comprends pas et qui n'a pas sa place ici, aux yeux de tous. Conjure ton humanité et redevient la poupée que tu as toujours été, celle qui ne comprend rien, et ne s'en souci pas. Celle pour qui la bulle d'innocence n'éclate jamais, celle qui se fait ses propres idées, ses propres définitions, son propre univers. Tout va bien. Tout ira toujours bien. Il n'y a pas de place pour les monstres dans ce monde qui est le tien. Reconstruit ta bulle et façonne-la à ton image, rayonnante, imperméable, curieuse, chaleureuse. Éclabousse l'assemblée avec : c'est ce qu'ils attendent de toi, tous, ton excentricité, ton décalage, ton insouciance. La déconvenance que l'on te pardonnera de moins en moins, il faut en profiter, maintenant, pour l'éternité. Retrouve tes remparts et brandit ta forteresse, laisse les choses glisser sur toi, comme la caresse de ta robe contre ta peau, comme le regard du Ministre contre ta peau. Il rentre dans la danse, lui aussi, sans poser de question, sans chercher à asseoir une quelconque domination. Danse, Prune, avec on sans lui, danse, car cette soirée n'a aucune importance.

*
*   *

Essoufflée, tu l'es lorsque vous regnoignez le balcon pour un bol d'air frais. Les deux mains sur le garde-fou, tu inspires à plein poumons l'air qui vous entoure, revigore ton corps et laisse apparaître les premières traces de ta transe : la fatigue, d'abord, se pose sur tes épaules et exerce un petit poids, te susurrant que ta nuit sera réparatrice, puis la douleur des talons hauts inappropriés aux élans de folie. Il te faut résister à l'envie de retirer tes chaussures et terminer la soirée en les tenant dans une main.
Tout va mieux. Du moins, la tornade a fait son office et envoyer valdinguer l'entièreté de ton trouble, il ne reste plus rien, si ce n'est ton cœur qui bat dans tes tempes, une soif intense, et le mirage que tu as laissé sur la piste de danse.

« Je ne m'attendais pas à ce que vous soyez si à l'aise avec nos anciennes traditions...! »

Un aveu franc perché sur un sourire tout aussi vrai, tu offres ton cou à la brise qui s'engouffre dans les mèches de tes cheveux. Paisible. Tu n'aimes pas les mondanités, mais tu sais apprécier les moments qu'elles peuvent t'apporter, notamment ceux où tu t'éclipses, comme une souris, pour admirer la ville sous un nouvel angle, et tu ne peux t'empêcher, ce soir aussi, de retracer les routes et les rues, en quête de celles qui te mèneront à ton chez toi.

« ...Ah, mais je suis sotte : ça fait sans doute partie de vos pré-requis, de connaître l'histoire d'Uhr, de ses civilisations, pour mieux comprendre les enjeux présents et futurs de chaque cité ? », ta tête se tourne vers lui, accompagnant la ponctuation de ta phrase, et du bout des doigts, tu pianotes sur une surface invisible, retraçant la mélodie du temps qui passe,  « C'est curieux, quand on y pense : de population pieuse et tournée vers la religion, nous sommes devenue celle qui la remet constamment en question et s'échine à en détruire les principes au profit d'une nouvelle foi. Qui sait si dans des milliers d'années, tout ce que nous sommes en train de bâtir ne sera pas obsolète et cruellement bafoué...! Mais qu'est-ce que je raconte, excusez-moi. »

Vivement tes mains s'agitent pour chasser tes paroles : oust, les pensées grisonnantes !

« Dites... Il y a une question qui me taraude depuis que vous avez mis les pieds dans mon laboratoire. Je n'arrive pas à en trouver la réponse seule, et je suis, disons, pratiquement certaine que la réponse n'a pas été donnée dans les dernières réunions du conseil d'ORI. Je sais que votre présence permettra notamment d'ouvrir de nouvelles portes pour nous à Xandrie, si votre séjour se déroule correctement et que nous parvenons à "assouvir votre curiosité", en revanche... J'ai du mal à voir ce que votre séjour peut vous apporter ? Du point de vue de la nation de Xandrie, j'entends. Vous dépendez du Myste, et d'un point de vue politique, sans vouloir médire votre souverain, il ne m'a pas l'air très enclin à s'intéresser aux alternatives epistopoliennes, qui risqueraient de froisser les grandes instances d'Opale...? » tu répondis très vite, ajoute à vive allure « Bien sûr, vous n'êtes pas obligé de répondre ! C'est juste... Une variable qui me trotte en tête depuis hier, et vous avez déjà passé la soirée à répondre aux questions de tout le monde, laissez la mienne en suspens si vous estimez avoir suffisamment joué votre rôle pour ce soir. Je comprendrais. »
Dim 25 Juin - 5:21
Mécanismes Aristocratiques



Les musiques païennes s'enchaînaient et nos deux artistes s'en donnaient à cœur joie, ne cessant de danser, sans prendre le temps de faire une petite pause entre deux morceaux. Cela durait longtemps, sans doute trop au goût de certains et ce n'est que lorsque nos deux amis décidaient de prendre l'air que d'autres membres de la soirée envahissaient la piste de danse sous des airs plus classique et moins physique. Certaines personnes ne savaient vraiment pas s'amuser et restaient cantonnées dans le qu’en-dira-t-on.
Voici que tout naturellement, Prune et Ekiel s'étaient dirigés sur un balcon afin de prendre un peu l'air. À gesticuler en tous sens, ils avaient comme qui dirait pris un bon coup de chaud. La nuit était belle malgré le fait que le nuage de pollution flottait au-dessus de leur tête. À cela s'ajoutait un panorama sur la ville à couper le souffle. Elle scintillait de mille lumières toutes plus éclatantes les unes que les autres, telles des étoiles. Le ministre appuyait une main sur la balustrade, se laissant happer quelques minutes par la magnificence de la cité. Il pensait qu'un jour peut-être Xandrie pourraient bénéficier de pareille technologie avancée en matière d'éclairage et plus encore.

Soudain, Prune s'étonnait de le voir maîtriser les anciennes traditions avant de se traiter de sotte, affirmant que cela faisait partie de son rôle de savoir tout ça. Ekiel posait alors son regard sur elle au moment précis où une légère brise venait soulever quelques mèches de cheveux dévoilant un cou gracile. Un cou dans lequel il aurait été facile de planter ses crocs pour se repaître de sang frais. Il fallait qu'il pense à autre chose. Il n'était pas en chasse. Le strigoï secouait la tête comme pour chasser cette sombre pensée. Il se focalisait alors sur les questionnements de Prune qui semblait curieuse de savoir pourquoi il était là. Ekiel restait silencieux un instant avant de lui répondre.

" Ne vous sous-estimez pas, votre raisonnement n'est pas loin de la réalité concernant mes pré-requis. Je me suis très tôt intéressé aux autres cultures ainsi qu'à leurs us et coutumes, et cela, bien avant d'occuper le poste qui est le mien actuellement. Il est toujours intéressant de ne pas se cantonner à ce que l'on sait, mais d'apprendre continuellement, c'est enrichissant pour l'esprit, mais aussi pour soi. Pour les danses, mon père s'est montré intransigeant là-dessus. Il fallait non seulement connaître les actuelles, mais aussi les plus anciennes. C'était selon lui, faire montre de respect envers les autres factions. Il me répétait que si je venais un jour à avoir un poste important au sein de notre monarchie, cela me servirait tôt ou tard. Je ne vous dis pas, le nombre de cours de danses que j'ai dû enchaîner. Tout comme vous, je suppose."

Un léger rire à cette évocation. Prune évoque alors le fait que leur population pieuse et croyante est passée à une société totalement différente.

" Disons que votre foi qui était jadis religieuse s'est muée peu à peu en la foi des nouvelles technologies, délaissant de ce fait vos croyances d'autrefois. Quoi qu'il en soit, Epistopoli n'est plus celle de naguère et il vous faut vivre avec. Elle a perdu de son humanité au profit des machines. Bonne ou mauvaise chose, les années le diront. Cependant, il ne faut pas tout miser sur les machines, bien qu'elles soient fort utiles, j'en conviens. L'humain a certes des défauts, mais il est indispensable en ce monde. Sans eux, les machines ne seraient pas là et ne deviendraient pas de plus en plus performantes. Ils sont complémentaires."

Puis vint la réelle question, à laquelle Prune ne trouvait pas de réponse. La réelle raison de la présence du ministre en Epistopoli ? Ainsi donc, elle voulait aborder le côté plus politique de sa visite. Ekiel s'accoudait à la balustrade, soupirant.

" Vous marquez un point ma chère, je suis effectivement ici afin d'ouvrir de nouvelles portes pour vous, mais aussi pour Xandrie. Comme vous venez de la souligner, notre Roi se repose sur des acquis avec Opale et sur le myste. Je pense qu'il est temps de changer tout ça. Quitte à provoquer quelques remous au sein des sept familles d'Opale. Après tout, si le roi m'a nommé à ce poste, c'est qu'il me fait confiance. En tant que ministre, je me dois d'agir pour le bon développement de ma faction."

Il jetait un coup d’œil alentour afin de voir si personne n'était dans leur dos à les espionner.

" Pour ma part, j'envisage d'investir d'un point de vue personnel dans votre entreprise. Pour ma nation, j'entends trouver un terrain d'entente avec le Grand Sapiarque afin que Xandrie puisse bénéficier de l'énergie cristalline. Quand je vois ce dont l'énergie cristalline est capable, je me dis que cela serait une bonne chose pour ma nation. Cela ouvrirait de nouvelles portes, de nouvelles collaborations pour nos deux factions. Nous sommes dépendants du Myste depuis bien trop longtemps et il est temps de passer à une autre source d'énergie. Deux valent mieux qu'une et puis un jour les gisements de myste seront à sec alors autant prendre les devants. Il me reste le point le plus important à mettre en place cependant, rencontrer Elias van Beck. Du haut de sa tour, j'irai jusqu'à affirmer qu'il était au courant de ma venue dès que j'ai accepté votre invitation. Cet homme est un génie. Ses découvertes scientifiques sur la manipulation des cristaux en sont la preuve. Remplacer le carburant par des cristaux était tout simplement brillant." 

On sentait une réelle admiration dans la voix d'Ekiel.

" Quant à vous, j'entends bien à ce que vous me fassiez découvrir de quoi sont capables vos usines en matières de robotiques. Que cela soit pour le service aux personnes ou bien en matière de défenses. Je veux savoir dans quoi je vais investir. Je compte sur vous."

Un regard  bienveillant avant de lui souffler doucement à l'oreille.

" Si vous avez mal aux pieds, ôtez vous chaussures, cela ne me dérange pas. Nous sommes entres amis, non ?" 


Codage par Libella sur Graphiorum
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Mar 11 Juil - 17:13
Sagement, tu hoches la tête aux explications. Des paroles posées, sincères tu espères. Difficile pour ta petite tête naïve de comprendre la portée de ces mots, de cette critique du Souverain à peine dissimulée : une autre que toi aurait écarquillée les yeux, criée au scandale peut-être, et n'aurait sans doute pas hésitée bien longtemps avant de répandre la rumeur d'une discorde au sein de la hiérarchie xandrienne. Mais toi ? Tu gardes le silence, accepte les informations. Oui, il est vrai qu'Opale et Xandrie ne sont pas sur un pied d'égalité, que la situation de l'une dépend des ressources de l'autre, autant que la survie de cette dernière dépend du bon vouloir de la première. Tu as souvent eu du mal à saisir les enjeux politiques, lors de tes leçons ; combien de fois a-t-il failli s'écrouler sur sa chaise et se prendre la tête dans les mains de désarroi, tant il te semblait inconcevable qu'une nation puisse vouloir faire du mal à une autre, la dépecer de ses ressources, de sa civilisation, de ses droits ? Combien de fois s'est-il crevé le cœur face à ton innocence inadéquate face à la brutalité du monde ? Combien de fois s'est-il retrouvé sans argument face à ta détermination, ta pureté profonde, et ta foi en l'humanité ? Ta foi en l'humanité, toujours aussi immaculée ?
Est-ce une bonne raison, d'agir dans le dos du Roi ? Toi, quand tu agis sans prévenir ton père, souvent il te fait les gros yeux un moment, te rappelle que tu n'es plus un enfant, qu'il te faut penser à l'inclure dans tes prises de décisions, surtout lorsqu'elles ne concernent pas que toi. Le Roi de Xandrie, tu n'en connais que ce que l'on a bien voulu t'apprendre, mais il te semble logique qu'il ne soit pas très enclin à ce que les décisions pour son pays soient prises sans qu'il ne soit consulté. Et puis... Opale, dans tout ça ? S'ils ont vraiment le dessus sur Xandrie, ne risquent-ils pas de voir d'un mauvais œil un accord signé avec Epistopoli ? Pour une deuxième source d'énergie, qui plus est ? Tu te mords le bout de la langue, impertinente, et te retiens de poser tes questions, pour ne pas te mêler de cette situation qui ne te regarde pas, et est bien trop grande pour toi. Des enjeux à une telle échelle, tu aurais vite fait de t'en donner mal à la tête, de sortir encore une fois une solution à côté de la plaque. ❝ Malheureusement, mademoiselle, ce n'est pas si simple. ❞ Rien n'est jamais simple, à croire que le monde est fait de règles qui s'annulent continuellement entre elles. Etrange pourtant, toi ça te parait simple, le monde, quand tu le regardes sous tous les angles et qui tu y appliques ta propre vérité, tu te dis que ça pourrait marcher, que ça devrait marcher, comme lorsque tu crées tes Automates sans même te poser de questions, instinctivement. Pourquoi ça ne pourrait pas être aussi simple, la gestion du monde ?

Parce que l'humain ne se contente pas de la simplicité, Prune.

À la remarque du Ministre, tu ris : était-ce si flagrant que cela, ton envie de bazarder tes chaussures à l'autre bout du balcon ? Voilà que c'est à ton tour de jeter un regard circulaire autour de vous, puis de glisser tes pieds hors de tes souliers, appréciant la fraicheur du sol contre ta peau. Quelques centimètres de perdu pour un confort retrouver ; le seul problème reste de savoir si tu auras envie et la capacité de faire violence pour les renfiler lorsqu'il faudra retourner à l'intérieur.

« Serait-ce me fourvoyer qu'affirmer votre appétence pour les jeux dangereux ? Je suis bien peu lucide quant aux enjeux politiques du monde, mais je tiens de source sûre que le Myste soude Xandrie à Opale depuis bien longtemps, et... »

Les mots te manquent pour trouver la formulation adéquate au fond de ta pensée. Perspicacité étonnante lorsque l'on te connait, et la tête se penche sous le poids de tous ces éléments à prendre en compte, cette gestion du monde dans son entièreté. Entier, l'est-il vraiment ? D'un sourire tu conclus ta prise de parole, secouant légèrement la tête à l'intention du Ministre : a-t-il compris où tu voulais en venir ? L'air se charge d'humidité, une bourrasque s'affaire dans ton dos, dérange ta coiffure et te chatouille la nuque, lui reste impassible, solide, impénétrable ; un roc prêt à tenir bon contre vents et marées.

Un brouhaha, à l'intérieur.
Des murmures, un mouvement de foule, le bruit des tissus se précipitant près des murs.
Des voix se détachant du reste, autoritaires, fermes, et vos regards qui se scellent, questionnement silencieux.
Tu plisses les paupières et tournes la tête, rien n'apparait à travers le voile épais des convives et de la panique, même en te hissant sur la pointe des pieds, tu ne parviens pas à le percer.
Et puis le cri, la rage qui déforme les mots plus que l'accent xandrien du fauteur de trouble.
❝ Je sais qu'il est là ! Amenez le moi ! Ekiel Zadicus, amenez le moi, tout de suite ! ❞
Des cris, plus perçants, paniqués, les corps qui s'abaissent et s'échappent à la main qui se dresse en l'air, armée.
Ses yeux qui scrutent la foule et s'agite, son arme pointant les convives pour les faire bouger, l'accès au balcon que l'on libère.
Là, il est là. Le Ministre en ligne de mire, l'homme grince des dents, souffle comme un bœuf...


« Que quelqu'un appelle les secours ! s'écrit une voix stridente.
— Le premier qui moufte, j'le perfore !!
— Allons, allons, ne nous é— »

Le coup part, se loge dans le mur bien au-dessus de la tête de l'homme. Coup de chance ? Déviation volontaire ? Le silence de plomb se saisit de trancher : dans le doute, on se tait. Les invités sont figés, se retiennent tous de respirer, et on devine sans difficulté que les femmes peinent à ne pas s'effondrer.

« Avance, loin de la demoiselle, on va causer, toi et moi, entre homme. Voilà bien trop longtemps que vous jouez aux échecs avec nos vies, il est temps de renverser la tendance, vous pensez pas ? Eh, gamine, dégage de là ! gronde-t-il lorsque tu t'avances devant l'homme en joug, rechargeant son arme pour prouver son sérieux.
— Je m'excuse, mais sir Zadicus est sous ma responsabilité, et je—
— Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre, moi, de ton protocole ! Tu tiens à te faire tirer dessus pour un trou du cul ??? Dégage de là !! »
Mer 12 Juil - 17:50
Mécanismes Aristocratiques


Prune écoutait attentivement les réponses d'Ekiel et ce dernier savait que lui avoir répondu sincèrement pouvait se révéler dangereux pour sa carrière et pour ce qu'il envisageait de faire. Mais, tout cela, c'était avant tout pour Xandrie et son devenir. Cela passait bien avant son propre intérêt. Il ne savait que trop combien souffrait une partie de la population. En parlant à cette population, il pensait à celles et ceux qui travaillaient dans les mines dans des conditions épouvantables. Si ne serait-ce qu'un dixième de la technologie Epistopolienne pouvait arriver jusque-là, cela changerait tout. Des familles pourraient de nouveau être réunies et des vies ne seraient plus gâchées ou perdues. Depuis des décennies, le nombre de morts ne cessaient de croître et pas uniquement dans les mines. Apporter la technologie améliorait beaucoup de chose, Ekiel en était persuadé.
Son regard azur se posait une fois de plus sur Prune. Une petite voix en lui, lui soufflait qu'il pouvait lui faire confiance. Que rien de cette discussion, ne s'éventerait. Ô bien sûr, il était aisé de savoir ce qu'elle pensait de tout ça. Qu'agir de la sorte dans le dos du Roi n'était peut-être pas la meilleure chose à faire, mais après tout, il y avait bien longtemps que le Roi s'en remettait à ses ministres pour gouverner Xandrie. Il y a bien longtemps qu'il ne gérait plus rien et ne faisait acte de présence que pour la forme. Tous en Xandrie savait que les ministres menaient la danse. Alors oui, cela pouvait se révéler dangereux, mais il fallait parfois prendre des risques pour le bien de tous. Alors ces risques, Ekiel était prêt à les prendre, quoiqu'il advienne !

" Je sais ce que vous pensez, Prune. Qu'il est risqué de tenter un coup de poker en voulant ouvrir un marché sur l'énergie avec Epistopoli et ainsi contrer Opale. Mais, je pense avant tout à l'avenir de ma faction. Il faut qu'elle cesse d'être dépendante d'Opale, pour le bien de tous. Alors oui, les enjeux sont grands, tout autant que les risques, mais je dois œuvrer avant tout pour le peuple et son bien-être. Imaginer ce qu'apporterait l'énergie cristalline ? Un confort que certains ne peuvent s'offrir faute de moyen parce que le myste est trop cher. Cela changerait de nombreuses conditions de vie. Alors, si ces accords peuvent améliorer le devenir des gens plus modestes que moi, voire des plus pauvres, j'en serai fière. Je n'aurais pas agi pour rien."

Il se passait une main sur la nuque comme pour atténuer la tension dû à sa charge.

" Il me reste encore beaucoup de personne à rencontrer, même si je préférerai nettement rester ici avec vous en toute tranquillité. Votre compagnie m'est agréable et vous êtes loin de ressembler à toutes ses dindes qui se pavanent derrière nous avec des airs de faux semblant. Vous êtes une personne sincère et franche, cela me plaît."

Un regard sur la ville avant de sourire à l'affirmation de la demoiselle concernant le danger.

" Les enjeux politiques peuvent mener à bien des dangers et j'ai été formé à cela. Aussi, ne vous inquiétez pas, tout se passera bien. Opale et Xandrie sont liées depuis bien trop longtemps et tous voient cela comme un acquis que rien ne peut ébranler. Il est peut-être temps de leur rappeler que ce ne sont que des accords commerciaux et qu'ils peuvent être modifiés ou rompus à tous moments."

Il se penchait vers elle et lui soufflait à l'oreille.

" Vous êtes plus perspicace que vous ne voulez le laisser voir. Je suis certain que vous serez à même de diriger les entreprises Oystein lorsque votre père ne sera plus. Quelque chose me dit que vous aimeriez en savoir plus. Mais, je vous ennuie avec tout ça ! Laissons cela de côté et continuons de profiter de la soirée."

Un petit clin d'œil complice. À peine constatait-il que Prune perdait quelques centimètres en ôtant ses chaussures que du bruit provenant de la salle de réception captait leur attention. Un bruit qui n'était pas dû aux festivités. Non, c'était autre chose. Une chose qui, très vite, montait, générant des murmures se muant peu à peu en cris de panique. Que diable se passait-il ?

Voici qu'une voix s'élevait, rageuse. Ce qui frappait le plus Ekiel était le ton employé. Un ton autoritaire. Son nom fut prononcé et avec lui l'ordre de le mener jusqu'à la personne qui le citait. Des protestations, des cris et un coup de feu retentissaient, provoquant une panique encore plus grande. En quelques minutes, cette soirée si parfaite tournait au cauchemar. Et, c'est là que l'individu armé apparaissait dans le chant de vision du couple sur le balcon. L'homme était agité, nerveux et cela n'annonçait rien de bon. Un mot ou un geste de travers et tout déraperait. Il ne fallait en aucun cas que cela arrive. L'individu arguait Ekiel de s'avancer vers lui afin de parler d'homme à homme, que cela n'avait que trop durer. Qu'il était temps de renverser la tendance que le jeu était fini.
Mais, il ne s'agissait pas d'un jeu, mais d'enjeux. Des enjeux importants dont ce Xandrien n'avait même pas idée. Le Strigoi allait s'avancer vers l'homme lorsque tout à coup Prune s'interposait, affirmant que le ministre était sous sa responsabilité. Très vite, l'homme armé affichait un regard fou, rechargeait son arme, lui intimant de dégager de là, la mettant en joug.
Non, Ekiel ne pouvait pas laisser faire ça. Pas elle. Pas avec une telle arme. Une arme qu'il n'avait aucun mal à identifier, un Walther P22 modifié. De telle sorte qu'à une distance pareille, le risque de provoquer de graves blessures était très élevé. À moins de 5 mètres, il pouvait même être mortel.

" Je suis Zadicus. Baissez votre arme, je vous suis."

Ekiel passait alors doucement devant Prune, mains bien en vues, venant faire rempart de son corps, afin la protéger. Il était prudent, sachant pertinemment que cela pouvait dégénérer en quelques secondes. Il cherchait à capter le regard de l'homme afin d'user de son pouvoir, rien à faire, l'individu était trop agité, les yeux allant et venant en tous sens. Ses mouvements se faisaient de plus en plus chaotiques et lorsque près d'eux un mouvement de foule eu lieu, alors qu'une femme s'évanouissait, le Xandrien paniquait et un coup de feu claquait, tonitruant.
Instinctivement, Ekiel se tournait rapidement vers Prune, la protégeant de son corps,  l'entraînant sur le sol afin de lui éviter le pire. La sauvée, rien d'autre ne comptait. L'impact au sol ne fut rien comparé celui qui venait le frapper, puissant, violent, lui arrachant une partie de l'avant-bras gauche et un cri. La douleur était fulgurante. Une douleur bien plus violente que celle des coups de ceinture que lui infligeait jadis son géniteur. Le sang affluait, s'écoulant du corps d'Ekiel abondamment. Il y eut d'autres bruits, des automates armés intervenant afin de maîtriser le forcené et tentant de ramener le calme avant que d'autres personnes arrivent en renfort, prenant les choses en mains afin de ramener de l'ordre.

Couchez au sol, Ekiel roulait sur le dos, libérant Prune du poids de son corps. Il portait la main droite à son bras gauche, ne rencontrant que chaire déchiquetée et sang. Beaucoup de sang. Autour d'eux, les gens s'agglutinaient, curieux. Tout se mettait à tourner autour d'Ekiel et machinalement, il fermait les yeux, pour se soustraire à tout ce brouhaha. Il se sentait couler, peu à peu, mais une voix le ramenait à la réalité. Une voix qui refusait de le laisser partir. Celle de Prune.
Il rouvrait les yeux au prix d'un grand effort,  tout était flou autour de lui, sauf son visage à elle. Il se voulait rassurant.

 "Ca ...ça va allez. Vous...vous inquiétez pas..." 

Une voix à peine audible.


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