Light
Dark
Bas/Haut

Là où sinuent serpent et fumée, feux indolores

Là où sinuent serpent et fumée, feux indolores Brandw10
Lun 19 Déc - 5:04

*raclement de gorge*
- Dites, chef… votre truc là, vous l’arrêtez pas ?

Fumée de poix, odeur de forge.
Un peu de bacon laissé entre les tenailles rougies en plus.
Et Il restait planté à regarder ça…
Tomyr, lui, ça ne lui plaisait pas. Ça lui rappelait comment il l'avait rencontré… ah oui, il avait survécu, ah oui, il n'était pas aux fers non plus, mais… sa barbe avait roussit !

Il claqua de ses doigts rugueux. Le gnome n'était même pas sûr d'être entendu… Jivar – comme il se faisait appeler, mais c'était qu'un nom au milieu d'une ribambelle qu'il déclarait – le chef, était souvent… absent. À fixer des trucs l'air hébété. À force il s'y était habitué. Mais là… ça faisait déjà bien longtemps que ça durait. C'est bon, son dernier neurone a cramé. C'était tout de même dommage, sans lui, leur petit groupe allait s’effondrer. Un sauveur digne des bas-fonds, un azimuté du ciboulot comme on en voyait peu… et plutôt efficace dans son impro avec ça !

« Savariss ?, le gnome leva un sourcil, pour une raison ou une autre c'est comme ça qu'il l'appelait. Le nom d'un célèbre confident d'une tragédie classique qu'il paraissait… Tomyr, ça lui disait trop rien, c'était flatteur ? Sens-tu cette putride immondice ? Les vermisseaux d'angoisses s’extirpent des affres d'où ils étaient plongés, ignorants des méfaits, que leurs sinués impriment dans nos dévers. Qu'est ce qu'il baragouinait encore ? Et pourquoi qu'il levait le bras vers l’ampoule blafarde qui pendouillait mollement du plafond… Il allait pas encore niquer le générateur, hein ! Non… c'est qu'il restait suspendu comme ça… Tragédie, Savariss, trahis dans nos chairs… l'Hécate fétide pour seule lumière. Elle bourdonne, nous déloge, elle, propriétaire, de nos peines, nos envieuses ténèbres… »

Le cyborg le fixait à présent… il attendait une réaction ?

- C'est… Euh… enfin, ça sonne bien… mais ça ne veut rien dire…

Pour ce qu'il en savait… Et tout ça en tournant au lait de drakesse…
Décidément, le fumet finit de lui monter à la tête.

- Si vous pouvez pas désactiver votre bazing j'vais appeler Tac !
*silence*
- Crictolg ? Il a déjà essayé… ?

Et toujours ces interrogations… lui ça l'agaçait, mais lui il avait pas trente-neuf modules qui lui parasitait le cortex. Alors il laissait dire, sans autres remarques que ses habituelles rumination dans sa barbe biseautée. De toute façon, ça ne servait à rien. C'est qu'il était un sage dans son genre Tomyr, il râlait toujours, mais il savait à quoi s'en tenir.

- Tic a entendu causer d'une prothésiste qui traînerait pas loin…

Tic et Tac, c'était pas leurs noms, mais il n'allait pas s’embêter à retenir – et encore moins à articuler – des noms gobloïdes… D’ailleurs pourquoi eux, le chef les appelaient correctement ? Cette foutue mémoire aléatoire… ou est-ce qu'il se foutrait juste pas de sa gueule ?

- Hum, hum…

Ah non… il n'allait pas se remettre à fixer son bras-fumerolle ?! Pis c'était tout de même fou qu'il lui reste de la viande à cuire… depuis le temps, qu'est ce qu'il en restait ??
Il sauta sur ses courtes pattes et jeta une vieille cape délavée à la gueule du ''leader''… Lui, il avait pas signé pour être baby-sitter… Il avait rien signé d’ailleurs.
Sur le trajet, il râla. Juste par principe. Pour une fois Jivar le suivait sans tourner dans des ruelles malfamées, illuminé comme ça lui arrivait parfois, pour finir au milieu d'une rixe quand c'était pas d'une descente du guet.


* * *


- Vous êtes sûr que je peux vous le laisser, doc ?

Quel était donc ce ton que Savariss prenait ? Nouveau. Étrange petit crissement à la timidité [rage] qui paralysait sa gorge. Il fixait Ses Doigts [incisifs] bizarrement, alors qu'un truc piaillait pour lui répondre. Serait-ce du à la candeur de la Dame au bistouri ? Tout petit point roux ardent qui perçait un coin amène [désolation] dans les chairs à vifs de leur quartier. Pour sûr elle n'était pas à sa place. Une bénévole pour leurs ailes de rouilles ? Il en aurait bien besoin. La route avait été un calvaire [paisible] la cape frottant sur sa chair-métal aiguisait les aiguillons qui le cernait [autre]. Depuis que la fumée s'échappait de son pyroliseur sans pouvoir cesser, c'était l’encéphalite qui le guettait. Peut-être qu'aillé il pourrait s'en soulager. Les flux grouillaient en tout sens. Et nulle accalmie ne se présentait. Quel chant, quelle cantique devait-il moroser, pour la césure de ses sens ? Un mystère que ce gouffre en son cœur qui s'ouvrait parfois pour avaler ses peines… les plus artificiels [primales].

- Savariss ? Tout ira… [bien/mal]

Un mugissement clapoteux sur les murs lui rappelait que plus nombreux ils étaient, plus simplement [stress] ils seraient trouvés… Par qui ? Une autre énigme. Il ferma les yeux. Respira calmement plusieurs fois. Sous ses paupières aussi siégeait la Douleur.
Son fidèle conseiller jaugea les alentours, avant de grommeler et de s'incliner, chapeau bas. Il n'allait pas être loin… à moins de devoir faire diversion ? Pourquoi ?
Son bras fumait. Ça, il le savait. À moins que n'était là aussi qu'illusion ?

- Guère sûr que vous puissiez y faire grand-chose… Pas réellement homologué si vous voyez ce que ça implique…

Voix détachée au sortir de son pseudo-monde, son regard rougeâtre et hagard traînant ci-et-là, moribond [furie]. Bon sang il n'avait pas autre chose à faire ? Parfois, il lui semblait entendre crier, sans pouvoir assurer que cela venait du patient, à l'air serein, engoncé dans la chaire de torture.
Son bras fumait noir.

La tortionnaire ? L'instable essayait de ne pas [négation] trop s'y attarder, diffuse dans ses outils qu'elle était. Il attendait son tour… calmement ? assis sur un transat usé, calfeutré dans sa cape.
Son bras fumait sec.
Sam 24 Déc - 13:01

Elle en avait vu dans sa carrière, des gens qui avaient déraillé après avoir été « améliorés ». Elle méprisait ce terme et le seul concept, mais elle n’avait d’autre choix que d’aider ces pauvres fous – par principe, et parce qu’ils représentaient une partie de son fond de commerce, quelle mordante ironie. Mais celui-là… Il en tenait une couche, c’est vrai. Elle ne comprenait pas trois mots de ce qu’il disait mais à vrai dire, c’était sans importance, ce n’était pas comme s’il était en mesure de la comprendre, lui non plus. Tant qu’il se laissait faire… Enfin, tant qu’il ne lui sautait pas à la gorge, elle était vernie. Elle n’avait pas grand-chose à craindre, de toute façon – la plupart du temps, dans les rares occasions où les patients se révélaient violents et étaient plus grands et plus forts qu’elle, elle savait comment les… désactiver, au besoin. Dans le pire des cas, il y avait toujours les pièges sous le plancher. Et Lucie. Trouver la jugulaire c’est naturel chez les strigoi, même sous toute cette ferraille.


« Ne vous préoccupez guère cher client – la Dame sait se défendre aussi bien qu’elle sait réparer les gens. » Piailla Naya, l’automate-perroquet, en réponse au gnome inquiet qui avait déposé le type fumant et suintant de toute part sur le porche du Carousel et qui n’avait pas perdu son temps pour enfumer tout l’intérieur – Diable, le docteur espérait que ça ne réveillerait pas sa fille, quelle infection ! Les mains de Danaë n’avaient pas eu besoin de dire quoi que ce soit, l’automate savait répondre à ce genre de questions tout seul. Elle voulait s’attaquer à ce cas le plus vite possible – avant que la fumée ne devienne le dernier de ses problèmes, ainsi se hâta-t-elle de saluer le gnome timide qui quitta la roulotte avec quelques cérémonieux mots d’adieu de Naya. « Venez le chercher à l’aube », quelque chose comme ça, le docteur n’écoutait que d’une oreille alors qu’elle démontait déjà du regard les différentes parties du corps de son patient.


Lorsqu’il s’adressa à elle, ses yeux colorés se posèrent sur lui avec surprise – comme si elle ne s’attendait pas à ce qu’il lui parle. Il avait l’air… si lointain. Trop de modifications faisaient ça au cerveau, parfois ça rendait même les gens violents – Danaë avaient des théories sur le sujet. La jeune femme savait par le gnome que son patient avait été presque intégralement… reconstruit, mais elle n’était cependant pas au bout de ses surprises.


On connaît bien le fait maison ici. Dictèrent ses mains sous le regard mécanique de l’oiseau. « Cela ne posera aucun problème. La Dame est très compétente. » Traduisit-il simplement.


Le docteur avait installé l’homme sur sa table d’auscultation et elle installa promptement son tabouret auprès de lui, sa trousse à matériel médical en main.


Permettez. Dirent ses mains alors qu’elle s’asseyait à côté de lui, tirant de sa sacoche de cuir un stéthoscope visiblement modifié – plus adapté à sa clientèle, capable de percevoir les battements du cœur plus nettement sous la ferraille.


« La Dame va procéder à votre auscultation – nous vous prions de vous laisser faire. » expliqua l’oiseau, qui était venu se percher sur le rebord de la fenêtre en face d’eux.


Elle se positionna derrière lui dans un premier temps, et remarqua immédiatement la chaleur qui émanait de ce corps de chair et de métal. Son cerveau devait brûler vif… elle plaça l’extrémité du stéthoscope à plusieurs endroits du dos de l’homme et écouta attentivement écoutait attentivement. Et ce qu’elle entendit…


Un râle mécanique constant et enfumé. Quand était la dernière fois que cet homme avait respiré sans l’odeur du carbone et de l’acier fondu dans ses narines ? Chaque inspiration n’était-elle pas douloureuse pour lui ? Il devait pouvoir goûter l’air métallique qui fondait dans ses poumons comme du goudron. Elle l’entendait – visqueux, épais et collant. Pourtant il ne bronchait pas, il marchait, il parlait… Etrange.
Son cœur battait vite, trop vite au goût du médecin mais était-ce étonnant avec cette chaleur qu’elle sentait du bout de ses doigts sous la chemise de lin ? Sa peau de métal brûlait presque, si elle craignait la chaleur, elle aurait bondi en arrière. Il sonnait comme un gong affolé contre cette cage thoracique – cloche d’acier creuse. Comment cet homme fonctionnait-il, son cœur battait-il toujours si vite ? … Myste, peut-être ?


Elle se recula et vint faire face à l’homme, l’inquiétude sur le visage alors qu’elle saisit délicatement sa main fumante – comment n’agonisait-il pas ? – et inspectait ses doigts abîmés, testant brièvement ses réflexes en pliant les doigts un à un qui grincèrent avec révolte sous cette épreuve avant de laisser glisser la main sur la cuisse du patient.


Avez-vous mal ? Demande-t-elle par des gestes lents et graves. Un non l’inquiéterait plus qu’un oui, à vrai dire.


« La Dame aimerait savoir si vous souffrez. » Traduisit l’oiseau.


Déshabillez-vous, je dois voir votre bras de plus près.  Ajouta-t-elle sans plus de cérémonie, il aurait bien le temps de lui répondre le temps qu’elle regarde ce qui clochait sous ce tas de peau métallique.


« La Dame souhaiterait voir votre bras, prières d’ôter votre chemise… »

Lun 26 Déc - 2:13

Sur ces geais piaillements accompagnés des tintements de breloques et de joncs qui s'entrechoquaient à chacun des gestes fluides de la prothésiste, le patient s’exécuta. D'un doigté mécanique il fit rouler un à un les épais boutons et libéra lentement son tronc de la chemise de lin blanc. Bien que l'apathie l'avait progressivement quitté, il détaillait lui aussi ses mouvements, se donnant des prétentions de dignité.

- Si je souffre ?
*Silence*

Cette question semblait toujours plus surréaliste à chaque fois qu'il l'entendait. Le pouvait-il ? En était-il seulement capable ?

Un instant, il fixa ses doigts,
se souvenant des manipulations de la femme…
les phalanges grippées qui s'étaient dépliées l'une après l'autre pour reprendre leurs positions initiales. Automatiquement. De façon semblable à… un visage tendre, la suspension de membre dans l'air, improbable posture, un nom, un écho…
Et lui à l'hilarité silencieuse [bruyante] devant le phénomène. [présent/passé]

La moitié des boutons…
Était-il lent ? Se languissait-ils de lui ? Pourquoi son costume n'était-il pas prêt encore ? Pourquoi devait-il se changer dans une petite roulotte au milieu de nulle-part, sous les indiscrétions d'un regard observateur ? Ne valait-il pas mieux que ça ?

- Pourquoi restez-vous ici ?
Un ton cinglant, envers l'assistante léthargique. Une nouvelle ? Elle ne lui disait rien. Ne pouvait-elle se rendre utile plutôt que de stagner là ? Et pourquoi était-il si lourd ? Son bras. Cette fumée…
Ah oui… son bras fumait…
- Navré, soufflât-il.

Souffrait-il ? La question allait et revenait dans son esprit. Il devait s'y accrocher, la saisir telle une ancre pour ne céder à un flot ou un autre. D'instinct, il savait qu'elle aurait dû être évidente… et pourtant il était là, à la méditer, encore…
Pendant ce temps, les boutons continuaient leurs escapades.

Une chose, un froid, s'était mue en lui, cherchant pour un contact avec la corne de métal qui avait crissé contre sa surface. Un stéthoscope ? Fascinant. Humanisant, quelque part, pour un monstre tel que lui qui n'imaginait plus ces instigations médicales possibles. Mais tout son faisceau attentionnel s'était figé sur le point de contact. Sur le froid. Non pas externe – il ne pouvait l'avoir senti, n'est-ce pas ? – mais bien interne ; un petit poing (?) qui avait suivi les excursions le long de la paroi d'acier, sifflant une rengaine familière, apaisante, si faiblement qu'elle n'avait d'autre effet qu'une évocation laconique de la sérénité. Juste assez pour ne pas être virtuellement lésé par l'examen minutieux de ses inspirations charbonneuses et de son cœur malmené. C'était déjà arrivé… rarement, mais, la proximité de certaines personnes semblait être un déclencheur. Alors que son regard s'était stabilisé quelque peu sur le bec effilé de l'oiseau au parler qui l'invitait à une déambulation sur des planches mentales, un doux sourire avait, depuis lors, fendu sa carapace.

L'ultime bouton fila hors de la boucle.
Il releva la tête, croisa son regard.
Depuis quand était-elle si proche de lui ?
De son tabouret, la toubib s'impatientait. Et l'oiseau ? L'avait-il perdu, l'oiseau ? Il la savait rousse – il avait finit par s'habituer aux nuances de sa vision. Une couleur vraie. Elle était grande, sans doute même plus que lui. Sa présence seule pourrait estomper de vieux souvenirs… – de faux souvenirs ? – Une mutilatrice [bénéfactrice] de la pire espèce… Où était donc ce fichu oiseau ? Pourquoi avait-il laissé la place à un serpent aux cerceaux hypnotiques sur la peau de bronze de sa maîtresse ? Il ne pouvait plus détourner la tête et finit d'obtempérer, docilement.
Le lin tomba. Le blanc-cassé laissa place à une étendue acier hétéroclite. Du gris, une couleur proche de la rouille – mais qui n'en avait ni le goût ni la texture – des éclats incarnats, d'autres d'un rouge plus profond ou encore des touches évoquant sa peau. Ancienne. Oubliée.
Ainsi se révélait son buste métallique – une simple surcouche sur sa silhouette d'écorché – qui n'avait rien de bien héroïque. Cabossé, enfoncé, tordu, avait-il une côte broyée la dessous ? Peut-être… de quand datait-elle ? Mystère. Il ne la sentait pas en tout cas. Tout son monde, toutes ses perceptions, s’aggloméraient à la surface de cet épiderme artificiel.

- Eh bien, qu'attendez-vous ?

Inquiète ? Étonnée, peut-être ? Il n'était plus sûr de saisir les subtilités de jeu que pouvait donner ses partenaires. Finalement, il se laissa dévorer [consumer] par ses yeux… et sa pensée s'éfeuilla en une réponse qui était resté en suspend tout ce temps.

- Je ne suis plus sûr de souffrir… pas “réellement” ? Est-ce important ? Qui ne souffre pas ? Ici, en cette Isthe où les résidus croupissent ? Voyons, comment serait-ce même possible ? *petit rire crispé* N'est-ce pas vos mains qui étouffent leurs sanglots ? Ne-sont-ce vos grelots qui couvrent leurs cris ? *un souffle* Oh… je ne pleure plus, ni ne hurle plus… les témoins de Souffrance se sont tus… ainsi tout va mieux, ainsi va la fiction. Je ne souffre plus. Je me suis fondu en Elle... Ou Elle en moi. Les corps sont indistincts de leurs stigmates après tout.

Monocorde. Une tirade éculée ? Surannée dans un coin de sa psyché ? Une nouveauté spontanée, dissociée de ses émotions ?
Il ne s’arrêtait pas sur ces interrogations [égarements]. Ce contact… cette reconnaissance qu'il avait sentit : une part de lui résonnait avec elle. Il se concentra sur ces furetement , ces micro-coupures dans ses circuits. Pourquoi ça s'agitait ?

- Vous n'étiez pas une habituée du théâtre des vignes ? Toujours au siège E37… Non ? Mais si, avec votre grand chapeau ! Non, vraiment pas ? Hum, ça va me revenir.

Sur cette tentative qu'il savait d'avance infructueuse, il tendit son bras. Qui ne s'était pas calmé. Il serait bien malheureux que l'odeur ou même des particules résiduelles souillent durablement la douillette chambre de torture. Non, il n'avait pas particulièrement d'attente, mais si ce médecin était aussi douée [vile] que le prétendait son serviteur, peut-être n'était-il pas à l'abri d'un miracle. Ce serait Cricbolg qui en serait vert… enfin… façon de parler.
Jeu 5 Jan - 12:47

   

Là où sinuent serpent et fumée

feux indolores

Feat Jivar & Danaë


   

Le patient libérait son corps qui n’en était presque plus un du tissu qui le dissimulait et Danaë répondait à tout ce qu’il disait, même ses élucubrations sans queue ni tête – parce qu’elles ne la désarçonnaient pas d’une part, pour détendre l’atmosphère d’autre part.
« La Dame n’est jamais allée au théâtre. Cet art ne lui était pas accessible – mais elle aurait aimé. Peut-être aura-t-elle le temps de voir un spectacle un jour. » Traduisit l’automate.
Les yeux multicolores du docteur observaient le visage tuméfié du patient métallique avec gravité alors qu’il offrait une réponse entrecoupée d’éclairs lunaires qui emmenaient certainement son esprit loin d’elle. C’était grave – plus grave qu’elle n’aurait pu l’imaginer. Le corps de l’homme – Jivar- était un naufrage métallique cabossé, comme tuméfié de toutes parts. Son bras était l’urgence, mais qui pouvait savoir ce qui était broyé à l’intérieur de cette carcasse difforme ? Elle fronça les sourcils en observant chaque accroc, chaque bosse qui se dévoilait alors que la chemise tombait au sol. Elle ne pourrait en toute bonne conscience le laisser partir comme ça… Peut-être réclamerait-elle une autre consultation auprès de son acolyte, elle n’était pas sûre que Jivar lui-même comprendrait ou accepterait de la revoir après ce qu’elle s’apprêtait à lui faire, puisqu’il était sur le point de passer un moment fort désagréable. Comment savoir de quelle façon il allait interpréter ses soins ? Quoi qu’il en soit, l’idée de ne pas savoir dans quel état il était vraiment la rendait déjà malade.

La douleur… Est la langue de notre corps. Signe-t-elle, avec hésitation. Sans elle, il nous est impossible de savoir ce qui nous affecte – si nous sommes affectés par quoi que ce soit. Le fait que vous ne souffriez pas… Rend votre corps muet pour moi, en tant que médecin.

L’oiseau traduisit les mots avec quasi-exactitude cette fois-ci – il était difficile d’enjoliver le sujet davantage.
Le silence de nos corps est notre point commun. Ajouta-t-elle avec un rire silencieux et amer, avant de se pencher à nouveau sur son patient. Je saurais faire sans votre douleur comme vous devrez faire sans mes mots. Encore une fois, l’oiseau traduisit mot pour mot.

Assez parlé. Elle porta un doigt à sa bouche, signifiant la fin de la tangente. Je vais regarder ça. Il va falloir démonter le pyroliseur, je ne vois pas d’autre solution.

L’oiseau piaillait et piaillait à mesure qu’elle signait, il parlait encore alors qu’elle s’emparait d’un tournevis. Armée de gants ignifugés et de ses outils, elle ôta d’abord les plaques de métal dépareillées, d’articulations grinçantes jusqu’au bout de ses doigts. En dessous, ça sentait la viande brûlée. Bientôt, l’organe fumant fut exposé et libéra une odeur âcre encore plus forte, faisant toussoter le docteur qui enfila rapidement une paire de lunettes de protection pour faire face à la fumée noire.

Le pyroliseur était composé de plusieurs boitiers vissés à même la musculature brûlée de l’homme, reliés entre eux par des fils qui s’étaient dénudés avec le temps et donc elle sentit la chaleur dès qu’elle se pencha. elle tourna les vis dans la chair, une a une, avec un bruit poisseux et moite qui aurait retourné le ventre à plus d’un. Elle levait les yeux vers son patient de temps en temps, le regard interrogateur : il n’avait pas l’air de souffrir, mais que pensait-il de l’opération ? Comment s’était-il retrouvé avec cette prothèse ?

« Faites vous souvent usage de votre pyroliseur ? L’avez-vous depuis longtemps ? Il est extrêmement détérioré. » demanda l’oiseau de métal, maligne créature qui s’efforçait de rassembler autant d’informations que possibles dans sa base de données – qu’il coucherait ensuite dans le dossier médical de Jivar.

   

notes
Ven 6 Jan - 20:03
Une étincelle lézarda au long d'un fil bleu profond. Malgré la dissection nulle goutte de sang ne perlait. Un peu de liquide de refroidissement s'échappant d'une soupape venait comme combler ce manque. Il sentait son bras écartelé, le métal se scinder afin de permettre l'observation et l'opération, la chair, les muscles – ou ce qu'il en restait – s'exposer à la vue du monde. Il le sentait… mais cela n'était pas plus réel que la Douleur ordinaire. Même, dans un sens, il y avait le soulagement d'une pression. Mais ces signaux d'intrusions qui secouaient son corps finirent pas ennuyer son hôte. Qui venait se calfeutrer en la seule part non-altéré qu'elle avait pu préserver.
Et d'un coup
Tout
Coupa
Monde Lucide
Monde Apathique
La violence qu'il aurait pu déclencher par simple volonté de réciprocité se dilua loin sous ses tourments. Le rouge se fit morne. Les dernières sensations d'une réalité monomaniaque s’éteignirent. Des lambeaux de pensées s'agglomérèrent dessinant plus justement les dernières heures…
Il avait voulu brûler.
Le brasier qui ruisselait du crane de la rousse lui rappelait alors qu'elle était à l'ouvrage. Le souffle régulier, il étudiait ses explorations. Et lorsque l'oiseau le questionna, sa seul réponse fut un regard appuyé, la commissure des lèvres tordue en énigme amusé.

- Aaah… vous avez osé. Ouvrir, déboîter,  insérer, débiter. Bouchère et réparatrice… Ma foi, pourquoi pas. Cricbolg ne s'y était décidé… alors qu'il avait eu plusieurs mois pour. À moins qu'il ne craignait pour la résistance de ses outils ? Le matériel de la prothésiste était si bien entretenu que l'on pouvait le croire neuf… Quant à la vérité, l'absence d'hésitation parlait de lui même. Ni les instruments ni celle qui les maniaient ne devaient être nouveau dans le métier. Combien de temps vous a-t-il fallu ? Si votre langue n'est pas acérée… votre pensée, elle, sait compenser ; si vive, déterminée. Ne seriez-vous pas soulagée du silence de mon corps comme vous l'appelez si joliment. Ou bien qu'elle vie avez-vous bien pu mener pour pouvoir agir avec une telle diligence ?
Mais, j’espère que je ne vous dérange pas à déblatérer ainsi. ça m'aide à supporter
*bref coup d’œil vers le plafonnier, le regard voilé de sa main libre* la vue de ma chair à vif… Dire que je pensais l'expérience sordide… pourtant vous êtes là, imperturbable ou presque. On pourrait penser que vous en avez vu d'autres… pour une fois à Xandrie, un médecin n'aurait pas usurpé sa réputation ? Que faites-vous là ? Ne répondez pas la charité ! Il y a des plaisanteries qui ne font plus rire…

Le mutisme de son vis-à-vis n'encourageait que d'avantage ses élans de monologue. D'une voix étrangement joyeuse malgré les sujets peu amènes évoqués.
Bien plus calme qu'il y a encore quelques instants, le sourire avenant, le regard posé. Son cœur battait froid. Quid de sa confusion, son égarement, ses soubresauts sporadiques ? Disparus… ne laissant qu'un spectateur encore plus détaché du saccage de son sanctuaire mi-organique mi-mécanique.
Et quel désastre, en effet.
Par endroit le Myste avait muté la chair, dans une alliance presque esthétique considérant ce qu'il aurait pu causer. Un câble mis à nu n'était pas uniquement raccordé à un nerf ; il s'en révélait partie intégré.

- Ah, un morceau de muscle qui vient avec… enfin, un peu de plus ou de moins… pas comme si c'était ce qui me permettait de bouger. Tout de même fascinant de savoir à quel point les prothèses sont truffées de servomoteur – et surtout la qualité de la pâte thermique. Et voilà que vous considérez les précautions à présent ?

Il joignit une main preste au travail de précision, pressant les gestes de l'experte, tirant avec elle – la forçant, peut-être – pour extraire un morceau de plus de cette désolation. Ignorant vis, cache et sécurité, le pyroliseur s'arracha de son enclave de viande carbonisée.

- Si vous estimez qu'il n'a pas sa place en moi… qui pour prétendre que vous vous égarez ? Si vous n'en avez pas besoin, peut-être voulez-vous le conserver en souvenir ?

Les nerf-cables à vifs pendaient mollement de l'avant-bras du patient. Gémissement d'impulsion électrique. Et de ce membre mutilé, les doigts entamaient un contrôle de routine.

*légers sifflements, appeau de pie grincheuse presque parfaite*
- Alors très cher prête-voix, tu questionnais sur mon usure ? Ses raisons, son histoire ? Si d'aventure une représentation vous dit, peut-être en ferais-je une pièce… Je ne joue plus qu'à guichet fermé et sans annonce, mais je sais faire parvenir des invitations… il ne me faudra que vos noms pour cette maigre compensation en remerciement de votre… démontage.
Mer 11 Jan - 10:17

Et les clous arrachaient la viande carbonisée sous les yeux impassible du docteur à la chevelure flamboyante. Ces morceaux de muscles étaient morts depuis longtemps – infectés par la ferraille et la chaleur qui les avaient faits cuir. Il ne restait pas grand-chose de vivant sous cette maigre armure, mais assez qui vaille la peine d’être sauvé.

Elle posa diligemment chaque pièce détachée sur la table basse métallique qui se tenait à côté d’elle, une par une dissociée du corps qu’elles parasitaient. Demeurait devant elle ce bras troué – écorché couvert de stigmates, martyr, une vision presque divine par son horreur. Mais elle avait vu pire, bien pire, mais rien de semblable. Une fois son sordide ouvrage terminé, elle recula pour constater les dégâts. Dans un premier temps, elle appliqua un onguent gras et odorant sur la chair à vif, partout où elle avait été arrachée, trouée et brûlée. Il allait falloir le laisser poser un moment, alors elle commença à parler à son patient.

« La Dame a été formée sur le champ de bataille dès son plus jeune âge. L’horreur ne lui est pas étrangère et pour elle, un corps n’est jamais qu’un corps, aussi endommagé soit-il. » Traduisit l’oiseau, ses yeux mécaniques épiant le visage au sourire étrange. « Votre corps, aussi altéré soit-il, n’est jamais qu’un corps. La Dame est un médecin, réparer les corps est ce qu’elle fait de mieux. Durant sa carrière, elle aurait pu en construire dix comme vous – elle insiste cependant sur le fait qu’elle aurait fait un travail plus propre. » Danaë fronça les sourcils alors qu’elle regardait avec dédain les vestiges pleins de chair du pyroliseur. « Vous la traitez de bouchère, mais ceux qui vous ont construit n’ont eu aucun égard envers l’intégrité de votre chair. A ses yeux, c’est inadmissible. »

Elle ôta ses lunettes et se leva pour aller ouvrir la petite lucarne de la roulotte – l’odeur de brûlé se dissipait peu à peu, maintenant que le pyroliseur avait cessé de brûler Jivar vif. L’air devenait peu à peu un peu plus respirable.
« La Dame pourrait remonter votre bras tout de suite, mais elle sait que vous avez vécu avec ce pyroliseur depuis longtemps. Elle pourrait vous en construire un nouveau, si vous le souhaitez. Cela prendra cependant quelques jours. » Danaë acheva de signer sa dernière phrase, avant de s’emparer d’une pièce de l’armure du bras de Jivar afin de la nettoyer et de la polir. « Quant à votre histoire… Si vous souhaitez la lui raconter, de la façon qui vous sied, elle assistera à votre représentation avec plaisir. Vous avez piqué sa curiosité professionnelle. »

En attendant la réponse de son patient, Danaë nettoyait méticuleusement chaque pièce avec une brosse dure, avant de passer un chiffon recouvert d’un produit désinfectant dessus. Ensuite, elle les polirait, pour les libérer de la rouille qui commençait à se former et qui ralentissait sans nul doute les mouvements de l’homme quasi-mécanique.