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[Requête] Aux amis des méfaits

[Requête] Aux amis des méfaits Brandw10
Mar 18 Juin - 19:12

L'assassin et l'empoisonneuse

Lien tendu, dentelé d'épines, renouons le contact


La liqueur lui brûlait la gorge - douce substance fumée, sa robe ambrée indiquait davantage le verre d’un homme, que l’absence de glaçon venait confirmer. Pourtant, ce fut une main pâle et fine qui l'enserrait, le marquant à jamais d’une empreinte de lèvres rouges qui trahissait sa bouche à l’endroit même où elle avait bu sa première gorgée. Les jambes croisées, l’air songeur, la belladone Fà patientait comme un chat dans ce bouge qui accueillait si rarement les engeances de la noblesse.

Le café des Amis n’avait d’amicale que le nom. Une petite affaire commencée il y a plusieurs siècles entre deux amis, un petit restaurant dans une ruelle de Xandrie qui ne payait pas de mine, sagement logée derrière un marchand d’animaux exotiques qui avait, depuis, été remplacé par un prêteur sur gage. La petite affaire s’était développée sagement, tranquillement, passant de fils en fils, de fils en fille, de femme à mari, affrontant le temps et ses retords, survivants à Opale, survivant à des dynasties entières pour demeurer, endurant jusqu’à aujourd’hui, qu’une petite pivoine rousse ne vienne y fouler le pied pour ses sombres desseins.
Le restaurant ne devait pas faire plus d’une trentaine de couverts, mais on n’y venait pas pour manger. Non, on y venait surtout pour boire, faire des parties de mahjong, pour discuter contrat. C’était un lieu connu des manigances, mais pas suffisamment pour être suspect.

Ou peut-être bien que si.

Alors mademoiselle, besoin d’un peu de compagnie? Une petite partie, ça vous tente?

L’établissement ne payait pas de mine. Mais le petit monsieur tassé qui venait de l'interpeller, moins encore. Lan-Lan regarda un instant l’individu, sûrement un mafieux local ou un petit truand, le visage rond et joufflu, le sourire auquel il manquait quelques dents. Il lui tendait un jeu de dés.

Vous êtes bien aimable, mon cher. Mais j’attends quelqu’un. Elle lui présenta son plus charmant sourire, suffisamment longtemps pour que le voyou comprenne qu’il n’y avait rien à gagner à interrompre sa rêverie.

Son port altier indiquait qu’elle n’était pas de ce monde, tout comme les bijoux qui ornaient toutes les phalanges qui entouraient le verre de whiskey. Une pivoine déposée sur un lit de blé et de mauvaises herbes, comme une erreur de la nature, un bug dans la matrice. Trop poudrée pour être des bas-fonds, trop guindée pour être des voleurs.
Mais elle dégageait pourtant quelque chose de familier. Un rien de tremblant, d’incertain. La couleur du sang sur ses lèvres, celle de ces cheveux criards, un indice sur la nature profonde de la pivoine qui comme chaque membre de cette discrète assemblée cachait sur sa tige une longue rangée d’épines.

Aerf, hum… C’bien dommage, mademoiselle! Que le bon vent vous l’amène vite! Elle suivit du regard le petit homme joufflu repartir penaud, avec un rien de soulagement dans le creux des joues, comme le papillon ayant échappé à la toile de l’araignée.

Petit monsieur, tu es bien gentil, mais trop petit, trop joufflu, ton crâne est trop chauve. Tu n’es pas celui que je cherche…
Et qui attends-tu, Lan-Lan?

Une nouvelle fois, elle portait à ses lèvres le verre ambré et embué par la liqueur froide, incertaine, ignorant encore si ce rendez-vous serait honoré… Ou non. Après tout, il était fort probable qu’il ne vienne pas. Qui voudrait se revoir après pareilles circonstances? La désastreuse enquête chez les Xi, la course intestine du viscuphage… Aucune de ces aventures n’avait le goût du reviens-y. Et pourtant… Pourtant, elle se languissait presque de revoir ces visages, l’hémoglobine, l’adrénaline. Et aujourd’hui, cette adrénaline s’appelait - en surface - Gerald d’Omanie. Une étiquette posée sur une arme déguisée en enfant de la cour. Quel gâchis de devoir ainsi poser un masque sur un tel prodige des épées.

Et elle devait bien se l’admettre, elle désespérait presque de n’en savoir si peu… Juste assez pour savoir où le trouver. Elle avait missionnée une servante des Fà pour déposer sur son chemin une lettre fermée sur laquelle était posée une branche fleurie de fuschia. Dans la lettre, une invitation pour le café des amis. Dans la fleur, le parfum des affaires. Des manigances.

Finalement, n’était-ce pas là la croisée de leur chemin? Là où le destin réunirait, enfin, le loup et le serpent?
Tout du moins, si le loup voulait bien venir.
Une goutte d’eau tombe dans le verre ambré.

Ah.

Il commençait à pleuvoir.
Dim 7 Juil - 22:33

Subtile missive qui m’est parvenue ce jour. Rares sont les personnes qui peuvent ainsi me joindre, ce qui limite, avant même l’ouverture de cette lettre, le nombre de candidats possibles à cette réalisation. J’apprécie jouer aux détectives, comme ceux que l’on peut lire dans certains récits d’aventures. Une fois le nombre de personnes potentielles en tête, j’utilise mon nom pour flairer une odeur, un parfum, présent sur le bout de papier. Cela me permet d’éliminer un grand nombre d’individus. En fait, l’odeur m’évoque rapidement une personne, ce qui ne me laisse plus qu’un seul choix possible : Lan-Lan. En réalité, la branche fleurie de fuschia donne suffisamment d’informations sur l’auteure de cette lettre. En effet, je lui ai ouvert cette voie de communication pour me joindre, passant par un réseau de « sans domiciles » à qui je rends régulièrement des services.

Officieusement « homme-lige » de sa Majesté, encore plus officieusement membre de la Guilde des Assassins, je ne suis qu’officiellement un simple servant de la cour ou un jeune homme de la bourgeoisie xandrienne, du nom de Geralt d’Omanie. Deux couvertures travaillées et peaufinée à travers les années, qui me permettent à la fois d’être au plus proche du roi, mais aussi de voyager en son nom avec des moyens presque non-quantifiables. Cette missive arriva donc dans les écuries, réceptionnée par le palefrenier, un des rares amis dont je dispose dans ce maudit palais. Mademoiselle Fà, une noble personne qui œuvre pour les intérêts de notre pauvre nation, soumise à des accords politiques déshonorantes. Avec quelques braves personnes, dont ce charmant bout de femme, nous tentons de prendre notre indépendance et honorer l’image de Xandrie. Chose qui est loin d’être aisée avec un roi aussi couard et aussi peu intéressé par les enjeux de sa nation. S’il n’était pas mon grand-père, je l’aurais certainement déjà assassiné. Mais je dois me contenir et ne pas faillir. Ce jour arrivera et cette opportunité me sera donnée.

Une adresse, un lieu, c’est tout ce qu’offre cette lettre. Inutile d’en savoir davantage, elle me fournira la suite en ma présence. Le Café des Amis, hein. Ma profession m’a bien souvent entraîné dans cette taverne pour y récolter diverses informations. Aujourd’hui, c’est à Geralt d’Omanie, assez réputé dans tout Xandrie, de s’y rendre pour retrouver sa vieille amie. Cette relation n’est en réalité pas si vieille, mais les aventures passées l’ont bien vieilli. Si elle a pris la peine de me contacter, c’est qu’elle a de bonnes raisons et ma curiosité d’investigateur me pousse à en apprendre davantage. Je commande donc à cocher qui arrivera dans les prochaines minutes, juste le temps de m’apprêter correctement. Etant donné que le rendez-vous a lieu dans les vieux quartiers sales et puants, je sors mes bottes que j’utilise habituellement pour les aventures en milieu hostile. Quant au reste, je m’habille simplement d’un élégant pantalon noir et d’une chemise blanche, élégante et décontractée, légèrement déboutonnée pour laisser mon torse saillant en sortir. J’enfile ma perruque, une longue chevelure blonde, que j’attache en queue de cheval avec un joli nœud de papillon. Un brin de parfum et je descends par un de mes accès secrets, afin de quitter le palais en toute discrétion.

Une vingtaine de minutes plus tard, je me trouve face à l’établissement indiqué, qui n’a absolument pas changé depuis ma dernière visite. La ruelle non plus d’ailleurs. Toujours aussi dégoutante. A chaque pas, je peux apprécier un « pouic » très mélodieux. Et par-dessus tout, la pluie se met à tomber. Je rentre sans trop d’hésitation, légèrement humide. A l’intérieur, la plupart des regards se tournèrent vers moi. Beaucoup savent qui je suis et ma présence n’annonce souvent rien de bon. Qu’ils se rassurent de suite, je ne viens pas pour leurs histoires de bandit. Je ne traite pas d’affaires aussi futiles. Rapidement, dans ce décor des plus maussades, j’aperçois un beau visage parmi tous les autres. Une belle femme somptueusement vêtue, comme à son habitude, attend patiemment l’arrivée de son invité. Faire attendre une femme, quelle honte ! D’une démarche calme mais assurée, je la rejoins et m’installe sans cérémonie en face d’elle.

« Quel plaisir de vous revoir, Lan-Lan. Je suis assez étonné de nous retrouver tous les deux en ce lieu, mais j’imagine sans mal que ce dont vous à me parler ne peut se dire dans les établissements que nous côtoyons habituellement. », dis-je d’un ton neutre en appelant le tavernier d’un geste de la main. Nous attendons qu’il me ramène le verre de whisky quelques minutes plus tard pour reprendre la discussion. « Pardonnez-moi mes manières abruptes, je préfère traiter de l’essentiel avant de profiter ensuite, comme vous le savez. ». Si elle n’est pas du genre à se vexer et qu’elle connaît Geralt mieux que beaucoup d’autres, je préfère me montrer prévenant malgré tout. Entretenir de bonnes relations avec cette amie est une priorité absolue. Elle peut ouvrir des portes que je ne peux pas encore toucher du doigt.