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Sam 15 Juin - 22:26



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Lagertha — Sylas Edralden


La nuit agitée par les effluves précédait une aube nouvelle, pareille à une aurore chatoyante qui chassait l’épais linceul de ténèbres couvrant les quartiers les plus démunis de Xandrie. Un rayon de lumière, tamisé par un tissu délabré qui recouvrait la lucarne, arracha l’archevêque à ses terreurs nocturnes, le faisant sursauter alors qu’il se réveilla avec un relatif mal de crâne. Émergeant, il reconnut la lucarne dans laquelle il s’était niché ce soir-là, après son entretien avec ce drôle de mercenaire borgne au milieu de ces rues peu fréquentables. Il se redressa, se massant les tempes au fur et à mesure que sa vue se précisait, détaillant du bout de ses doigts sa barbe irrégulière, drue, dont les poils grisonnants, rebelles, se dressaient envers et contre tout pour parsemer quelque disgrâce sauvage, masculine à l’envi.

S’il ne ménagea pas son apparence — l’homme de foi qu’il était devait se faire discret, surtout au milieu d’âmes égarées aux idéaux profanes — il trouva son salut dans un seau d’eau qui, à ses côtés, lui avait permis de faire un brin de toilettes et de ne pas repousser ses futurs interlocuteurs par on ne sût quelle déplaisante trace de suie ou repoussante odeur. Non. Sylas, aujourd’hui, avait l’air d’un citoyen comme un autre, à qui on ne chercherait noise, ni pour demander l’aumône, ni pour contrôler son identité. Alors, paré pour cette nouvelle journée, il émergea de la pathétique bâtisse dans laquelle il s’était terré, soldant ses dettes du soir et laissant derrière lui le souvenir de ses songes tempétueuses.

Les mains ballantes, le pas régulier, sans fatiguer, il avait marché un instant durant ; les silhouettes humanoïdes succédaient, peu à peu, à des profils gabarits plus grands, plus affirmés, plus rustres. Il attirait les mêmes regards qu’il dardait sur ces êtres qui faisaient naître en lui, envers et contre tout, des sentiments bien sombres ; ces créatures réputées émerger de terre, comme si surgies d’un ineffable abîme que l’Ahad même eût conspué, enceints de Malice, elles cernaient l’archevêque, elles passaient près de Sylas. L’homme, l’espace d’un instant, sentit ce brasero d’effroi faire poindre une sourde douleur en lui, mais une voix caverneuse vint rompre ce supplice en même tant que ce silence pesant.

« L’être humain est perdu. Est-il à la recherche de quelque chose ou de quelqu’un…? »

L’Aramilan se stoppa net. Il tourna la tête, redressant le menton pour soutenir le regard perçant de son hôte rocheux.

Un golem, comme il n’en n’avait jamais vu d’aussi près.

« Le chef de la Guilde des Bâtisseurs, commenta Sylas, incrédule. Sauriez-vous me conduire jusqu’à lui ?
D’abord, c’est pas lui, c’est elle. Et qu’est-ce qu’un quidam de votre acabit lui voudrait, à Lagertha ?
Discuter affaire. »

Les yeux illuminés de la créature de pierre s’affinèrent, tandis qu’elle approchait sa tête de celle de Sylas, comme pour le dévisager.

« Avant de procéder à la requête de l’être humain, celui-ci a mieux fait de montrer patte blanche. »

Et, comme si l’évidence eut frappé leurs esprits, le Golem ouvrit la patte, pour recevoir en son creux une petite bourse, ainsi qu’une dague dans son fourreau.

L’expression de la créature se durcit un moment, alors qu’elle renferma sa poigne sur son butin.

« L’être humain a mieux fait de suivre sans faire état de zèle s’il veut s’entretenir avec Lagertha… »

Alors, le golem tourna les talons, précédé de Sylas qui, imperturbable, emboîtait le pas à l’engeance inquisitrice.

Démuni, il espérait bien annoncer sa venue en paix et faire d’une pierre deux coups quant à sa présence en Xandrie…
Dim 16 Juin - 20:09

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Ft. Sylas


Le quartier des golems était bien calme, ce matin-là. Lagertha observait les vas et vients de ses semblables, depuis la fenêtre de son bureau, où l’attendaient le traitement de dossiers divers. Il n’y avait rien d’idyllique à être meneur d’une guilde. Là où la majorité des personnes – organiques ou pas – voyaient la célébrité, la reconnaissance et la place douillette pour de longues années, ils ne voyaient pas le poids de la responsabilité et du travail qui attendaient tous ceux titulaires de ce type de poste. Lagertha ne prenait pas cela comme une lourde charge, car cela la passionnait. Mais elle ressentait bel et bien le poids du travail, quand elle sentait les heures défilées et la fatigue lui peser au fil des journées.

Mais Lagertha était bien lasse de voir le même bout de rue depuis son grand bâtiment – encore une étrange convention imposée par les organiques, de se cloîtrer et de tout stocker en un seul lieu. Elle repoussa la chaise adaptée à sa grande taille, enfila une longue cape par-dessus son corps rocailleux, puis sortit de son bureau. Il était temps de s’octroyer un instant de repos et de prendre l’air. Les dossiers pourront encore attendre un peu.

Elle déambula le long des rues, saluant les golems qui lui faisaient signe au passage. Même si son corps n’était qu’un amas de roche, sa conscience lui permettait d'apprécier la vue de l’extérieur, de sentir l’air près d’elle, et de savourer l’instant présent. Sa marche la mena à l’un des lieux qu’elle chérissait le plus dans son quartier : Le Gosier Rocailleux. Cette taverne, tenue par des golems, se spécialisait dans les mets de leur espèce. Habituée à l’enseigne, il était facile de trouver Lagertha à cet endroit quand on la cherchait. Les taverniers la saluèrent poliment, et elle prit sa commande habituelle. Quelques minutes plus tard, un plat rempli de quelques morceaux de sa roche favorite, accompagné d’un verre d’argile mélangé à de l’eau. Elle but d’abord son verre avant que la roche ne se durcit de nouveau, puis entama quelques cailloux, qu’elle savoura lentement.

— Lagertha.

Lagertha reporta son attention vers Skadi. La golem arborait un visage fermé, ce qui fit oublier à Lagertha que son assiette entamée l’attendait toujours.

— Que se passe-t-il, Skadi ?
— Un être humain veut s’entretenir avec toi. L’être humain a été mis en attente.

Se penchant légèrement sur sa chaise, Lagertha aperçut en effet un petit organique qui semblait attendre.

— L’être humain est désarmé, Lagertha. Tu ne risques rien.
— Bien. Conduis le à moi.

Le temps que Skadi aille chercher l’organique, Lagertha mangea un autre morceau de pierre. A l’arrivée du petit homme – plus petit qu’un golem, mais d’une taille qui semblait être moyenne pour le genre humain – Lagertha lui sourit :

— Bonjour. Skadi m’a expliqué que vous cherchiez à vous entretenir avec moi. Prenez place, dit-elle en désignant une chaise en face de la sienne. Je vous aurais bien invité à partager quelques mets ou un breuvage, mais cette taverne ne propose pas de quoi satisfaire les besoins des organiques.

Lagertha croisa les mains sur la table.

— Si vous me cherchiez, je suppose que vous savez déjà que je suis Lagertha, chef de la guilde des Bâtisseurs. Et vous êtes Monsieur… ?

Tout le buste de Lagertha était tourné vers l’homme, offrant une attention patiente à son interlocuteur.

Dim 16 Juin - 21:11



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Lagertha — Sylas Edralden


L’archevêque fut escorté devant une taverne à la devanture exotique. Son hôte, qui lui avait fait attendre un bref instant, lui avait ensuite fait signe, non sans fermeté, qu’il était autorisé à pénétrer dans l’enceinte de l’établissement. Sans que Sylas ne se l’expliquât, il n’eut pas de mal à discerner Lagertha parmi les autres Golems — d’abord parce qu’elle était seule à sa tablée, ensuite parce que, d’une certaine façon, elle dégageait une présence supérieure à ses pairs. Il progressa prudemment jusqu’à la table, dévisageant sa nouvelle hôte.

« Bonjour. Skadi m’a expliqué que vous cherchiez à vous entretenir avec moi. Prenez place.
—  Bonjour… » répondit Sylas, alors qu’il s’installa prestement face à celle qui semblait être la cheffe de la guilde des bâtisseurs.

Il prit un instant pour observer ce qui devait servir de pitance à l’être rocailleux. Une auge remplie à ras-bord de cailloux, on aurait dit une gamelle pour animal, avec des croquettes tout aussi banales les unes que les autres. Fort heureusement, le mal de crâne de Sylas et le sérieux de la situation lui empêchèrent tout sourire déplacé. Elle semblait finir de mâcher une caillasse, mais celle-ci se décomposa en partie en dehors, comme si elle eut postillonné, ou quelque chose du genre.

Dans un souci de diplomatie, Sylas se pencha à terre pour ramasser les miettes et les reposer près du plat du golem ; elle saurait quoi en faire.

« Pas d’inquiétude pour l’absence de variétés organiques… J’imagine que vos camarades ont un peu d’eau, cependant ? C’est tout ce dont je puis avoir besoin… »

Il se massa les tempes, s’accordant un sursis alors qu’il observait son interlocutrice croiser les mains. Ensuite, il jeta un regard aux alentours, comme pour s'assurer que les autres golems étaient trop occupés à broyer du roc pour les écouter. C’était le cas et, possiblement, cette activité nourricière devait être suffisamment bruyante pour qu’il n’attirât pas l’attention sur lui.

« Mes respects, Lagertha. Je suis Sylas Edralden, archevêque d’Aramila. »

Il rehaussa le menton et planta son regard dans celui du golem, comme pour jauger le sérieux de ses paroles comme de celui de la situation.

« Avant toute chose, sachez que ma visite céans n’est pas officielle. Ma volonté de vous rencontrer n’a rien d’un affront ; en vérité, je pensais quérir votre aide, dans la mesure où vous y verriez un intérêt, bien sûr… »

Il fronça les sourcils et pencha pour la mettre davantage dans la confidence.

« Vous n’êtes pas sans savoir que notre nation souffre d’un retard certain sur ses voisines, aussi, si la situation politique et économique le permet, je serai bientôt à la recherche d’éléments de choix pour nous aider à retrouver notre souveraineté agricole. Depuis la prise du Renon par les Épistotes, l’inertie dans laquelle nous sommes piégés ainsi que l’immigration continue en nos terres — où les pèlerins viennent en quête de salut — m’ont aidé à établir le constat suivant : nous avons besoin d’aide extérieure, d’ingénieurs, de bâtisseurs, de cartographes. »

Il s’interrompit momentanément, observant un voisin qui régurgitait des miettes de granite. Il esquissa une moue gênée et reporta son attention sur Lagertha.

« J’ignore totalement si vous ou vos comparses sont tout indiquées pour ce que nous cherchons, mais j’aime à croire que le nom “Guilde des Bâtisseurs” porte bien son nom et que j’ai frappé à la bonne porte. Pour le reste, je ferai personnellement face à deux problèmes : l’assentiment de mon peuple quant à ce projet et, au-delà de tout ça… Quérir l’aide de golems ne semble pas être dans les mœurs de certains. Cela dit, au vu de l’affable accueil que vous me réservez, je ne doute pas que les Douze approuveraient cette démarche qui est mienne… »

Il finit par se détendre et s’adosser à sa chaise, sentant la surface rugueuse du bitume à travers ses habits.

« J’ignore s’il est trop tôt pour en parler, mais avez-vous des conditions, ou même des questions sur mes motivations ? Je m’engage à une totale transparence, malgré le caractère officieux de notre rencontre. »
Sam 6 Juil - 22:58

Non-linéarité

Ft. Sylas


Cet être humain était bien étrange. Tandis qu’elle s’adressait à lui, Lagertha observait ses faits et gestes, curieuse. Il semblait être un humain somme toute d’une classe sociale moyenne à basse, si elle ne s’appuyait que sur sa tenue vestimentaire. Il avait cependant des manières imprégnées d’une certaine retenue propre à celles des classes aisées. Cela nourrissait sa curiosité, si bien qu’elle cessa de s’intéresser à son repas. Si elle avait eu des sourcils comme c’était le cas de la majorité des organiques, sûrement aurait-elle haussé les sourcils en voyant l’homme se pencher pour ramasser les miettes qu’elle avait laissé tomber à terre en mangeant. La naïveté l’aurait poussé à se dire qu’il était maniaque, mais cela faisait bien longtemps qu’elle avait passé cette phase de sa vie de golem. Bien que ce geste restait maladroit, il semblait que l’homme n’avait pas une attitude hostile ou railleuse à son égard.

A la demande de son invité, Lagertha fit signe aux tenanciers :

— Apportez donc de l’eau à mon invité.

Quelques instants plus tard, une eau claire et limpide était servie dans une tasse en céramique, que l’on posa face à l’homme assoiffé.
Son étonnement fut plus grand encore quand il se présenta comme archevêque aramilan. Elle en avait croisé, des hommes de son poste, au fil des trois cents années de son existence. Mais elle n’en avait pas vu dans un accoutrement si simple, ou si cela avait été le cas, nulle doute qu’elle avait dû l'oublier. Elle demeura silencieuse et lui prêta l’oreille – du moins dans le sens figuré seulement – pour écouter ses dires. L’homme était bien trop sérieux pour que son rang ne soit qu’un mensonge, ou alors était-il un très bon menteur. Mais cela ne prendrait pas beaucoup de temps, plus tard, de vérifier que l’homme avec qui elle s’adressait était bien ce Sylas Edralden. Le réseau de la Guilde des Bâtisseurs s’étendait dans tout Uhr, cela serait une formalité, bien que le retour de sa requête risquerait de prendre un peu de temps. Mais pour l’heure, Lagertha souhaitait l’écouter et le prendre au sérieux comme s’il était véritablement honnête.

Son intuition lui parut être la bonne. Sa façon de parler discrètement montrait qu’il était dans le secret. Faire part de ses intentions à une nation rivale pourrait bien lui porter préjudice. Pourtant, un certain doute persistait dans son esprit. Même si elle avait toujours été golem à ne pas se soucier des apparences des autres, il serait bien trop simple et peu judicieux de se fier à ses instincts sans aucune vérification. Aussi, lorsqu’il eut fini de présenter ses projets, Lagertha commença tranquillement :

— Et bien, Sylas Eldralden, avant toute chose, qu’est-ce qui pourrait me prouver que vous êtes bel et bien l’archevêque en personne ?

Dans tous les cas, archevêque ou pas, elle n’avait rien à perdre à discuter avec cet homme, si ce n’était de divulguer des informations sensibles sur sa propre guilde. Mais cela serait bien imprudent, et surtout idiot, de la part de la cheffe de la guilde elle-même.

— Concernant notre Guilde, poursuivit-elle, elle a été amenée au fil des siècles à bâtir pour toutes les nations, Aramila incluse. Cela ne sera pas un problème de renouer un partenariat avec votre pays, si l’occasion se présentait une nouvelle fois. Dans ce cas-là, je laisserais le soin de convaincre votre peuple du bien fondé de vos projets entre vos mains. La Guilde des Bâtisseurs a toujours été neutre, en cela, nous n’intervenons pas dans les problèmes, ni dans les sphères politiques d’Uhr.

Même si ce Sylas Edralden avait brièvement présenté son projet, cette présentation restait superficielle. Lagertha entendait bien qu’il ne pourrait pas présenter un projet abouti lors d’un simple entretien officieux, mais la curiosité la poussait tout de même à poser quelques questions :

— Et qu’en est-il de ce projet ? Je dois avouer que vous éveillez ma curiosité. Pensez-vous exploiter la jungle pour y intégrer une zone agricole, ou avez-vous une autre idée en tête ?

Jouant le jeu de la confidence, Lagertha se pencha vers l’homme pour mieux l’écouter.

Dim 7 Juil - 19:15



Non-linéarité

Lagertha — Sylas Edralden


Sur le visage de l’archevêque, on put soudainement identifier une expresison de délivrance, de soulagement alors qu’on déposa, devant lui, ce récipient salvateur ; cette tasse qui, pour un être humain, ressemblait davantage à un pichet – les golems ayant leur sens des proportions bien à eux. Il lutta pour observer le raffinement qui était sien et ne se fit pas prier pour se désaltérer.

L’eau avait un goût de roche humide ; saisissant, mais non déplaisant.

Alors qu’il se rafraichit le gosier, la première question fusa, prévisible à l’envi.

« Sylas Edralden, sans le “L” au début.  corrigea-t-il, esquissant un sourire amusé. Mon nom n’est pas simple, surtout pour les étrangers. Je n’ai rien pour prouver que je suis l’archevêque en personne. Je pourrais tout à fait utiliser quelque subterfuge de métamorphose au moyen d’un cristal, mais j’ai laissé tous mes effets personnels à votre collègue. Je dois admettre que, lorsque c’est possible, je n’aime pas voyager en tant que diplomate. C’est d’une lourdeur dont je souhaite me passer le plus possible. »

Il écouta ensuite ce que l’être de pierre avait à lui raconter, notamment sur les origines de la guilde dont Lagertha se voulait être, en quelques sortes, son héraut.

« Voyez-vous, j’ignorais que vous aviez déjà participé à des chantiers en Aramila. Mon ignorance risquerait de me coûter cher, un jour… Toujours est-il que vous m’annoncez une excellente nouvelle, et que vous semblez comprendre que le seul obstacle qu’il m’est donné de surmonter, c’est l’aval de mon peuple. »

Il sentit le golem se pencher vers lui ; par mimétisme, il approcha également sa tête, comme pour la mettre dans la confidence.

« J’ai, dernièrement, reçu le concours d’une archéologue pour évoquer les possibles piste d’évolution de nos infrastructures en Aramila. Il s’avère que depuis la perte du Renon et l’accroissement démographique que nous connaissons, si notre pays n’évolue pas, nous risquons de scléroser. Si nous tirons partie du désert tant il est difficile, pour nos adversaires, de mobiliser une armée adverse pour envahir notre pays tout entier, si rien n’est fait, le peuple risque d’avoir soif, alors qu’il a déjà faim. Je ne suis ni bâtisseur, ni architecte, mais lorsque je vois l’Adriane couler, je suis convaincu qu’il y a des choses à faire… Que le mouvement n’est pas synonyme de perdition… »

Il se redressa momentanément pour reprendre une gorgée d’eau fraîche. Il sentait déjà son mal de tête se dissiper, alors qu’il reprenait sa posture précédente.

« Notre priorité est de retrouver notre souveraineté alimentaire car, malheureusement, contrairement à vous, nous ne pouvons nous nourrir de pareilles… Matières. Je me demande, par ailleurs, ce que représenterait le sable pour vous, Lagertha. Rien qu’un grain de sable… »

Il se redressa pour mieux lui faire face, la jaugeant avec une certaine fierté.

« Notre peuple bénéficie d’une certaine sagesse qui aide à appréhender la non-linéarité. Un million de grains de sable qui s'écoulent sur notre tête, ce n’est pas pareil qu’un pavé de ce même million de grains qui s’écrase sur nous. Mais parfois, cette sagesse des anciens sous-tend à une inertie qui m’irrite. Pourquoi ne devrions-nous pas exploiter ce sable pour construire l’Aramila de demain ? Pour ce qui est d’exploiter la jungle, je dois savamment m’entourer. Je n’aime guère l’idée de détruire la faune et la flore sans que cela ne justifie la nécessité absolue d’offrir des conditions de vie décentes à tous mes citoyens. À ce propos, avez-vous dans votre cercle proche des ingénieurs ou des scientifiques que je saurais consulter ? »