Light
Dark
Bas/Haut

[Requête] C’est dans les profondeurs que se murmurent les secrets

[Requête] C’est dans les profondeurs que se murmurent les secrets Brandw10
Sam 18 Mai - 13:02

Voyage au centre de la terre

Les mots de pierre


Atchoum!

Une main de porcelaine devant des lèvres rougies. Un air faussement effarouché. La symphonie des pierres dans ses cheveux que le choc avait secoué. Une vague de sons qui s’écoula brusquement dans les galeries, une violente secousse que les boyaux de pierre amplifiaient jusqu’à l’excès. Pour les travailleurs au fond des tunnels, ce petit éternuement coquet devait ressembler au cri de guerre d’un monstre affamé. ... Toutes mes excuses… Murmura l’ingénue. Lan-Lan n’aimait pas particulièrement les mines. Chaque respiration était un supplice.

L’air était lourd de la poussière que soulevaient inlassablement les bottes des mineurs sur leur passage. Autour d’elles, nul salon de velours, nulles chaises molletonnées, nul tour d’or et d’argent. Les pierres précieuses et les dorures étaient encore à trouver, secrètement encastrées dans la roche que venaient casser à grand renfort d’huile de coude des pioches usées.

 A vos souhaits Mam’zelle. S'esclaffa leur guide du jour. Le grand golemme de jaspe grise n’avait beau avoir qu’une fente rigide pour guide de bouche, elle pouvait la voir s’étirer dans un sourire ironique. Il était certain qu’elles devaient jurer avec le décor. Piquée, la petite dame ravala sa fierté et son sourcil plissé trahissait son rien de honte. C’est que ça doit vous changer de votre siège.

Effectivement, la tour des Monétaristes semblaient être un lointain souvenir. Et pour cause - contrairement à leurs habitudes, les pierres précieuses monétaires avaient été volées à leur gisement scintillant pour revenir là où tout avait commencé, dans un théâtre de boue, de pierres, et d’argile. Ils étaient dans une mine. Une mine sombre, secrète, dans les boyaux de la terre, suivant le dos immense de leur guide de pierre qui les conduisait toujours plus profondément.
Et pour cause… Il était des discussions qui devaient se tenir loin des oreilles indiscrètes. Loin du bruit des rues qui féconde les rumeurs, petites tumeurs supposées qui grossissent et grossissent jusqu’à remonter aux mauvaises écoutilles. Il ne faudrait pas que les Opalins découvrent leurs quelques surprises?  

Lunettes au nez, la spinelle avançait sagement derrière l’élégante panthère aux yeux écarlates - sur leur passage se retournaient quelques regards hagards, parfois surpris, souvent amusés. Elles étaient connues, les monétaristes, les mains dorées fermement glissées dans celles, usées au travail, des mineurs. Une alliance ouverte mais juteuse qui avait permis aux mineurs de gagner un rien de force sur l’échiquier politique bancal qu’était Xandrie. Et ils avaient aujourd’hui de l’huile sur le feu.

La lumière était presque absente, hormis les lampes frontales que portaient les mineurs et les monétaristes qui le souhaitaient. Notre poupée Xandrienne était toute équipée, ses lunettes arborant un Nascent tout à propos pour ce genre de situation. Sous l’air surpris des témoins de passage, elle répondait par un sourire charmeur. Effectivement, leur troupe avait tout des lapins dans le terrier des renards, mais pourquoi lutter? Ils étaient tous unis dans le même combat. Un combat mené de proue par l’héritière de Monsieur Huang, une créature d’obsidienne et de feu redoutée et adorée par ceux qui croisaient son chemin. Et sous sa main, petite ambassadrice, Lan-Lan suivait tranquillement, dévouée à la cause, s’enivrant des manigances et de la victoire.
L’air était encore rance de la suie de la défaite, de cet affaire laissée pour morte trois ans et qui avait écorché sa sœur d’une oreille. Un morceau de Fà de trop.

Aussi suivrait-elle Chāyā aveuglément, que ce soit jusqu’aux Dunes ou dans les boyaux humides d’une mine.

Oh, vous savez Hüm, la tour Monétariste n’est pas notre seul lieu de travail.  S’amusa-t-elle en retour, cherchant le golemme des yeux. Nous en avons déjà vu de toutes les couleurs.  Ce fut les deux rubis vibrants qu’elle cherchait en murmurant cette phrase, ses pieds encore brûlant du sable du désert.

Le golemme ria de plus bel, désamorçant le rien de tension qui tapissait le fond de l’air, le rendant plus épais encore. Pour l’instant, ils parlaient légèrement, doucement, avec tranquillité. Mais leur but aujourd’hui était tout autre. Plus loin les attendait les membres de la couronne. Et ensemble, ils devraient redéfinir leur accord…

Leur accord… Lan-Lan souriait doucement dans l’obscurité. Pendant un instant, la poussière eut l'odeur de la gloire.

Mer 5 Juin - 16:49



Géodes et poussières d'avenir

Cailloux et toux.


Des mètres de terre. Au-dessus de leurs têtes. Enterrées vivantes, elle ne errent pourtant pas sans but, ces âmes comme des fourmis. Laborieuses et affairées, elles portent sur leurs épaules, la couleur de cette vie, grise et suffocante, loin du soleil. Les a-t-on oubliées là ? Le monde, là, au-dehors, les a-t-il condamnées à l'obscurité pour quelques pêchés, méfaits, accomplis sous le ciel qu'on leur dérobe ? Regards vifs, piqués de curiosité, illuminent les visages poussiéreux. Prisonniers, non. Dos courbés, oui, certes. Mais pas l'échine, non, pas l'échine. Ils ont de la fierté, chevillée au corps, une force qu'ils sentent, se tendre et se délier, sous leur peau, dans leurs muscles. Ils soulèvent ces lourdes pioches et ils savent, maintenant, qu'ils peuvent soulever bien davantage qu'un simple outil.

Oubliées, elles l'ont peut-être été, ces âmes pourtant résilientes. Délaissées, maltraitées, elles se sont renforcées par elles-mêmes. Dans les profondeurs de la terre où on exige qu'elles s'échinent, pour quelques astras et une vie décente pour leurs familles, restées sous le soleil de Xandrie, elles se sont organisées. À la barbe de ceux qui tirent de leur labeur le plus de profits, les fourmis ont solidifié leurs liens, créer une guilde. N'avaient-ils rien soupçonnés alors, de la dangerosité d'une telle organisation, ceux-là même qui les regardaient de haut ? Opales aveuglées par les lumières mystifiantes de leur belle cité, loin, si loin, de la poussière et de l'obscurité.

Plus si loin.
Non, plus si loin aujourd'hui.

Seraient-elles toujours aussi belles,
Ces lumières chatoyantes,
Noyées dans la brume ?

Elle était terne ici, la lumière qui guidait le chemin des xandriens. Elle vacillait à chaque pas que faisait son porteur. Elle menaçait de se perdre dans l'obscurité, l'incertitude, incapable de tout à fait discerner ce qui se trouvait, au bout du tunnel. Sans doute en allait-il de même, ici comme au-dehors.

Prudentes étaient les monétaristes. Elles faisaient un pas après l'autre. Là où elles voyaient encore leurs pieds. Elles trichent un peu, pourtant. Puisque la lumière, elles la tiennent entre leurs mains. Ou diadème au front. Voient-elles bien plus loin que tous les autres ? Ou bien pensent-elles, audacieuses, que l'obscurité ne révèlera que ce qu'elles veulent bien y dessiner ? Qu'importe le nombre de cartes cachées dans leurs gracieuses manches, elles ne sauraient prédire l'avenir. Pourtant, elles avancent. Sereinement.

Un pas après l'autre.

Jamais seules. Elles savent, comme tous ceux qui les entourent, que le nombre est une force. Dans les boyaux de la terre, comme au-dehors. Ne restait qu'à s'assurer que ce nombre était une valeur commune. Cela ne devrait pas poser trop de problèmes. Les liens entre les Monétaristes et les Mineurs étaient assez anciens et solides pour que les deux partis aient l'assurance d'êtres écoutés et entendus. Cela ne promettait pas un accord mais Chaya n'était pas inquiète. Pour une fois, elles n'avanceraient pas en territoire hostile. Un sourire à l'évocation de leurs dernières aventures.

- Vous seriez sans doute surpris, Hüm, de trouver des monétaristes même dans des recoins reculés et fort peu hospitaliers. C'était certainement le moins qu'elle puisse dire. Prenez garde, si vous vous laissez charmé, mademoiselle Fà serait bien capable de vous emmener explorer des galeries oubliées à l'autre bout d'Uhr.. voir plus loin encore. Un éclat taquin dans le regard alors que la monétariste laisse, innocemment, trainer l'appel à d'autres aventures, pas moins dangereuses.

S'il y avait un monde accessible au-delà d'Uhr, nul doute que les monétaristes tâcheraient de le conquérir, à leur manière. Comme toujours, ils n'iraient sans doute pas seuls. Mais, un pas après l'autre. Celui qui les menait ici n'avait pas pour objectif immédiat de les faire partir au-delà des frontières de Xandrie. Ils avaient bien des choses à accomplir ici avant de s'égarer par delà la brume.

À l'entrée d'une pièce taillée à même la roche, un gnome à l'âge vénérable tourne un regard aveugle dans leur direction.

- C'est qu'maintenant qu'on arrive m'dames ? Vous avez p'rtant d'grandes jambes. À moins qu'mes yeux m'trompent ? Un lérot sur l'épaule, un livre dans les mains, le vieil homme les fixe sans tout à fait réussir à feindre la sévérité qu'il voudrait peindre sur ses traits. Peu décontenancée par l'homme et son humour, Chaya se pliait à son jeu comme à chacune de leur rencontre. Vous êtes de loin le plus clairvoyant d'entre nous, monsieur Caskgrip.

Le gnome se tourne davantage vers la monétariste mais son regard échoue à tout à fait se poser sur son visage, il semble pourtant la toiser avant de pousser un rire comme une cascade de pierres. Un signe de la main, pour les inviter à le suivre.

- M'sieur Caskgrip qu'm'appelle la gamine. Il secoue la tête comme si c'était là un manque évident de respect. La gamine en question sourit, effrontée. La première fois qu'elle avait accompagnée une délégation monétariste dans ces entrailles étouffantes, elle avait bien cru que cet endroit se limitait à cela, être un tombeau malodorant peuplé de fourmis aux sourcils broussailleux, l'air revêche et condamnées à creuser là sans autre moyen d'expression que le bruit incessant produit par leurs martellements. C'était il y a presque dix ans maintenant. Monsieur Caskgrip, ou Lodrith de ce prénom qu'il préférait entendre à son nom de famille, avait vieilli mais son sens de l'hospitalité était resté intact, son aversion pour les formules toutes faites aussi. Chaya avait du s'adapter et certainement pas l'inverse.

La jeune femme jetait un oeil curieux à la reliure abimée du livre que le gnome tenait désormais fermé entre ses doigts. Le lérot levait ses grandes prunelles noirs vers elle et comme si le gnome était capable de voir par ses yeux, il répondit à sa question muette. C'pas une lecture pour les mômes. Le ton sec dissonait avec le sourire franc qui frémissait sous sa lourde moustache. Trainons pas ou les aut' vont nous tomber d'ssus. Ce s'rait con d'avoir un éboulement sur l'dos. Il rit à nouveau alors que ses pas rapides les mènent auprès des autres membres de la couronne.