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[Requête] Les liens indéfectibles

[Requête] Les liens indéfectibles Brandw10
Ven 2 Fév - 10:43

De sœur à cœur

Rencontre matinale


Le cerisier était en fleur.

Un à une, les pétales, épais et rosés, tombaient lentement de l’arbre au fond de la grande cour. A l’origine, cette place était un jardin où on cultivait de quoi nourrir la famille - dans ses premières années, la fortune n’était pas encore là et ils s’étaient retrouvés nobles sans le sous. Faire pousser ses propres légumes, les mains dans la terre, au nez et à la barbe d’illustres nantis. Une mentalité de combattant dans ce monde en construction, une dentelle finement tissée de riches, de pauvres, et de beaucoup de vide entre les deux. Aujourd’hui, le jardin n’était plus qu’un très lointain souvenir qui couvrait quelques pages de vieux carnets familiaux, quelques esquisses sur les vieilles cartes et vestiges d’années de dynastie charmante et expansive, noyé sous une terre battue qui avait depuis été raffermie par des millions de pas. Mais un vestige y subsistait pourtant: un arbre au bois noir, vénérable cerisier, tordu et voûté, qui veillait sur les Fà depuis le tout début. Son tronc était depuis longtemps bossu, et cela faisait quelques siècles qu’il n’y avait plus de cerise.

Mais il veillait toujours, et chaque année, comme les filles Fà, il offrait au monde ses merveilles, de légers pétales roses qui recouvraient toute la cour.

Le monde s’effritait un peu plus chaque jour, la brume avançait en une omniprésente menace, mais cette cour, ce cérisier demeurait imperturbable. Et en ce petit matin, c’était cette montagne qu'une certaine rousse était venue chercher. Ou plutôt, admirer, selon les points de vue. Car assise à même le rebord en bois qui longeait tout le corps principal de la demeure, on aurait pu méprendre ses intentions initiales: les jambes en tailleur, ses longs doigts tenant fermement ses chevilles, la cheffe des Fà ressemblait d’avantage à un enfant ébahi qu’à une maîtresse de maison.

Il fallait bien avouer qu’un spectacle captivant se jouait face à elle. Le produit ingénieux des arts Fà et de l’art martial que l’on retrouve dans les traditions séculaires Xandrienne. La danse des lames ressemblait bien plus à un rituel qu’à un sport, une longue invocation de la force, de la défense, et ultimement, de la mort. On n’en réchappait rarement tant les gestes étaient précis, au-delà de la précision, c’était l’élégance qui tuait. Une danse envoûtante, fascinante, qui piégeait l’assaillant dans une valse mortelle de parade et d'assaut, une allégorie de la passion, de la vie, du champ de bataille, de la Cours. La danse des lames était un jeu de Fà, rendu à sa plus sanguine et sanglante expression. Une prouesse tissée par sa sœur - elle la couvait d’un regard maternel alors qu’elle poursuivait, mouvement par mouvement.
Quelques années plus tôt, au même endroit, elles étaient toutes réunies ici, regardant en riant Nue danser sur un pied, tambourin en main, couvertes de voiles mystérieux qui lui donnait des airs de déesses fantasmées ou de nuage. Trois petits chats, charmés, s’amusaient de longues minutes à l’imiter. Chacune feignant d’avoir la même grâce que leur mère quand vraiment, c’était elle qui attirait tous les regards de Xandrie. Un nuage passait devant ses yeux, à Lan-Lan. Aujourd’hui, ce souvenir n’était plus qu’un lointain trésor.

Quand elle reprit ses esprits, elle croisa brusquement des yeux comme les siens. Un sourire espiègle naquit sur son visage, chassant la tristesse, chassant la mélancolie, remplaçant tout cela par une affection pure et simple.

Comment oserais-je interrompre la plus fine lame de Xandrie? Que dis-je, d’Uhr!” Lan-Lan s’exclama joyeusement en regardant le visage surpris de sa petite sœur. Oh, qu’elle aimait venir l’admirer de bon matin, comme un rituel précieux qui les unissait quotidiennement. Depuis ses premières armes jusqu’à son arrivée dans les cercles les plus hauts des élites du pays. “Continue, ne t’en fais pas pour moi.

La poupée Xandrienne le lui intima d’un geste de la main la hâtant de reprendre son entraînement. Elle pouvait bien attendre encore quelques minutes à se délecter de ce spectacle. Après tout, elle attendait depuis trois ans déjà de pouvoir rouvrir cette boîte de Pandore… Ces abysses obscures qui n’étaient pas sorties de son esprit depuis leur visite des profondeurs. Elle rassembla sa jambe contre elle, posa son menton sur son genou, dérangeant au passage le vénérable Huang-Long qui s’était assoupi sur son épaule et se retrouvait chassé, à devoir voler au-dessus d’elle dans tout son mécontentement. Un souvenir douloureux que cette journée, une défaite amère. Une blessure encore vive, certainement…

Mais prendre sa revanche, obtenir enfin la justice, c’était l’histoire de sa vie, de son sang, l’essence même de son ambition dévorante. Elle avait attendu ce jour comme le messie, celui où elle pourrait enfin retrouver sa sœur et lui dire: enfin. Shizo avait perdu beaucoup ce jour-là, éclipsant une histoire de sou par une affaire de sang. Et marquant au fer rouge à même sa peau: ça ne s’arrêtera pas là. Sa précieuse petite sœur, son roc, saignant tout ce qu’elle pouvait, une fois encore scarifiée sur l’autel de conflits ridicules. Sa mâchoire se serrait à ressasser le passé. Après tout, n’était-ce pas le moment de rouvrir la boîte?

Aujourd’hui, elle souillait leur rituel quotidien de ses désirs de conquête, de revanche. Appelez cela comme vous le souhaitez: elle avait attendu sagement trois ans, les monétaristes avaient fait profil bas, Chāyā avait laissé le temps filer comme la panthère qu’elle était, patiente, habile. Mais le moment était venu. Et contrairement à son habitude, aujourd’hui, Lan-Lan était la monétariste en plus de la sœur, et la Fa derrière tous ces masques. Et elle cherchait son rempart autant que la commandante, autant que l’autre Fà. Elle avait en son esprit un plan de bataille, après tout, et chaque plan de bataille nécessite ses armées. “Prends ton temps, Shizo!” Lui murmura-t-elle tranquillement, laissant le vent tracter vers elle les pétales de cerisier. Nous aurons tout le temps de discuter mines après.
Jeu 22 Fév - 19:19

A l'heure des sœurs

les masques tombent


Calme, silence, force. La demeure est morte en ses premières heures du jour, loin de la vie qui l'habitait autrefois. Le soleil levant filtre timidement entre les persiennes chassant les ombres dansantes à l'orée de mes pensées. Le bois du parquet est doux sous la plante de mes pieds. Je m’étire en quelques amples mouvements avant de me vêtir de mon kimono. J'abandonne mon oreille mécanique sur le secrétaire, j'ai besoin de me retrouver seule avec moi-même, sans aucun artefact, simplement, purement. Le silence devient mort lui aussi sans la technologie qui cache les chairs brûlées de mon audition perdue. Après un brin de toilette je me dirige vers la petite bâtisse coincée entre la demeure familiale et les différents ateliers qui composent le terrain de jeu des Fà. Un prieuré où ma grand-mère aimait se recueillir d'après mère, un rituel qui anime mon quotidien désormais. Je salue les douzes - dont les symboles ornent l’autel paré d'or et de rouge - d'une respectueuse inclination avant d'allumer un bâton d'encens. La douce émanation serpente telle la salamandre entre les bols d'offrandes que je remplis de fleurs de cerisier, celui-là même qui veille sur notre famille. J’entonne mes litanies dans une prière méditative, j'expire longuement avant d’apprécier le calme matinal, écho de ma propre quiétude. Les minutes s’égrènent sans que je ne m’en rende compte, je suis dans ma bulle où le temps est suspendu, les pensées s’effacent pour laisser place au vide apaisant du rien. Pas de simulacre, pas de décision, pas de persuasion, pas d’hier ni de lendemain, pas de mots engendrant des maux, rien. Dans mon esprit tout s’éclaircit et soudain, deux billes fuchsia couvrent l’autel d’un regard déterminé, reprenant sa place dans cette dimension.

Je me lève pour contourner le laraire, découvrant l’écu gravé de l’effigie des Fà : la salamandre veillant sur la fleur de Belladone. Il me suffit de tourner la tête de l’animal et puis d’appuyer sur deux pétales pour entendre un déclic, je tire sur le notre emblème pour y dévoiler un coffre, mon trésor. J’attrape ma Destinée en main contre bonne ou mauvaise Fortune avant de renfermer les secrets de mon art, puis je quitte le pyrée non sans une dernière salutation envers les allégories des Dieux.
Je retrouve le cerisier de notre enfance, riche de nos souvenirs, pour y faire la démonstration de ce qui fait ma force. La Danse des Fà est tout ce qui me reste de l’unité de notre famille, tout ce qui me reste des pas gracieux de notre mère, de son sourire, sa joie, sa candeur, sa sincérité. Ma Danse des lames est loin du spectacle qu’elle pouvait nous offrir, non, mon ballet est un entraînement à l’attaque, l’esquive et la défense. Elle ne me permet pas de prédire les coups auxquels je ferai face, elle me permet d’avoir des réflexes pour les éviter, des contorsions difficiles à prévoir, de funestes caresses que vous ne préféreriez pas ressentir, chaque geste s’est imprégné dans mes muscles et mes mouvements. J’avance, je tourne, je maîtrise chaque impulsion. Ce n’est qu’au bout d’un long enchaînement que j’aperçois du coin de l'œil une silhouette prostrée sur la terrasse de bois. Lan-Lan, mon plus précieux trésor. Son regard se fait rieur lorsqu’elle m’intime de continuer. Je lui offre un doux sourire avant de soulever mon sabre pour reprendre ma chorégraphie. De longues minutes s’écoulent avant que le clou du spectacle ne vienne surprendre ma sœur. Pivotant d’un quart de cercle vers elle, je fais danser ma Destinée au-dessus de ma tête avant de l’abattre à même le sol. Un flash fulgurant vient aveugler ma spectatrice qui peine à retrouver la vue. De derrière le cerisier, je récupère sa Fortune et lorsqu’enfin les yeux de Lan-Lan revoient la vie en couleur, je tiens une ombrelle au-dessus de nos têtes, protégeant son visage des rayons du soleil s’élevant doucement dans le ciel. Perplexe, son nez se fronce, elle n’a pas apprécié mon tour de passe-passe. Je lui souris de plus belle, le regard malicieux, avant de lui offrir la protection au manche travaillé et à la toile peinte de délicates décorations typiquement Xandriennes.
°°Surprise,°° dis-je de ma douce voix. °°Ta peau ne craindra plus les brûlures lors de tes voyages.°° Lan-Lan était revenue aussi rouge qu’un lycoris radiata d’un déplacement pour les monétaristes, mes lèvres se fendirent un peu plus en voyant sa mimique boudeuse. Me tirant la langue, elle apprécia de son regard scrutateur le présent avant de tiquer sur la poigner. Je savais que le détail ne lui échapperait pas. °°Regarde,°° dis-je en effectuant une petite rotation de la manchette. Cette dernière se libéra pour quitter le tube de l’ombrelle qui n’était autre qu’un fourreau, révélant une fine lame gravée de mots protecteurs. °°Le tranchant de ce sabre est sans pareil, fais attention°° avertis-je en voyant ma sœur caresser l’acier de la pulpe de ses doigts. °°Le tissages de l’ombrelle, au delà de t’offrir une ombre de qualité, est aussi serré que peut le permettre l’art du textile et surtout, les symboles qui le décorent sont en aluminium pour t’offrir une défense aussi légère que possible.°° Les iris de Lan-Lan pétillent et s’embuent, elle m’attrape dans les bras pour déposer un baiser sur ma joue, cachant son émotion. Je lui rends son étreinte, lui laissant quelques secondes pour se reprendre avant de l’enjoindre à me suivre près du cerisier. °°A toi de t’entraîner maintenant.°° Je prends une pose avec mon sabre, invitant ma sœur à m’imiter. Elle se prête au jeu et nous enchainons quelques parades ensemble, j’ai un réel plaisir à lui apprendre des pas de la danse des lames. Ce sont quelques émanations de qui viennent titiller nos narines, nous invitant à une pause méritée.

Sur le corridor de bois longeant la cuisine de la demeure, repose une théière d’où s'échappe une fine vapeur sur une petite table où nous nous asseyons sur de confortables coussins brodés de fils d’or. °°Merci Yüna°°, dis-je à l’attention de notre gouvernante qui s’éclipse d’un hochement de tête. °°Toujours aussi prévenante°° soufflé-je à l’attention de Lan-Lan. J’attrape ma tasse entre les paumes de mes mains et me délecte du fumet. °°Jasmin, mon préféré.°° Je vois la satisfaction sur le visage de ma sœur, elle n’est pas pour rien dans ce petit moment de détente. Je sirote ma boisson, appréciant la chaleur sur mon palais. °°Quelles sont les nouvelles ?°° demandé-je, le sourire de ma sœur ne me trompe pas, je sais qu’elle a quelque chose à m’annoncer, je la vois savourer d’avance son annonce.