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Titanomachine.

Titanomachine. Brandw10
Lun 11 Déc - 0:08
Opale est, au sein du magistère.

L'absence de bruit dans le couloir, la mettait sur les nerfs. Elle attendait, les pieds ballants, sur un banc en marbre trop grand, même pour elle, sur lequel s'asseoir était une gageure, un supplice et une opportunité à ne pas manquer en même temps. Cela faisait un moment qu'Anastasia traînait ses guêtres dans la garde du magistère, elle avait commencé au plus bas de l'échelle, en gardant les portes, en sécurisant des zones avant l'arrivée des cadors de l'unité, en servant des cafés à ses aînés, ou bien en allant chercher diverses choses pour leur compte. Maintenant c'était à son tour de briller, elle ne le savait pas encore, mais ce qu'on allait lui proposer faisait office d'une sorte de promotion, dans le milieu des chiens de garde du Magisterium. Dans le silence le plus totale, les peintures de grands artistes cachés de la lumière et de la poussière par de grandes tentures épaisses, rouges, presque délavée par le temps, un cordon rouge monté sur des pieds d'argents faisant office de décorum, elle attendait, persuadée d'avoir fait une connerie.

Non, c'est pas quand j'ai frapper trop fort sur John, ou quand j'ai massacré l'autre tâche de stagiaire en plein milieu de l'entraînement parce qu'il m'avait touché les miches, quand même ! Se disait-elle, songeant qu'on allait encore la mettre longtemps sur les coups les moins fumants de l'histoire du Magistère. Et pourtant, Ana qui ne savait plus ou se mettre, intimidée pour la première fois de sa carrière, n'avait rien d'un ange. C'était peut être mieux ainsi.

- Anastasia ... Fit une voix feutrée, celle du "Loup", son mentor et le seul gradé qu'elle connaissait dans l'organisation fouillis et fourmillante de l'ombre d'Opale, à travers le tissus qui couvrait sa bouche et son nez. On ne voyait que son tricorne et ses yeux rougeoyants derrière, une légende parlait de strigois, une autre d'un zoantrope, mais aucun de ceux qui se vantaient de connaître l'animal, n'avaient jamais pu le vérifier, ou le dire avec certitude.

Le loup restait un mystère... "Monsieur !?" Fit-elle en se levant, saluant avec respect celui qui l'avait vu s'engager dans les rangs des tartes, et qui avait quelque part, changer sa vie et son sort à jamais. Elle planta son regard azurés dans celui de son interlocuteur, sans le défier, ni se défiler non plus.

- Entrez, tartare de Lavill, nous avons des questions, des réponses, et des propositions à voir ensemble ... Fit-il, toujours aussi mystérieux près d'une décennie plus tard ... Il l'impressionnait toujours autant. Elle se mit dans ses petits souliers, et entra pour la première fois dans le bureau richement décoré du Loup, sa tanière secrète que seul les initiés pouvaient se targuer de connaître ... Et même Ana, a 28 ans révolus, ne se disait pas intime, ni familière de cet endroit, car c'était bien la première fois qu'elle avait l'honneur de fouler ses tapis d'Aramila hors de prix, et de voir ce bureau d'ébène au multiples tiroirs et sans doute encore plus de secrets, que dans un caveau ancestral d'une famille fondatrice, ou dans un musée bien renseigné de la ville ...

- Dans le cadre d'un projet que nous menons, la direction -et moi même, nous demandions qui nous pourrions bien engager pour une mission de haut vol, dangereuse, mais très enrichissante ... Fit pour commencer le recruteur, qui annonçait la couleur : Il parlait pour lui même que pour les plus hautes autorités de l'institution. Quel est votre avis, miss De Lavil ? Qui pourrait convenir à ce genre de poste dans votre promotion selon vous ? Termina-t-il de dire en buvant une lampée dans une coupe de bronze, le liquide rougeâtre et sirupeux, sentait fort, mais elle ne savait pas si c'était du sang ou simplement un excellent vin rouge.

Eh bien ... Bonne question ... John est plutôt qualifié, sinon les autres ne sont pas mauvais, mais pas assez courageux pour quitter l'enceinte du magistère seuls ... Il vous faudrait quelqu'un d'un peu tête brulée, caractériel, et surtout volontaire...[/color] Plus elle, parlait, plus l'homme trempait sa plume dans un bac à encre, et annotait un papier qu'elle ne pouvait voir, caché par un petit bout du bureau ... Et plus elle parlait plus elle se rendait compte que le portrait décrit correspondait à ... Moi, moi je serai suffisamment burnée et butée pour réussir ce genre de chose, mais il me faudrait alors, un peu plus de détails ....

- Je pense qu'il préféra se présenter de lui même, et voir les détails entre vous sera sans doute la meilleure solution ... Vous avez entendu Vlad ? Fit-il en direction d'un coin de la pièce qui donnait sur un boudoir bien commode pour cacher des invités, et d'autres fumisteries.

- Elle dit qu'il vous faut une paire en plus de celle que vous avez déjà, n''est-elle pas parfaite ... ? Dit-il en riant pour lui même, sous son tissus et ses habits de noirs vêtu.

le loup:
Lun 11 Déc - 21:40
La faible lumière grésillait entre les imposants murs qui servaient de pièce. Les câbles étaient plus fragiles ici, mais ce n’était pas dû à un quelconque manque de moyens. L’aspect changeant du Magisterium ne permettait pas une desserte homogène du mythique bâtiment. Certains se complaisaient à narrer que le Loup aimait ces menus inconvénients qui transformaient son aura en une véritable menace. Les Von Arendt auraient pu acquiescer à ce constat, si ce n’étaient les deux pupilles qui souffraient de brillance oculaire et ne perdaient pas une miette du spectacle dans le fond. Vladimir se redressa, la pénombre se mua en grisaille et entoura ses yeux pour révéler ses traits gracieux. Deux billes d’opales de feu qui fustigèrent le personnage qui tentait de se donner l’air plus sournois qu’il ne l’était en réalité. Le Docteur s’avança de quelques pas et toisa la jeune fille. Sa canne en ébène frappa le sol. Son pommeau était d’argent, à l’instar de la broche qui barrait son jabot de soie. Il semblait s’habiller d’une mode antérieure à celle que les nobles pouvaient aujourd’hui arborer mais, avec étrangeté, cela ne paraissait pas ridicule sur lui. Le personnage était sans âge, ses rides traçaient sur ses traits une sévérité qu’on n’aurait pu dater.

- C'est Baron Von Arendt, pour vous. J’ai beau avoir élevé votre portée, Loup, apprenez à rester à votre place. répliqua le triste sire, ce qui tira un grognement amusé au Tartare. Les gonades ne remplissent qu’une fonction euphorique reproductrice peu compatible avec les activités que j’attends … continua-t-il de grommeler, sa main glissant dans ses cheveux blanchis par l’âge.

Vladimir inspecta la jeune femme de bas en haut, un air réel de dégoût sur son visage. Il était jeune d’apparence, et beau. Mais il se dégageait de lui une sorte d’antithèse qui aurait mis n’importe qui mal à l’aise. Il était encore maigre, cela se voyait à ses mains et ses poignets. Il donnait l’impression d’avoir souffert d’une longue maladie ou d’une claustration qui avait eu raison de son teint chamoisé.

- Je ne cherche pas une créature prompte à tirer sur sa laisse, pas plus que je ne cherche un chiot docile. J’ai besoin … d’une Tartare que je peux remanier pour en faire le parfait outil. Et vous, vous me proposez une gamine au nombril à peine sec, Loup ? poursuivit-il, chacun de ses pas le menait à faire le tour de la jeune femme. Il l’inspectait avec circonspection, bien qu’il restât pudique et à distance.

Le Docteur semblait avoir un peu de mal à se déplacer mais il posa sa canne. Il marcha sans difficulté en dépit de l’absence de son support qui semblait être plus psychosomatique qu’autre chose. Il tourna autour de la jeune femme, renâcla face aux fragrances de sueur qu’elle dégageait. Les Tartares, tous les mêmes. Lui qui était si âgé qu’il avait présidé la fondation du Magistère, il percevait cette succession de chair à l’instar d’un troupeau dont il magnifiait la sélection génétique pour en produire de parfaits guerriers. Mais atteindre ce but ne l’intéressait pas. Seule le Myste et la capacité à dompter la Brume l’intéressait. La raison d’être du Magister. Maîtriser, Développer, Mystifier.

- Non, ce ne sera pas celle-là. Trouvez m’en une autre, et lavez-la aussi. Cela ne lui fera pas de mal. répondit-il après quelques secondes, avant de reprendre sa canne en main.

Le noble s’écarta de la jeune fille et repartit en direction de la porte de sortie.

- Vlad, Vlad, Vlad … se gaussa le Loup, son verre en main. Vous savez bien que Forth a demandé ... non, exigé, que son assistant soit bien protégé. N’est-ce pas ?

Le Docteur marqua un temps d’arrêt, ses épaules s’affaissèrent. Il lâcha un juron dans un langage ampoulé qui ressemblait à du vieil yféen. Il n’était pas l’assistant de ce foutu médium de pacotille. Il était Vladimir Von Arendt. Il était le Magistère, il incarnait le Magistère. Il avait toujours été là, dans chaque recoin et chaque ombre. Comment ce prétendu parvenu pouvait espérer le mettre au pas aussi facilement et … Bien sûr, Higgs. Encore et toujours Higgs. Il lui devait ses années en geôle pour n’avoir fait que développer la plus merveilleuse des découvertes … Il avait échoué, certes. Du moins, le Docteur Kotveik. Lui avait survécu et un laborantin en avait fait les frais. Ah, les limbes …

- Vlad ?

Le Docteur revint parmi eux, son escapade mentale ayant été découverte. Il soupira, encore une des conséquences de son emprisonnement. Il était évident que Higgs ne lui lâcherait pas la grappe. Et encore moins le Docteur Forth. Surtout après avoir éclusé autant de gardes compétents.

- Et bien soit. Auscultons donc les paires de celle-là …
répondit-il, dépité.

Le Docteur se tourna et fit de nouveau face à la jeune femme. Il soupira et fit signe à cette dernière de parler d’un geste désinvolte de la main.
Lun 11 Déc - 22:27
Il en va des hommes comme des chiens, première rencontre, ça se renifle et ça se jauge, puis ça devient copain comme cochon après une bonne bagarre. Ou un bon gueuleton. Elle aimait les choses simples, et en même temps, restait un être à part, complexe dans toute sa beauté et ses contradictions. Ainsi, ne montra-t-elle aucune émotion comme si elle parcourait un champ de bataille, les yeux pétillait cependant d'une lueur mauvaise, ce qu'elle pensait de ceux qui parlaient trop et qui devenaient aigris avec le temps ... Elle le gardait tout au fond d'elle même. Ce jugement. Cette atroce sensation qu'on lui collait dans les pattes le pire des individus, le plus ignoble des maître du magistère ... Et tout ça, sur fond de mélodrame ou de complots, comme le laissait à penser l'ascendant qu'avait le loup en une seule phrase sur le fameux Baron Vlad.

- Donc c'est ça votre mission de haut vol, bien. Fit-elle en reniflant bruyamment. Je suis Anastasia, De Lavill. Je suis Tartare depuis un moment, je sors pas de l’œuf si c'est ça qui vous fait peur ... Oui, elle décelait une part de peur chez l'homme à la silhouette svelte et élancée, comme une pique qui n'avait qu'une fonction, piquer. Tout paraissait coupant chez cette homme, jusqu'à ces hautes pommettes sur lesquels se dessinaient des rides, qui ne semblaient pas le vieillir suffisamment. Une impression de faiblesse, mais un verbe haut et fort, un coq qui chante mais qui ne sait pas se battre ... Se dit-elle posément.

- Alors, sachez que si j'suis pas la plus futé, je reste la meilleure de ma promotion, pas vrais, Loup ? Elle fit un clin d'oeil à son recruteur ...Elle était coriace, la petite. Coriace et perspicace. Sagace et aussi dangereuse que la faucille qui fauche les blés. Faut dire que si vous avez formé le Loup, c'est lui qui m'a formé ... Donc je suis quelques part que le produits de vos propres erreurs, si vous avez quelque chose à redire de ma prestation ou de ma personne, veuillez vous en souvenir ...

Elle ricana. Elle aimait les débats de jugeote, autant que les combats les plus sales. Il faut dire que malgré le manque d'assiduité en cours, elle en avait dans la caboche la petite.

- Oh oh, et bien je vois que je me suis pas trompé sur ma petite Anastasia ... Je vous laisse discuter, mon bureau est à votre disposition pour le moment, mais n'oubliez pas, vous n'êtes que mes invités... Une aura glaçante, une force demesurée qui découpait toutes mauvaises ou bonnes intentions, toutes intentions tout court même ... C'était le Loup qui faisait sa sortie, théâtre comme à son habitude.

- Bon, c'est quoi votre problème ? On vous a pas chanté d'histoire quand vous étiez petit pour vous endormir, maman était pas là ? Papa était méchant ? Croyez pas, je suis jeune, mais j'en ai bavé ... Alors je suis pas la dernière des imbéciles ... Elle savait que son dévouement sans faille, et sa manie de ne jamais poser de questions, étaient à l'origine de son recrutement. Elle le sentait.

- ... Je pose pas trop de questions, mais vous m'intriguez, vous êtes qui au juste ? Elle leva la tête vers le Baron, et se redressa sur sa chaise.
Dim 31 Déc - 14:17
L’apparence était pour les nobles une chose aussi nécessaire qu’un deuxième poumon. Tout n’était que fiel sous cette coque fissurée, mais au moins pouvaient-ils toujours se pavaner en arborant un sourire factice d’usage. Il croisa les bras en attendant que la jeune femme ait terminé de se présenter, de pavaner. Elle n’était pas rouée aux arts politiques, mais ce n’était pas de cela qu’il avait besoin. Pas plus que ce qu’avait décidé le Docteur Forth pour lui. Jeune coq arrogant … Il chassa la dernière remarque de la gamine d’un geste de la main.

- Ne commencez pas à m’agacer, jeune femme. Je ne cherche pas un roquet à dresser, mais on m’a imposé un chien de garde. Un chien, ça obéit aux ordres ou on l’euthanasie. Autant faire en sorte que cette solution prématurée ne survienne pas de façon inopinée.

Vladimir se voyait comme à l’origine d’un peu tout ce qui se passait au Magistère, bien qu’il n’ait fait que participer à sa création des siècles auparavant. Il allait et venait dans les sphères de la noblesse mais restait bien trop souvent enfermé dans les murs changeants du bâtiment. Il suivit la disparition du Loup du regard, agacé par cette créature à l’aura puante. La jeune femme n’avait pas compris ce qu’il avait voulu dire par la portée du Loup. Des expériences menées sur les Tartares ? Un âge si avancé qu’ils s’étaient déjà côtoyés des dizaines d’années auparavant ? Allez savoir, toujours était-il que les Tartares étaient récupérés diablement loin et parfois dans la Brume-même …

- Je n’apprécie pas votre ton, jeune femme. Les titres sont faits pour masquer votre inaptitude à vous comporter en société : vous m’appellerez Docteur Von Arendt, ou Baron Von Arendt je vous prie.
reprit-il, soulagé que l’autre grossier personnage soit parti, d'un ton qui ne laissait pas vraiment le choix.

Il serra les dents sous l’insolence de la frêle créature qui ne demandait qu’à se faire infectée par la Brume puis transformer en Nascent mais se contint en sachant le prix qu’avait coûté son éducation et les efforts mis dans sa création. Il se pinça l’arrête du nez et la laissa finir. Il avait, voilà plusieurs siècles, adopté ce corps comme le sien mais il se souvenait encore des dernières impressions qu’il avait pu vivre bien avant tout cela. Une date qui lui paraissait presque un millénaire plus tôt. Force, fracassement. Une violence qui parfois avait du mal à ne pas ressortir. Ce guerrier n’était qu’un mirage de son esprit fragmenté par la Brume.

- Apprenez à écouter avant de poser des questions. Loup vous l’a déjà dit : je suis l’assistant du Docteur Forth. Ce dernier dirige le département du Myste et des Nascents. A votre avis, cela fait quoi de moi ?
commença-t-il, avant de lever un doigt. Tout juste, le numéro 2 de ce joyeux bordel. Quant à qui, exactement, je fais partie des membres fondateurs du Magistère. Ma famille, du moins, a fourni les fonds et est largement investie dans sa tenue.

Il marqua une pause, jaugea la jeune femme.

- Si vous étiez éduquée, vous le sauriez. Mais tout ça, là,
fit-il en indiquant le bureau de Loup, les vêtements et effets d’Anastasia, cela n’existerait pas sans moi. Sans nous. Donc, non seulement vous me devez respect, jeune fille, mais aussi obéissance. C’est aussi simple qu’un claquement de doigt, aussi simple qu’un ordre sifflé pour que vous vous mettiez au garde à vous. Je n’ai pas le loisir de perdre mon temps à assurer ma sécurité, j’ai mieux à faire. C’est là que vous, vous entrez en scène. Et peut-être que vous monterez en grade ou que je vous donnerai un os à ronger.

Il était détestable, odieux et si imbu de sa personne que ça en devenait horripilant. Il n’avait visiblement pas de temps à perdre à se comporter de façon correcte avec son prochain. Mais il avait raison sur un point au moins : être à son service pouvait ouvrir de nombreuses portes. Pas parce qu’il était lui, justement, mais par sa famille et ses origines … occultes. Peu savaient qui il était véritablement. Un nobliau scientifique de la famille des Von Arendt, certes, ça c’était chose commune. Mais savoir qu’il s’agissait en réalité d’un spectre millénaire qui avait possédé le corps d’un jeune strigoï 450 ans auparavant et avait pris part à la fondation du Magistère, à la découverte du Myste et des Nascents tout comme aux premières expérimentations sur la Brume … ça c’était une autre paire de manches. Ils n’étaient que deux à avoir cette connaissance à son sujet : Higgs, leader du Conseil d’Opale et le Dr Forth, qui tenait absolument à le museler.

Peut-être que vivre autant et aussi détaché des sociétés menait forcément à devenir aussi méprisable et détestable. Ou alors était-ce le fait d’avoir été cloîtré pendant tout ce temps afin de payer pour son expérience avec les Limbes et de n’être autorisé à ressortir qu’avec un chien pour le renifler les fesses et prompt à le ramener au bercail au moindre problème de sa part …