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Point de non retour.

Point de non retour. Brandw10
Ven 20 Oct - 14:47
Point de non retour


Les paysages défilaient jour après jours, semblables aux précédents. Depuis son départ précipité de Xandrie, il n'avait eu de cesse de ressasser les évènements et tout le loisir de réfléchir à son parcours des derniers mois. Car nul doute que c'était dans ce laps de temps que ça avait merdé. Il avait bien une petite idée, mais si tel était le cas, le faire tomber ne serait pas une mince affaire. Tout s'était enchaîné très vite depuis son dernier déplacement, cela venait forcément de lui. C'était donc la réponse à leur entrevue.  Déjà que le Roi donne crédit à cet individu et au ministre de la Justice, plutôt qu'à lui, était une insulte. Dynaste aurait pu lui laisser le bénéfice du doute, lui demander des comptes, mais non !
Ekiel demeurait stoïque comme si ce que venait de se passer ne l'atteignait pas, mais intérieurement, c'était autre chose. Il bouillait de rage. Une rage qu'il avait toujours contenue. Il sentait sa nature profonde reprendre ses droits peu à peu. Il s'était toujours retenu, mais cela n'avait plus lieu d'être à présent.
La prairie disparaissait, laissant place au bois de Mesnon. Ce bois était réputé par les chasseurs qui en vantaient la profusion de gibier. Cependant, le Strigoi avait peu de chances de croiser le genre de proie qu'il chassait en temps normal. Pour l'heure, la faim ne le tenaillait pas encore, mais cela viendrait. Il parviendrait à la contenir un moment, mais après... Son lui profond allait bientôt laisser parler les plus bas instincts de sa nature primaire.
Le jour déclinait lorsqu'il tombait sur une cabane isolée. De la fumée sortait de la cheminée et au-dehors une femme ramassait du linge étendu sur une corde. À ses côtés, un couffin dans lequel un nourrisson babillait. Les pas de son destrier attiraient l'attention de la donzelle qui se crispait à son approche. Il stoppait sa monture et mettait pied à terre.

" Navré de vous avoir fait peur. Doucerive est-il encore loin ?"

Elle l'observait avec méfiance, finissant par répondre.

"Trois jours de cheval, tout au plus".

Ekiel affichait une moue contrariée. Il ne pensait pas cette bourgade aussi éloignée. La faim l'avait gagné depuis des heures et il ne pensait plus qu'à une chose, se nourrir. La vue de chair fraîche exposée si près de lui ne faisait qu'empirer les choses. La femme remarquait son mal-être.

"Quelque chose ne va pas ? Vous avez besoin d'aide ?

Le Strigoi esquissait alors un sourire carnassier, dévoilant deux canines pointues avant de se jeter sur sa proie qui poussait un hurlement de terreur. Ici, dans ces bois, personne ne l'entendrait. Ekiel la vidait de sa force vitale avec avidité. Bientôt, elle ne serait plus qu'un corps sans vie entre ses bras. Plus il buvait et plus cela le rendait insatiable. Boire encore et encore, comme on pouvait se désaltérer à une source d'eau fraîche. Le goût du sang chaud le rendait fou et de plus en plus bestial. Lorsqu'elle trépassait, devenait aussi molle qu'une poupée de chiffon, il la laissait choir sur le sol. Du sang, il voulait encore du sang.
Son regard se portait alors sur le bébé qui s'époumonait, s'agitant dans son couffin. Il fallait que cela cesse, c'était insupportable. Et puis de la chair tendre comme celle-ci, c'était un dessert qui ne se refusait pas. Il faisait alors une chose qu'il s'était toujours refusé de faire, il laissait déferler sa bestialité. Il prenait la vie de ce  petit être innocent comme il avait pris la vie de sa mère. Ses méfaits accomplis, il s'essuyait la bouche d'un revers de la main, enfourchait son cheval et reprenait la route sans remords. Il laissait dans son sillage deux corps sans vie, à la merci des bêtes qui auraient tôt faire de les faire disparaitre.  Les deux premières victimes d'une longue liste à venir, à n'en pas douter. Un point de non-retour venait d'être franchi. Ekiel disparaissait ici, dans ces bois, laissant place à une toute autre personne.


Codage par Libella sur Graphiorum
Mer 25 Oct - 11:18
Doucerive, enfin



Cela fait 4 jours qu'il chevauchait seul dans les bois, 4 jours qu'il n'avait vu personne, ni humains, ni animaux, ni nuages. Le ciel au dessus de lui était constamment bleu, une horrible monotonie pesait sur Ekiel à un point inimaginable. Il voulait des nuages, des orages, du vent, n'importe quoi qui changerait son quotidien. Au lieu de cela, il avait du bleu, du bleu et du vert à perte de vue. Toute cette monotonie n'avait de cesse de le faire douter. Est il dans la bonne direction?  Allait il  arriver un jour à Doucerive?  Parfois quand il restait trop longtemps perdu  dans mes pensées, il se demandait s'il n'allait pas simplement errer ici jusqu’à l’épuisement. Jusqu'à se désécher par manque de sang.

Le soleil était à son zénith lorsqu'enfin la bourgade de Doucerive se dessinait au loin. Il atteignait la première escale de son long périple. Toujours sous l'apparence de l'homme qu'il lui avait remis le message, il entrait dans le village. Quelques visages se tournaient dans sa direction avant de se détourner.  Trouver une écurie et une auberge telles étaient  ses premières préoccupations. Le village fourmillait de marchands, de caravaniers, d' aventuriers, tous se mêlaient, négociant marchandises et autres services. Il laissait sa monture à l'écurie la plus proche, demandant à ce qu'on bichonne l'animal et qu'on le prépare pour les premières lumieres de l'aube à venir. Il ne tardait pas  à trouver la seule auberge du village "La patate fumante" . L'établissement était  tenu par Seraphin et son épouse Zora. La bâtisse s'élevait sur un étage et comportait une dizaine de chambre. Elle était appréciée par les voyageurs pour sa bonne bouffe et pour ses prix raisonnables.

L’air à l’intérieur de l’auberge, à la fois sec et chaleureux, changeait agréablement de celui, toujours humide, qui avait pesé des jours durant sur le Strigoi. L’établissement semblait bien tenu. La pièce dans laquelle Ekiel venait d’entrer était spacieuse, mais encombrée de nombreuses tables. Dans le fond trônait un bar et, à sa gauche, une porte qui, à en juger par l’odeur qui en émanait, devait être la cuisine. A sa droite, un escalier de bois montait à l’étage, menant sans doute aux chambres.
Deux groupes étaient déjà attablés dans un coin de la pièce et discutaient vivement entre eux, et accueillaient bruyamment une femme qui sortait de la cuisine en portant un plateau débordant de nourriture. Pendant ce temps, un homme portant un tablier terminait de balayer la pièce d’un air distrait. L’aubergiste, sans aucun doute. Ce dernier levait les yeux de sa besogne et remarquait Ekiel.

"Bienvenue à la patate fumante. Que puis-je pour vous? "

" Vous reste une chambre? "

L'homme se grattait la tête réfléchissant et hélait son épouse.

"Zora, on a encore un piaule ? "

Elle beuglait haut et fort afin de couvrir les clameurs bruyantes des clients.

" Ouais, y' en reste une. Vingt astras la nuit."

Le Strigoi répondait du tac au tac.

"Je la prends."

Il saisissait quelques pièces dans sa bourse et les tendait à l’aubergiste. Ce dernier les examinait, comme s’il craignait qu’elles soient fausses, avant de les ranger dans ses poches.

" Suivez-moi "

L’aubergiste passait derrière le bar et s’abaissait un instant. Il remontait en portant un épais registre qu’il posa avant de le consulter.

" Alors voyons voir. Ah voilà, c'est la 7. En haut, au fond du couloir à gauche. Voici la clé."

Ekiel se dirigeait vers l’escalier. Pouvoir se poser ne serait-ce qu’une journée serait un véritable soulagement après ces derniers jours à dormir à la belle étoile. De l’autre côté de la pièce, un des deux groupes était pris d’un violent fou rire.


Codage par Libella sur Graphiorum
Sam 11 Nov - 19:38
S'inventer un nom, un passé, une nouvelle vie...



Allongé sur le lit de cette chambre d'auberge, Ekiel fixait le plafond. Il avait tout perdu et devait plus que jamais se montrer prudent. Bien-sûr avec ce visage, personne ne soupconnerait qu''il était recherché et que sa tête était mise à prix. Il devait aussi s'inventer une vie crédible si jamais on venait lui poser des questions et surtout se trouver un nouveau nom.
Un nom.... Un simple nom qui sonnerait tel le vent du sud. Il songeait tout d'abord à Azriel, mais ce dernier raisonnait trop comme Ekiel. Il l'écartait rapidement. Le second, Jhanan. Il le répétait à haute voix plusieurs fois et faisait la grimace. Non, ça ne sonnait pas bien à ses oreilles. Il réfléchissait encore et Akhesh lui venait à l'esprit. Il trouvait cela pas mal du tout et le citait à voix haute. Oui, c'était ça. Il avait trouvé. Ca serait donc Akhesh. Maintenant, il fallait s'inventer un passé et une nouvelle vie.

Déjà trouvé une faction où il serait né. Faire simple, donc Xandrie. Fils de marchands Caravaniers, il aurait grandi dans un climat familial heureux avec sa soeur. Il aurait donc sillonné les routes avec sa famille, important des marchandises d'une faction à l'autre.
Oui, c'était pas mal et simple. Bon la suite. Il se trottait le menton. Qu'aurait-il fait une fois adulte ?
Et bien, perpétuer la tradition et suivre les pas de ses parents, jusqu'à ce que le tremblement de terre bouleverse sa vie. Ses parents et sa soeur meurent ensevelis sous les décombres de leur habitation lors du tremblement de terre, alors qu'il se trouve à Oman pour effectuer des livraisons. Rentré à Xandrie, il découvre l'effroyable vérité et décide de tout quitter. Après tout, il n'avait plus de raison de rester. C'était amplement plausible, une tragédie suivit d'un changement de vie.

Qu'aurait-il fait après ? Vivre de petits boulots ci et là sans réellement se fixer quelque part pendant plusieurs années. Puis à 25 ans, il aurait rencontrer la fille cadette un riche Caravanier et l'aurait épousé. Quelques mois plus tard, elle mourait en couche avec l'enfant. Son beau père le rendait responsable de cette stratégie et le chassait de leur clan. Aujourd'hui, il vivrait aux alentours d' Amarillla, acceptant son sort. Oui, ça irait très bien comme ça, pour commencer. Il broderait la suite à mesure. Voilà, sa nouvelle identité et sa nouvelle vie venaient de voir le jour.


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Dim 12 Nov - 17:22
En route pour Aramila



Ekiel s'était attardé une journée de plus que prévue à Doucerive. La bourgade était agréable et grouillait de marchands en tous genres, venus des quatre coins de Uhr. Une joyeuse cohue où se mêlaient différentes ethnies et races. Quelques querelles pour un emplacement, pour le prix d'un article jugé trop onéreux, mais rien de suffisamment grave pour attirer l'attention des autorités en place. Il y avait tant de monde que l'auberge ne désemplissait pas, prise d'assaut telle un château-fort. Il y avait tant de monde que des campements avaient été érigés aux abords du village. Tant de monde que notre Strigoi n'avait pas eu de mal à se sustenter. Il évoluait dans cette foule grouillante, fouinant ci et là sur les étals à la recherche de vêtements plus en adéquation avec sa prochaine destination. C'est ainsi qu'au détour d'un étalage il surprenait une conversation.

"Elle viendra pas. Elle a trouvé une meilleure offre!"

"Merde! Si on rentre pas dans les temps avec les bêtes, le père va nous rosser. Faut qu'on trouve quelqu'un et vite."

Voici qui n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd. L'ancien ministre notait le nom des marchands les Miraez, éleveurs et marchands de dromadaires. Il reviendrait plus tard, quand il aurait une nouvelle apparence vestimentaire plus aux couleurs d'Aramila.


La matinée s'écoulait paisiblement. Il rendait la clé de la chambre et l'aubergiste et payait son dû. Une fois, au-dehors, il trouvait difficilement un lieu isolé où il pourrait prendre une autre apparence. Il choisissait alors celle de sa dernière victime. Un homme entre 25 et 30 ans, plutôt grand et bien charpenté. Une telle transformation demandait beaucoup d'énergie et s'avérait extrêmement douloureuse physiquement parlant. Les chaires se déchirant, s'étirant, se rétrécissant, tout ça pour se modeler à l'identique à sa dernière proie. Corpulence, taille, disparité physique, tout y était, jusqu'aux tatouages et autres bijoux incrustés sous la peau. Une épreuve dont il sortait épuisé et baigné de sueur. Il lui fallait de longues minutes pour retrouver un souffle régulier et quelques autres afin d'appréhender son nouveau corps. Une seule et unique chose demeurait lors de ses transformations, la couleur de ses yeux. Ô, bien sûr, il aurait pu en changer, mais vanité oblique, il s'y refusait. Gardant ainsi une part de son lui, originel.
Il délaissait ses anciens vêtements pour en revêtir de nouveaux et se parait des nombreux bijoux et autres breloques achetés plus tôt dans la journée.  Akhesh venait de naître et avec lui un avenir incertain qui se profilait à l'horizon.
Les Miraez, il devait les trouver avant qu'ils ne quittent Doucerive. Après s'être renseigné auprès de différents marchands, on lui indiquait leur campement. Il s'y présentait de son pas assuré.

"Jour. Je cherche une caravane en partance pour Aramila. J'suis prêt à travailler pour gagner ma place."  

Muza, un homme trapu et pas très grand, le scrutait de la tête aux pieds.

"Ah ouais. Ben, tu tombes bien ! Nous manque une personne pour mener la vingtaine de bêtes qu'on vient d'acheter. Tu t'y connais en dromadaires ? C'est comme les chevaux !"

Un rire gras et il beuglait à tue-tête.

"Aziz ! Ramène-toi. On a notre gars ! "

De toute évidence, les Miraez se souciait peu de savoir qui ils embauchaient tant que le bétail arrivait à bon port. Une aubaine pour Akhesh. Un grand type basané, le visage buriné par le soleil s'amenait, chiquant du tabac. Un rapide coup d'œil sur Akhesh et il balançait de but en blanc.

"On lève le camp dans deux heures ! Soit pas en retard !"

Akhesh acquiesçait et s'en retournait. Il revenait deux heures plus tard avec son paquetage et sa monture. La caravane était prête à partir et avec elle Akhesh. On lui demandait de se positionner sur le flanc gauche du troupeau en compagnie de l'homme trapu.

"C'quoi ton nom, l'étranger ? Moi, c'est Muza et le grand escogriffe que t'as vu tantôt, c'est mon frère Aziz. On est les fils aînés de Moussa Kirdach Miraez du clan du même nom."

Le Strigoi fixait l'homme quelques secondes et répondait simplement.

"Akhesh... Akhesh Ménuza."  

Ainsi se terminait définitivement l'existence d'Ekiel Reyes Zadicus pour laisser place à celle d' Akhesh Ménuza....


Codage par Libella sur Graphiorum