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Présentation - Judicaël

Présentation - Judicaël Brandw10
Sam 3 Juin - 23:16

Père Judicaël Adhémar Cassien de Hautedune

le docteur à l'habileté tortueuse

Aramila / Inquisiteur

20-25 ans / 19 Nagidir 188X - Date de naissance réelle inconnue
Humain, mâle
Campagne profonde d'Aramila
Inquisiteur

L'Ordre Réformé des Chevaliers Orthodoxes du Griffon Pourpre


L'Ordre des Chevaliers Orthodoxes du Griffon Pourpre est un ordre d'inquisiteurs puritains dont l'origine remonte à Dainsbourg et Sancta, à la grande époque de la chasse aux déviants, lorsqu'il était encore de bon aloi de brûler les Portebrumes. La perte successive de ces deux principaux bastions conduisit les rescapés de l'Ordre à chercher refuge à Aramila. Néanmoins, afin de trouver sa place au sein du Rempart de la Foi et de se faire accepter par le Concile Œcuménique résolument orthopraxe, l'Ordre a dû se résoudre à mettre de l'eau dans son vin et se réformer quelque peu. Et si son incarnation actuelle représente la ligne « dure » d'Aramila, la vérité est que les mythiques fondateurs de l'Ordre seraient tout simplement horrifiés de voir maintenant appliquer leurs préceptes avec tant de laxismes et d'indulgences déplacées.

En réalité, la survie de l'Ordre repose aussi sur un intérêt bien compris du Concile qui a, en conséquence, favorisé leur maintien à dessein. En effet, quoi de plus utile que la présence de « méchants » lorsqu'on souhaite rappeler au reste du monde combien on est soi-même profondément gentil et tolérant ? L'Ordre sert donc ainsi d'épouvantails, se chargeant de rappeler par leur simple existence les positions extrémistes du Concile de Dainsbourg, renforçant par contraste le dogme de celui d'Aramila. Qui plus est, l'Ordre est constitué de limiers professionnels, ce qui est toujours un atout agréable à garder sous la main lorsqu'on se met en tête d'interdire la foi du Treizième Cercle ou du Cincum.
Cette relation donnant-donnant se reflète dans les prérogatives de l'Ordre, officiellement apte à enquêter et rendre la justice au nom d'Aramila avec toute la sévérité qui sied à leur réputation. Dans les faits, les prévenus ont un droit de recours auprès des prêtres orthopraxes, aptes à casser le jugement ou alléger la peine. Une comédie parfaitement huilée où chaque acteur joue  consciencieusement son rôle pour renforcer la réputation respective de chacun. Quant aux hérétiques dont le Concile aimerait bien se débarrasser sans se salir les mains, ils ont étrangement un mal fou à trouver à prêtre se déclarant compétent pour rejuger leur affaire…

Plus récemment, sous l'impulsion de la Cardinale Victoria d'Andurail-Sélénée, actuelle numéro trois et étoile montante de la congrégation, l'Ordre a commencé à faire davantage parler de lui, notamment sur le plan des expéditions. En effet, l'Ordre prétend que la Malice n'existe en réalité que dans le cœur des hommes et que la Brume n'est en fait que le reflet des âmes qui s'y aventurent. En interdisant à la population de s'approcher de la Brume, l’Église aurait trop laissé le champ libre à la lie de l'Humanité qui n'a eu cesse ainsi de contaminer la Brume par sa bassesse et sa vilenie, donnant corps à leur Malice. Afin de contrebalancer cette influence néfaste, il convient d'urgence d'envoyer des missionnaires explorer et purifier la Brume, ainsi que les expéditions qui s'y aventurent, afin de rétablir l'équilibre. C'est une véritable cause Sainte à laquelle tout homme de bien est convié à se consacrer.
À ce jour, le Concile Œcuménique n'a pas réagi officiellement à cette interprétation, laissant ainsi le champ libre à tout à chacun pour décider de la soutenir ou non. Probablement parce que, bien qu'en décalage avec les dogmes établis, cette thèse offre néanmoins une solution théologique élégante aux problèmes éthiques des Aramilians souhaitant s'aventurer légitimement dans la Brume au nom de leur foi.

Description Physique


« Il était grand, … »

Grand, Judicaël l'est indubitablement avec son bon mètre quatre-vingt-dix et des poussières. Une silhouette allongée et dégingandée, de longues jambes élancées, d'interminables bras aux doigts déliés… Il n'échappera pas à l'observateur attentif que le jeune homme possède une carrure gracile, voire même carrément fluette. Un poids plume dont on se demande bien où sont passé les muscles.
Pour essayer de se donner une allure plus imposante, Judicaël aime s'emmitoufler dans son grand manteau pourpre d'Inquisiteur. Si les grosses épaulettes d'argent produisent certes leur petit effet, reste qu'il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer que le jeune homme flotte un peu dans ses vêtements trop larges pour lui.

« … il était beau, … »

La beauté étant une notion éminemment subjective, cantonnons-nous donc plutôt au factuel. Ses cheveux, blonds comme le désert, sont coiffés en une extravagante coupe en brosse mettant judicieusement ses épis en valeur. Sous un front large et volontaire, son visage, fin et expressif, abrite des yeux profondément enfoncés dans leurs orbite aux prunelles grises. Visible comme le nez au milieu de la figure se trouve justement son roc, son pic, son cap, disons-le même, sa péninsule ! ; aquilin et effectivement un tantinet plus long que la moyenne. Une large bouche aux lèvres fines complètent ce tableau.
Judicaël porte aussi de grosses lunettes rondes, qui lui glisse constamment sur le nez, l'obligeant à les rajuster régulièrement du bout des doigts. En réalité, le jeune homme ne souffre d'aucun défaut oculaire : ces besicles sont aussi factices qu'inutiles. Mais il s'agit là d'un cadeau de Victoria qui les lui a offert en assurant qu'il avait l'air plus intellectuel avec. Aussi se fait-il donc un devoir de les porter bien docilement en toute circonstance. Il tient d'ailleurs à cet accessoire plus qu'à la prunelle de ses propres yeux.

« … il sentait bon le sable chaud. »

Heu… Hum. Alors oui mais non, c'est un peu plus compliqué que cela.

Sable, terre, poussière, on peut trouver effectivement souvent de tout cela – et plus encore ! – sur la livrée de Judicaël, notamment du fait de son incroyable propension à jouer par terre avec les gamins. Et même lorsque ce n'est pas le cas, reste que ses vêtements sont clairement usés, élimés et maintes fois reprisés. Le jeune homme est du genre à s'attacher à ses affaires et à ne s'en séparer que contraint et forcé, lorsqu'ils deviennent vraiment absolument inutilisables. Bien sûr, on pourrait lui faire remarquer que son absence de prestance vestimentaire porte préjudice à la réputation de son Ordre, mais Judicaël aime à répondre que, comme bien souvent dans la vie, c'est le contenu et non le contenant qui importe réellement.

Quant à l'odeur, bien que Judicaël traîne aussi beaucoup avec les animaux, il est très à cheval sur l'hygiène et se lave régulièrement. En conséquence, il sent donc hélas plus le savon que le sable chaud. Néanmoins, tout n'est pas perdu : si d'aventure vous parveniez à substituer son savon habituel par une version parfumée à votre goût, tout reste encore jouable…

Description Psychologique


Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Judicaël n'est pas croyant. À ses yeux, Inquisiteur n'est qu'un simple métier comme un autre, ni plus ni moins. Pour le commun des mortels, un tel secret serait des plus périlleux à cacher à Amarila. Mais le jeune homme à l'avantage d'études poussées en théologie couplée à une mémoire impressionnante sur le sujet : avec à sa disposition plusieurs siècles de textes religieux, tant orthodoxes qu'orthopraxes, déclinés sous d'innombrables courants, essais, controverses et autres interprétations, le jeune homme s'avère finalement capable de justifier à peu près n'importe quelle décision ou prise de position au nom de la foi. Outre l'octroi de son titre de « docteur à l'habileté tortueuse », cette petite particularité lui procure surtout l'insigne avantage de lui permettre d'avoir ainsi toujours théologiquement les coudées franches pour agir en fonction de ce qu'il estime bon et juste.

Car s'il n'a pas la foi, Judicaël n'en dispose pas moins d'un solide sens moral. Il y a le bien, il y a le mal et il est du devoir de tout à chacun de promouvoir le premier au détriment du second. Peu importe la loi, la foi, la tradition ou quoi que ce soit d'autres, ce qui importe, c'est de faire ce qui est bon et juste en toute circonstance. Et le jeune homme est prêt à se dépenser sans compter pour appliquer ce principe de base élémentaire, quelle que soit la situation.

Avec un tel caractère, on serait en droit de se demander ce que Judicaël peut bien fiche dans un Ordre d'Inquisiteurs Orthodoxes. La réponse tient en trois mots : Victoria d'Andurail-Sélénée. Car si le jeune homme n'est pas prêt à croire en de vieux Esprits perdus que personne n'a jamais vu et dont personne ne se soucie plus vraiment réellement, la Cardinale, elle, existe bel et bien. Et elle a d'ores et déjà accompli son lot de miracles à son endroit, s'attirant de fait la gratitude éternelle et la loyauté absolue de son protégé. Victoria tient ainsi lieu de figure maternelle pour Judicaël et il est prêt à tout pour la contenter et la rendre fière de lui.

La famille est d'ailleurs une corde très sensible pour le jeune homme. Orphelin depuis toujours, il chérit et fantasme le concept, le tenant pour la chose la plus précieuse et sacrée en ce monde. En conséquence, Judicaël n'a que mépris voire haine envers ceux qui ne respectent pas ou, pire !, œuvrent à l'encontre de leur propre famille. Sa véhémence et sa virulence à cet égard n'ont finalement d'égales que le dépit et la jalousie qu'il ressent au plus profond de lui-même de ne pas en avoir une à lui.

Cette facette de sa personnalité, comme nombres d'autres, n'ait néanmoins pas aisément discernable, puisque, la vaste majorité du temps, Judicaël s'attache à la cacher derrière un masque de bonne humeur et de légèreté, parfois sincère, parfois totalement artificielle.

Ce n'est néanmoins pas un hasard si le jeune homme s'est forgé un tel mécanisme de défense. Car il cache un secret beaucoup plus trouble et, paradoxalement, beaucoup moins discret : l'insanité qui le ronge au quotidien.
D'une façon ou d'une autre, le cerveau de Judicaël est différent. Certes, le jeune homme réfléchit vite et bien, a l'esprit vif et clairvoyant et dispose d'une capacité de collectes et de croisements d'informations parfois proprement stupéfiante. Mais hélas, poussée à l'extrême, cette perception différente de "la réalité" qui est la sienne le conduit parfois à des comportements totalement irrationnels, comme lorsqu'il est sujet à des délires de persécutions paranoïaques ou bien se met à dialoguer avec ses reflets. De petits détails mineurs qui, néanmoins, ne manquent pas de mettre la puce à l'oreille de ceux qui le côtoient quotidiennement.

Pour cette raison, le jeune homme préfère donc largement mieux traîner avec les animaux ou les jeunes enfants, qui partagent l'adorable particularité de l'accepter comme il l'est sans jamais le juger, quel que soit son niveau d'excentricité.

Inversement, Judicaël a la phobie du corps médical en général et des médecins en particulier, qui n'attendent jamais rien qu'une occasion pour le trépaner et lui arracher la cervelle, ces sales monstres aseptisés ! Cette phobie s'accompagne en sus d'une peur-panique de l'enfermement. Moins de la claustrophobie en tant que telle qu'une véritable terreur à l'idée de n'avoir plus aucune échappatoire et de se faire coincer pour être restreint de force, que ce soit via des sangles, des médicaments ou une pièce capitonnée.

Habiletés et pouvoirs

La Pelle de l'Inquisition
Lors de leurs accessions au rang d'Inquisiteurs, l'Ordre fait gracieusement don aux heureux élus d'une arme de leur choix forgée par un maître-artisan au sommet de son art. Mais même Victoria fut quelque peu surprise par la réponse de Judicaël lorsqu'on lui demanda ce qu'il désirait. Une… une pelle ? Oui, une pelle !
Sentant bien que ça ne faisait pas très sérieux, Judicaël entreprit donc d'aligner ses arguments. Correctement utilisée, une pelle peut bien évidemment servir de pelle, mais en improvisant un peu, elle peut aussi servir de hache, de pied-de-biche, de javelot, de rame, de grappin, de paratonnerre, de poêle, d'ardoise, de catapulte, de miroir, de bâton de marche, de sémaphore, d'échelle, de canne à pêche, de raquette, de porte-drapeau, de tambour, de skate, de…

C'est ainsi que Judicaël se retrouva en possession d'une Pelle de Maître. Rien à voir avec les babioles méprisables produites à la chaîne par les cités industrialisées, non, non, non… Celle-ci a été amoureusement façonnée par un maître-artisan de premier choix, une véritable œuvre-d'art d'une simplicité géniale et d'une robustesse à toute épreuve. La Joconde des pelles, le Stradivarius des outils de jardinage, l'Excalibur des chantiers et bien plus encore !
Riez, pleurez, il n'y en a qu'une comme ça et c'est Judicaël qui l'a.

Danse avec les coups
Dans certaines salles obscures d'Opale, le public s'esbaudit devant des projections de saynètes plus vraies que nature où des héros chatoyants savatent à tour de bras des hordes de figurants parfaitement incapables. Un divertissement de choix, qui mise sur la suspension consentie d'incrédulité des spectateurs : hahaha ! Pensez donc, un quidam lambda capable de casser la margoulette à un peloton de cadors surarmés, aucune chance que cela puisse se produire dans la réalité !
Sauf qu'en ce qui la concerne, la réalité a un tout autre avis sur la question et le prouve régulièrement en donnant naissance à divers experts en arts martiaux.

Judicaël fait partie de cette engeance monstrueuse, même s'il le doit plus à un sens inné du combat renforcé par l'expérience accumulée à la (très) dure au cours d'innombrables affrontements que par un entraînement des plus rigoureux. Et sachez que si on prétend qu'il n'existe pas d'armes plus dangereuse qu'un bâton, c'est bien uniquement parce qu'"on" n'a jamais vu un bâton surmonté d'une tête de pelle en action. Au combat comme dans la vie, Judicaël ne fait qu'un avec son arme fétiche et la manie avec autant d'aisance et de dextérité qu'un opossum sa queue préhensile.

Bien évidemment, il est vrai que toute cette débauche technique n'est rien face à la toute puissance des armes à feu et Judicaël en est bien conscient. Mais s'il ne lui viendrait jamais à l'esprit de charger tête baissée un peloton de fusiliers – au risque de lui mettre un peu trop de plomb dans la tête – un affrontement à ses conditions ne lui semble absolument pas insurmontable non plus.

L'homme qui murmurait à l'oreille des animaux
Judicaël s'entend bien avec les animaux, c'est ainsi. Aucun pouvoir particulier, il ne communique pas réellement avec eux et réciproquement – ce qui n'est probablement pas plus mal pour chacun – il ne les contrôle pas et il ne les comprend pas non plus. Il dispose simplement d'une empathie un peu plus développé pour la gent animale et, peut-être par sa voix basse et grave, peut-être par ses gestes doux et calmes, peut-être par un mélange de tout cela ou tout autre chose, il fait facilement ami-ami avec eux.

Il n'est ainsi pas rare que dix minutes après qu'il ait fait connaissance avec le chat de la maisonnée, le matou s'installe en ronronnant sur les genoux de Judicaël pendant que son propriétaire jaloux se plaint à qui veut l'entendre qu'il ne fait pourtant jamais ça d'habitude, le sale traître !

Chiens, chats, vaches, chevaux, peu importe… Judicaël aime et s'entend avec toute sorte d'animaux.
Et gare aux malheureux qui commettraient l'erreur d'en maltraiter un sous ses yeux.

La bombe humaine
Le cerveau humain est une merveille d'ingénierie biologique, fruit de milliers d'années d'évolutions naturelles, qui le rend apte à concurrencer voire surpasser même les ordinateurs les plus modernes d'Opale. Celui de Judicaël, en particulier, turbine toujours à cent à l'heure : il analyse, associe, effectue des recoupements et détecte constamment des liens de causes à effets. Il est capable de se concentrer sur plusieurs tâches simultanément et de théoriser, analyser et résoudre des problèmes à une vitesse phénoménale. Sa vivacité d'esprit et son acuité lui permettent de repérer des détails infinitésimaux, imperceptibles aux communs des mortels et parfois même absolument et totalement inexistants !

Car oui, la perception du monde de Judicaël se situe quelque part à la lisière entre le monde réel et une autre version fantasmagorique qui n'existe finalement que dans sa tête. Ce qui n'est pas sans poser quelques menus problèmes de la vie de tous les jours, tant agir rationnellement peut s'avérer des plus complexes quand la raison est parasitée par de nombreuses interférences.

Bref, accompagner Judicaël se résume souvent fâcheusement à devoir canaliser une tempête imprévisible qui part inexorablement dans tous les sens. C'est systématiquement épuisant, c'est régulièrement absurde, c'est souvent navrant et c'est immanquablement ingrat…
Mais c'est toujours trépidant.

Biographie


« Mon plus lointain souvenir, c'est une scène fugace, un flash mémoriel. Je n'ai que quelques mois et je suis dans les bras de ma mère. Les détails sont flous, mais je vois un sourire débordant de tendresse. De grands yeux verts. Une odeur agréable. Une sensation de chaleur et de bien-être.
Je sais pertinemment que nous ne sommes pas censé avoir de souvenirs de cette période de notre vie et je m'en moque. Moi, je me souviens et c'est tout ce qui importe. Il est mon souvenir le plus précieux et je le chéris jalousement.

« Mon premier souvenir d'enfance, c'est une grande bâtisse de bois sombre, vieille, funeste et oppressante. L'orphelinat pour garçon de Saint-Jacques-du-Désert. J'y suis élevé par la congrégation de religieux qui s'en occupent. Les Pères y sont sévères, mais justes. Pour autant, cet endroit m'effraiera et me mettra mal à l'aise aussi longtemps que j'y resterai. Ce n'est qu'une fois adulte et au contact du monde que je finirai par mettre le doigt sur ce qui n'allait pas : il n'y a ni rires ni joie. Jamais. Les Pères ne nous prodiguent aucune affection et nous dressent plus qu'ils ne nous élèvent. C'est définitivement un endroit malsain. Je ne souhaite à aucun gamin d'en passer par là.
J'étais un singe savant. En d'autres lieux, en d'autres mains, peut-être serais-je devenu un génie. Mais les Pères ne voyaient en moi qu'un vase à remplir du plus de connaissances possibles et j'ingurgitais tout sans me poser de question. J'étais trop jeune et malléable pour seulement envisager que d'autres alternatives étaient envisageables. Mon niveau d'instruction dépassait largement celui des plus anciens. Les autres enfants me haïssaient pour cela. J'étais infiniment malheureux mais sans point de comparaison, je n'étais même pas en capacité de m'en rendre compte.

« Quelques années plus tard, je m'enfuis de l'Orphelinat. Je cours dans la nuit, aussi vite que mes jambes peuvent me porter. Loin, très loin, le plus loin possible. Échafauder un plan d'évasion n'aura finalement pas été si compliqué, ne me manquait que le courage de passer à l'acte. À défaut, la terreur constitua un excellent expédient. Je n'avais pas d'autre échappatoire.
J'ignore quand tout cela à réellement commencé. Peut-être cela n'a-t-il même jamais
commencé. Peut-être cela a-t-il toujours été là, simplement invisible aux yeux des autres. J'ai toujours été plus rapides et plus intelligents que les enfants de mon âge. Je perçois, j'analyse et je déduis plus vite. Je pense plus vite. Et j'agis en conséquence. Et c'est bien là que le bât blesse : les autres sont trop lents, trop aveugles et trop stupides pour comprendre tous les tenants et aboutissants de mes actes. Pire, ils ne comprennent pas lorsque je le leur explique. Plus particulièrement les Pères, qui sont persuadés que je perds la raison.
M'estimant possédé, ils m'ont fait faire exorciser. À plusieurs reprises. Cela n'a bien évidemment rien changé. Je suis moi, il n'y a que moi et il ne peut y avoir que moi. Bien mal m'en a pris de le leur expliquer. En désespoir de cause, ils se sont tournés vers la médecine. Je les ai entendus discuter à travers le plancher, la veille de ma fuite. Les médecins veulent m'ouvrir le crâne et m'enlever mon cerveau. Je ne m'y connais guère en anatomie mais les livres des Pères disent que le cerveau est le siège de notre âme immortelle. Jamais je ne les laisserai m'en priver !
C'est pour cela que je fuis. Depuis lors et toujours encore.

« Le 19 Nagidir 1886. Je l'ignore encore mais ce sera le jour le plus important de ma vie et il le restera quand bien même je devrais vivre encore mille ans. Mais ce jour-là, j'ignore même quelle date il est, ce n'est encore qu'un jour comme les autres.
Après ma fuite de l'orphelinat, j'ai été recueilli à l'auberge d'une petite bourgade. Les tenanciers me nourrissent et m'autorisent à dormir dans l'étable. Je passe le plus clair de mon temps avec les animaux et cela me plaît. Ils n'attendent rien de moi qu'un peu d'attention et d'affection, ils m'acceptent comme je suis et n'exigent rien en retour. Je préfère les animaux aux adultes. Par la force des choses, cette situation a perduré et je suis donc devenu le petit lad officieux de l'auberge.
Ce jour-là, donc, marque l'arrivée de l'Inquisition du Griffon Pourpre en ville. L'émoi est considérable, les gens ont peur et deviennent nerveux. C'est encore plus vrai pour les tenanciers de l'auberge, qui vont devoir les loger. Le patron me répète au moins dix fois d'être un bon garçon, de ne pas faire de bêtise et de ne surtout pas attirer leur attention.
On me demande de m'occuper de leurs chevaux et de monter leurs bagages dans leur chambre et je m'exécute. Mais pendant que je dépose l'un des sacs dans l'une des chambres, un objet en tombe. Un livre ! Cela me semble une éternité depuis que je n'en ai plus vu un. J'hésite, mais la tentation est trop forte et j'y jette un rapide coup d’œil.
Tout d'un coup, je sursaute. Je voulais simplement y jeter un coup d’œil et j'en ai finalement déjà lu les deux premiers chapitres. Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé tandis que j'étais profondément plongé dans ma lecture. Mais une dame est maintenant là, adossée au chambranle de la porte et me fixe depuis probablement un bon moment. Elle n'est pas très grande mais elle dégage un tel air d'autorité qu'on dirait qu'elle occupe toute la pièce, que l'espace lui-même ne se construit qu'autour de sa seule présence. Les consignes du patron me reviennent en mémoire et je prends peur. L'angoisse et la panique me tétanise alors que je ne sais pas quoi faire. C'est alors qu'elle me parle et sa voix est aussi impressionnante et écrasante que son apparence. Elle semble étonnée qu'un petit bonhomme comme moi puisse lire un tel livre. Elle me pose des questions mais je n'arrive pas à parler, j'ai perdu ma langue et je suis encore plus terrifié.
Alors elle me dit que je peux partir avec le livre du moment que je le lui rapporte quand je l'aurais fini. Je file prestement sans demander mon reste, mais quand je passe à côté d'elle pour sortir, je ne peux pas m'empêcher de lui jeter un dernier regard. Elle m'observe et elle me sourit.
Elle a de grands yeux verts.

« Les semaines passent. L'Inquisitrice s'avère être la comtesse Victoria Abigail Léocadie d'Andurail-Sélénée. Elle passe me voir quasiment tous les jours à l'écurie et m'apporte souvent d'autres livres. Au tout début, elle m'effrayait un peu, mais en fait, elle est très gentille. Petit à petit, je me suis senti suffisamment à l'aise pour parler avec elle. On discute de beaucoup de choses ensemble. Souvent, elle me propose des énigmes à résoudre. Certaine sont faciles, d'autres me prennent parfois plus de temps. Victoria ne se fâche jamais, même quand je ne sais pas. D'ailleurs, elle-même ne connaît pas toutes les réponses et il lui faut des fois plusieurs jours pour vérifier si j'ai trouvé le bon résultat. Bref, ce sont alors des jours paisibles et heureux.
Naturellement, j'aurais voulu que les choses restent ainsi pour toujours. J'ai donc été catastrophé le jour où Victoria m'annonce que son travail ici est fini et qu'elle doit repartir. C'est alors qu'elle me propose de la suivre jusqu'à Aramila, la grande cité, afin d'intégrer le Séminaire de l'Ordre du Griffon Poupre. En réalité, notre petit jeu des énigmes n'en était pas totalement un : à travers lui, elle m'a utilisé pour l'aider à avancer dans ses enquêtes en cours. Elle pense que je suis un limier-né et que je passe à côté de ma vocation en restant ici. Elle veut que je la rejoigne au sein de l'Ordre.
J'hésite. J'ai peur : cela fait longtemps que j'ai abandonné les cours avec les Prêtres. Ne suis-je pas trop vieux pour recommencer ? Elle rit et me répond dans un sourire que ce n'est pas le cas et que, quand bien même, il n'est jamais trop tard pour apprendre.
Elle a de grands yeux verts.
J'ai dit oui.

« Il n'y a pas grand-chose à dire sur mes années d'études. J'étais le plus jeune du Séminaire. Largement. Mais j'étais aussi le plus doué. Et de loin. Tout au long de mon initiation, Victoria a gardé un œil sur moi. Bien que ses visites physiques se soient espacées du fait de ses responsabilités croissantes, je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle a veillé sur mon parcours. Je l'ai su dès les premiers mois de mon arrivée à Aramila. Lors de l'incident du sanatorium.
Je ne sais plus vraiment comment j'y avais atterri. Probablement des autorités sourdes, aveugles et obtuses, incapables d'interpréter les signaux comme je le fais. C'est habituellement le point de départ de ce genre de tracas, en ce qui me concerne. Maintenant, j'ai l'habitude, mais la première fois, j'étais absolument terrifié, tout simplement anéanti. J'étais enfermé dans une petite pièce, sanglé à un lit. Malgré les hurlements qui m'entouraient – dont les miens – je pouvais presque entendre des médecins non loin aiguiser leurs lames pour m'arrache mon âme. Je me suis débattu comme un beau diable, j'ai sangloté toutes les larmes de mon corps, j'ai supplié tous les Esprits qu'on nous avait appris, mais rien n'y a fait. J'ai appelé en vain à l'aide, quelqu'un, quelque chose, n'importe quoi. Et l'instant d'après, la porte se déverrouillait et Victoria écrasait toute la pièce de sa simple présence.
Un regard sévère, un mot, un geste, et les médecins se sont recroquevillés de terreur devant elle avant de me délivrer bien servilement. Elle m'a prise dans ses bras et m'a réconforté. J'ai essayé de lui expliquer, de m'excuser, de dire que c'était une erreur, que je n'étais pas fou du tout. Elle a écouté mes bafouillements incompréhensibles, puis elle m'a ébouriffé gentiment les cheveux et m'a juste dit "rentrons à la maison".
Je l'ai suivi. Je l'aurais suivi même jusqu'en enfer, à ce moment-là.
Et ça n'a pas changé depuis lors.

« Le 8 Themiatis 1893 est un jour central de ma vie, bien qu'il ne se soit officiellement rien passé ce jour-là. Cela fait maintenant quatre ans que j'ai quittés les bancs du Séminaire et que j'officie comme limier pour l'Ordre. Je ne suis pas seulement bon, je suis excellent. Ce qui est tout à fait normal, puisque c'est bien le moins que je puisse faire pour honorer la confiance que me porte la toute nouvelle cardinale Victoria. En dépit de ce que les autres appellent "mes petites excentricités", la qualité et la régularité de mes résultats me valent une promotion. Je serai élevé au rang d'Inquisiteur dans quelques jours.
Pour que cela devienne possible, il a donc fallu me faire adopter. En effet, une règle datant de la Grande Époque stipule que seule la noblesse a le droit d'intégrer l'Inquisition, car elle seule dispose du l'intellect et des connaissances suffisantes pour mener sa tâche à bien. Ce n'est pas bien grave : au cours des derniers siècles, je ne serai pas le premier Inquisiteur de basse-extraction à être adopté afin contourner cette règle.
Je vais intégrer la famille du Baron de Hautedune. Cela a provoqué des sentiments ambivalents en moi. J'étais déçu, parce que c'est la famille d'Andurail-Sélénée que j'aurais voulu pouvoir rejoindre. Mais en même temps, j'étais heureux et excité : une famille ! C'était mon rêve depuis l'orphelinat.
Malheureusement, le baron a été on ne peut plus clair sur ce sujet. Lui et les siens ne veulent rien avoir à faire avec moi. J'ai même signé une déclaration d'honneur attestant que je renonçais à toutes prétentions sur leurs biens et héritages. Ils me prêtent simplement leur nom, mais ils m'ont bien fait comprendre que je n'étais pas des leurs et que jamais je ne ferai réellement partie de leur famille. En définitive, ils n'ont accepté cette demande de la Cardinale qu'afin d'être dans ses petits papiers mais ils ne veulent pas de moi. Je resterai seul.
Ce jour-là précisément, nous sommes dans le bureau de Victoria. Elle m'explique que je dois changer de nom : traditionnellement, les nobles aiment aligner toute une ribambelle de prénoms sophistiqués pour se démarquer du peuple. Le mien est trop simple, trop court et trop seul pour convenir, aussi ne puis-je donc pas le garder. Elle me demande si j'ai une préférence, mais nous savons tous les deux que je me contrefiche de ce genre de détails futiles. Alors elle me sourit et me propose Judicaël, Adhémar et Cassien. Leurs initiales me rappelleront ainsi toujours mon ancien prénom, afin que je n'oublie jamais mes origines, les fondations de ce que je suis maintenant.
Ce sont les plus beaux noms que je n'ai jamais entendus, parce que ce sont ceux que Victoria m'a donné. Je les porterai avec fierté.

« Le 8 Ioggmar 1896 est un jour charnière pour moi comme pour l'Ordre. Ce jour-là, Victoria est venue me trouver. Elle m'explique qu'elle veut que l'Ordre trouve une solution pour légitimer des expéditions dans la Brume d'un point de vue théologique. Presque deux millénaires de catéchismes s'y opposent formellement, mais Aramila ne peut se permettre ni de rester en retrait de la course qu'ont entreprise les autres Cités, ni de compromettre sa crédibilité et son intégrité vis-à-vis de la Foi en adoptant le point de vue et les pratiques des hérétiques. Aramila a désespéramment besoin d'une solution et si celle-ci devait provenir de notre Ordre, notre position politique et notre influence s'en trouveraient grandement renforcées.
Victoria pense que je suis le seul de l'Ordre, si ce n'est d'Aramila, a disposé à la fois de l'intelligence, des connaissances et d'une… certaine… plasticité religieuse… pour pouvoir réussir la quadrature du cercle. Elle veut que je développe et soutienne une thèse théologique résolvant le dilemme d'Aramila.
Je suis heureux et flatté qu'elle m'en pense capable. Mais je ne suis pas un homme de lettre et encore moins un théologien. Je n'ai pas les compétences requises pour mener cette tâche à bien et je le lui fais remarquer.
Elle me répond dans un sourire qu'elle a confiance en moi car j'apprends vite.
Elle a de grands yeux verts.
J'ai accepté.

« Le 4 Raphalos 1899 constitue la consécration de mes travaux. Mes analyses et les développements que j'ai portés et défendus sont reconnus par les pairs les plus éminents de notre Ordre ainsi que des sages et des théologiens d'Aramila. J'ai su dégager un
doute raisonnable sur l'hypothèse que la Brume ne soit qu'un réceptacle miroir de l'âme humaine et, qu'à ce titre, en n'y laissant que la lie de l'Humanité s'y aventurer et prospérer depuis des siècles, nous l'ayons laissé corrompre. Simple à penser, mais infiniment plus complexes à étayer en s'appuyant uniquement sur les réflexions et les observations des grands prêtres et courants religieux du passé. Cela n'a pas été facile mais je suis pourtant parvenu à ce tour de force. En cet honneur, on me décerne donc le titre de docteur à l'habileté tortueuse.
Mais tant le titre, que les félicitations ou la reconnaissance de mes travaux m'importe peu. Car la seule chose qui compte à mes yeux, ce jour-là, c'est le regard de Victoria. Elle est fière de moi, plus qu'elle ne l'a jamais été. Et cela me rend heureux.

« Quelques mois ont passé depuis lors. Aujourd'hui, Victoria m'a demandé de participer à une expédition dans la Brume. Elle pense qu'il est important que l'auteur de cette thèse la défende aussi par ses actes. C'est primordial pour qu'elle gagne en crédit et que d'autres l'adoptent à leur tour. Et pour que l'influence et le rayonnement de l'Ordre s'accroissent en parallèle.
J'ai bien conscience des tenants et aboutissants de tout ce que cette demande implique. Beaucoup de choses sont en jeu, notamment pour elle et son ascension au sein de notre Ordre. Un échec aurait des conséquences dévastateurs, or je ne suis pas un aventurier et encore moins un explorateur. Je ne possède ni les connaissances ni les aptitudes nécessaires à ce genre de tâche et je le lui fais remarquer.
Elle me répond dans un sourire qu'elle a confiance en moi car j'apprends vite.
Elle a de grands yeux verts… »


L'Ami Imaginaire de Ryosuke

Timide et fragile. Ignorez-moi juste.
De toute façon, ça me prendra une éternité ou deux pour sortir de ma coquille.

Sam 3 Juin - 23:41
C'est un bien beau pavé que voici, il me tarde de plonger le nez dedans, bienvenue !
Dim 4 Juin - 10:33
Bienvenue ! J'ai passé un très bon moment en lisant ta fiche, c'est vraiment très bien écrit et je me plongerais volontiers dans un roman sur Judicaël s'il en existait un. Hâte de le voir à l'action !
Dim 4 Juin - 12:40

Gloire à la Sainte Pelle !

Antoine Daniel serait si fier...

C'est fluide, c'est complet, plaisant à lire et de sentiments chargé. Avec Judicaël, on grandit, découvre le monde, affronte ses peurs et sa vision décalée de l'immensité. On a envie de le protéger, un peu, ce petit bonhomme, de le voir évoluer, obtenir l'affection qu'il semble tant désirer, et amplement mériter. On veut le voir pourfendre des créatures sordides dans la Brume avec sa Pelle divine, aussi, créer un art martial spécialement dédié à ce sublime objet, et pourquoi pas, tant qu'on y est, semer la zizanie au sein des Terres Saintes, si calme et paisible ? Il nous tarde, vraiment, de le voir remuer un peu tout ça, creuser les méandres de l'inconnu, et mener des petits jardiniers en herbe dans le brouillard, dans l'espoir d'y faire fleurir quelques parcelles malicieuses !

(+) Nous t'invitons chaudement à faire entrer l'Ordre Réformé des Chevaliers Orthodoxes du Griffon Pourpre dans les annexes du forum ; il serait dommage de laisser une telle invention sans possibilité d'expansion !

Rang : Noble
Pouvoir / Arme :  La Pelle de l'Inquisition
Affinité : 5 PA
Astra : +200 Astra

La suite logique

Avant d'aller RP, assure toi de bien recenser ton avatar pour que personne ne te le prenne. Si tu ne sais pas avec qui commencer, tu peux toujours faire une recherche de partenaires ou répondre à celles en cours. Accessoirement, tu peux aussi poster ta fiche pour récapituler tes liens, ta chronologie, tes possessions... Enfin, si ton personnage fait partie d'une organisation, n'oublie pas de demander à la rejoindre ou à l'ajouter, si elle n'existe pas encore.