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Homme nie science - Post event

Homme nie science - Post event Brandw10
Ven 12 Jan - 19:31

Homme nie science

Avec Elizawelle Flatterand et Chaya Lelwani



En sortant du Zeppelin, Lewën se laissa porter par les ordres, la fatigue accumulée de ce qu’ils venaient tous de vivre et les recherches dans la bibliothèque d’omniscience eurent raison de sa vitalité. Il avait pris soin de dissimuler le cristal divin dans celui de spatiokinésie, lui-même rangé dans une poche cachée de son veston.

On l’accompagna jusqu’à une pièce avec son homologue Epistote, et bientôt les interrogatoires sur leur mission commencèrent.
- Ce que nous avons à révéler concerne toutes les nations, annonça le médecin. L’alliance doit être présente. Devant lui, des agents Opalins. Il n’était pas des plus à l’aise avec eux et savait pertinemment qu’ils apprendraient tôt ou tard leurs mésaventures. Les gardes insistèrent et Lewên ne batailla pas davantage.
- Nous n’avons pas arrêté le Régent, il s’est enfui, c’est le Mandebrume.

Une révélation qui en cachait d’autres mais qui donnait assez de matière pour qu’on le laissa tranquille. Curie éternua, Lewën la sortit de sa sacoche pour qu’elle se dégourdisse les pattes.
- Puis-je partir ? J’habite Opale, vous me retrouverez sans mal si vous souhaitez un nouvel entretien.

On le fit patienter, encore et encore, jusqu’à ce qu’un officier vienne le trouver. On ne lui posa pas de question cette fois-ci, on lui apprit cependant ce qu’il était advenu dans la ville Lumière il y avait de cela trois jours maintenant. Le sang de Lewën ne fit qu’un tour, il blêmit plus encore en pensant à Elizawelle. Et si … ? Il se refusait de penser au pire, la peur ranima chacun de ses membres qui se tendirent à s’en déchirer.
- Je dois partir ! ordonna-t-il.

L’officier n’eut guère besoin de poser des questions pour comprendre l’urgence du médecin.
- Allez y, la ville est de nouveau sous contrôle. il rattrapa l’Epistote qui déjà se dirigeait vers la porte. Si vous ne retrouvez pas vos proches, revenez vers moi … Nous avons répertorié … les pertes.

Sans plus attendre l’homme s’élança, sa musaboise se cramponnant sur son épaule. Les rues étaient meurtries par les récents évènements, rajoutant à l’angoisse du médecin. Il rejoignit directement la maison d’Elizawelle qui semblait déserte, il eut beau frapper à la porte, aucune réponse. Aucun mouvement derrière les fenêtres, la boule au ventre remonta de plus belle. Son souffle était court, son cœur s’emballait. Il courut jusqu’à son dernier espoir avant de devoir retrouver l’officier des mauvaises nouvelles : la pharmacie d’Izydore, le lieu de leur première rencontre.

Le soleil se couchait nimbant de rouge sang les artères abîmées d’Opale, Lewën courrait à en perdre haleine, entrant en trombe dans l’office.
- Izydore ! héla-t-il en apercevant l’amélioré. Où est El… Une tête apparut à travers la porte de l’arrière boutique lui coupant le sifflet. Il se précipita vers la silhouette pour l’enlacer, à bout de souffle.
- J’ai eu tellement peur, parvint-il à souffler en prenant le visage d’Elizawelle entre ses mains.

Dehors une ombre se camouflait, spectatrice cupide de ces retrouvailles.


Dernière édition par Lewën Digo le Mer 24 Jan - 17:42, édité 1 fois
Lun 22 Jan - 17:36

Homme nie science

Ft. Lewën Digo & Chaya Lelwani

Opale était dans un état lamentable.

En franchissant la frontière de la ville, elle avait tout de suite compris que quelque chose clochait. Les contrôles étaient stricts, les visages tirés et les regards, suspicieux. Les gardes de la douane lui avaient expliqué en quelques mots qu’une attaque du treizième cercle avait eu lieu en ville lors du sommet des dirigeants, sommet qu’elle avait fui dès qu’elle avait eu connaissance de son organisation. Il lui semblait maintenant avoir passé une éternité hors de la ville, alors qu’elle l’avait quittée il y avait à peine une semaine pour accomplir une mission pour la Guilde. Au centre-ville, les gens semblaient hagards, comme encore sous le choc de ce qui était arrivé. Elle se fit aborder par une femme, puis une deuxième, munie d’affiches de recherche pour enfants, mari, frère ou parent. À mesure qu’elle se rapprochait du centre, elle prit conscience de l’ampleur de l’attaque. Des ruines remplaçaient maintenant la superbe allée menant à la Grande Place.

Elle l’avait donc évité, effectuant un détour pour se rendre dans les quartiers de son enfance, une angoisse sourde vibrant dans ses entrailles. Après un passage éclair dans son appartement, elle se rendit chez Isydore. Lui serait certainement en mesure de lui en dire plus... Il ne marqua aucune surprise lorsqu’elle franchit la porte de sa boutique, comme s’il savait qu’elle allait arriver, lui demandant nonchalamment de lui apporter une fiole qui se trouvait plus loin. Elle le questionna sans attendre, sur la présence du fameux médecin qui occupait ses pensées, puis sur les événements qui s’étaient déroulés en ville. Elle apprit avec stupéfaction, entre le passage des clients, tout ce qui s’était déroulé ce jour-là... ainsi que les rumeurs qui étaient parvenues jusqu’aux oreilles du pharmacien. Comme d’habitude, l’esprit analytique de ce dernier lui avait permis de différencier le vrai du faux... et de comprendre la gravité de la situation. Le Mandebrume, ce dieu corrompu devenu Régent, et la Brume, qui avançait désormais vers Opale... jamais la situation n’avait semblé aussi désespérée.

Et pourtant, rien de tout cela n’arrivait à la cheville d’une autre information. À la cheville de cette lettre à l’écriture à la fois élégante, peut-être hésitante... une lettre de Lewën. Elle la relisait pour une énième fois sans comprendre le vertige qui lui enserrait l’estomac. Pourquoi ces mots simples, empreints de cette logique qui ne quittait jamais son ami, l’émouvait autant ? Pourquoi lui manquait-il autant ? Pourquoi était-elle si inquiète de le savoir loin ? Pourquoi ne parvenait-elle pas à écarter ses pensées de lui, même en mission ? Dans les dernières semaines, le moindre bruissement, le moindre mouvement lui avait fait penser à lui. Que lui était-il arrivé ? Où était-il ? Après avoir envoyé un télégraphe à Epistopoli, l’opaline demeura longuement devant l’appareil, jusqu’à ce qu’Isydore la chasse de force, lui assurant qu’elle ne recevrait pas de réponse durant la nuit et lui promettant d’aller la quérir immédiatement si un message arrivait.

Malgré tout, le lendemain matin, elle fut à la boutique dès la première heure, faisant les cent pas sans parvenir à chasser de son esprit les scénarios catastrophes dans lesquels le portebrume subissait les pires atrocités de la Malice ou devenait esclave de sa nebula. Elle aurait sans doute demeuré longtemps dans cette position si la cloche de la boutique n’avait pas retenti à ce moment, accompagnant une voix qu’elle aurait reconnue entre mille, une voix qui paralysa momentanément la zoanthrope. Une seconde plus tard, elle se redressait précipitamment, son cœur battant si fort qu’il lui semblait vouloir sortir de sa poitrine.

Lewën ! souffla-t-elle en rencontrant son regard, d’un murmure plus puissant que le plus grand des cris.

Leurs corps se heurtèrent et une douce chaleur se répandit sous la peau de la jeune femme, courant dans ses veines pour effacer toute trace de la souffrance ressentie plus tôt. Celle-ci refluait, remplacée par une succession de vagues. Étonnement, soulagement, bonheur, passion... Maintenant qu’il était là, maintenant que ses bras l’enserraient, maintenant que ses mains frôlaient sa peau, elle se sentait enfin bien. Complète. Il était là. Il était vraiment là.

C’est vraiment toi... murmura-t-elle, incrédule.

Ses mains caressaient son visage avec douceur, mais c’est une véritable décharge qui traversait le corps de la jeune femme. D’un geste désormais coutumier, elle repoussa la mèche pâle du médecin. Comme une évidence, comme si rien d’autre n’avait d’importance, leurs fronts se rencontrèrent, leur souffle se mêlèrent. Son esprit s’était apaisé, les millions de questions qu’elle s’était posées s’étaient tues alors que son corps entier était parcouru de frissons. Elle ne réfléchit pas, répondant à cet appel d’une douceur et d’une puissance indescriptible. Ses lèvres saisirent celles de Lewën en un baiser empreint de tout le manque, de toute la douleur que leur séparation lui avait causé. Leurs lèvres se mêlèrent avec ardeur, faisant naître dans son cœur une douce euphorie. Lorsqu’ils se séparèrent, un doux rire lui échappa et elle se laissa aller quelques secondes dans les bras de l’epistote.

Ne me quitte plus, souffla-t-elle d’une voix douloureuse.

Isydore, plus discret qu’une ombre, s’était fondu dans le décor de sa boutique, témoin silencieux de cette effusion soudaine. Un sourire en coin étirait ses lèvres alors qu’il continuait de poser de nouvelles étiquettes sur ses produits sans sembler prêter attention au couple. Elizawelle, elle, ne se rendit compte de ce qu’elle disait qu’au moment où ses mots franchirent ses lèvres et, s’ils exprimaient exactement ce qu’elle ressentait, elle les regretta instantanément. Lewën repartirait. Elle-même repartirait forcément. Et pourtant... pourtant, elle n’espérait rien d’autre que de rester en sa compagnie. Mais lui, le voudrait-il ?

*****

Après son arrivée, Elizawelle avait saisi sa main pour l’entraîner dans l’arrière-boutique, où ils s’étaient installés pour parler. L’intensité des retrouvailles s’étant dissipée, Elizawelle s’était retrouvée aux prises avec une certaine timidité, amplifiée par la profondeur des regards qu’ils échangeaient. Pourtant, parler avec Lewën était si simple, si naturel qu’elle reprit bien vite son aplomb. Elle écouta son récit avec incrédulité, l’interrogeant plus longuement sur les évènements improbables qui lui étaient arrivés. Elle-même lui raconta les aventures qu’elle avait vécues et ce qu’elle avait appris sur l’attaque d’Opale. Ils en vinrent à faire le parallèle avec les évènements qu’elle avait vécus à Dainsbourg quelques mois auparavant, et Isydore se mêla alors à la discussion.

Eliza n’avait aucune envie de se séparer de lui. Elle aurait voulu parler avec lui des heures durant, voire même la nuit entière. Mais voilà, la fatigue avait alourdi peu à peu les paupières de l’épistote qui, contrairement à elle, n’avait pas profité la veille d’une nuit réparatrice. Même si quelque chose hurlait en elle de ne pas le laisser partir, elle lui proposa de poursuivre leur conversation le lendemain et le raccompagna à la porte de la boutique. Replaçant encore une fois la mèche de l’épistote, elle lui fit promettre qu’ils se reverraient le lendemain, puis elle le laissa filer. Elle ne détacha pas son regard de l’extérieur avant que sa silhouette ne se perde dans la noirceur de la ville. Une angoisse sourde pulsait au fond de ses entrailles. Était-ce vraiment la seule douleur de la séparation, ou est-ce que son instinct animal la prévenait-elle d’un danger plus grand ?
Jeu 25 Jan - 17:19

They saw a monster.

They'll have a monster..


L'aeronef s'éloigne. Dans son dos, il n'est plus qu'ombre blanche, un fantôme diaphane, symbole de ce qui était mort. Là-bas, au sommet d'une tour, les pieds dans la brume. Ils avaient côtoyés les étoiles. Les étoiles et les dieux. Ils auraient pu s'élever. S'ils avaient osé.. tendre la main.

Le souffle d'Opale file entre les doigts, désespérément vides, de Nemeth. La ville de lumière n'est plus que suie et souffre. Une plaie en son coeur, saigne encore des cendres d'un affrontement qui n'avait fait que fragiliser ce qui, déjà, n'était qu'image illusoire. La stabilité des nations n'avait jamais été que poudre aux yeux, elle serait aisé à faire voler en éclat. Se feraient-ils bientôt la guerre ? Alors que la belle Opale aurait, elle aussi, bientôt, les pieds dans la brume. Tendraient-ils la main à ces opalins en péril ? Des réfugiés de la Brume seraient-ils accueilli à bras ouvert par les autres nations ou seraient-ils répudiés pour les engagements et décisions de leur gouvernement ?

Le monde était injuste. Ainsi étaient ceux qui y vivaient.

Ses doigts se referment sur eux-mêmes et elle se referme, elle aussi, sur elle-même. Silhouette fluette à côté d'Aharon, elle s'efface, le menton bas et le visage fermé, affecté, sans doute, par les épreuves de la tour d'Yfe. Ils seront conduits ailleurs, vers un autre aéronef qui devraient les mener en Aramila. Là bas, Nemeth s'enfermerait dans sa cabine, prétextant épuisement et désir de recueillement. N'étaient-ce vraiment que des prétextes ? Elle aurait bien besoin de prendre du repos. Et de se recueillir ?

Ses paupières se ferment, lasses et lourdes. Ses doigts ne se sont toujours pas dépliés. Désormais, ils formeraient un poing.

Puisqu'on avait refusé sa paume ouverte.
Puisqu'on y avait vu la dextre d'un démon.

Ses vêtements tombent au sol, le contenu de son sac aussi. Avec eux choient des sachets remplis d'épices et de sable, l'odeur du désert, le parfum de Nemeth. Elle se lave rapidement, mécaniquement. Son esprit est clair. Les questions, les doutes, les remords et les regrets, soumis au silence d'un esprit rompu à l'art de la censure. Nemeth, tendre Nemeth, pieuse et sensible Nemeth, disparait sans un cri, sans un murmure ni lettre d'adieu. Non, ce n'est pas tout à fait vrai.

Elle avait fait ses adieux.
À ceux qui oublieraient son nom.
Le croyant faux.

L'Ombre reprend sa place, aussi naturellement, aussi simplement, qu'elle l'avait laissé. Elle glisse, sous les portes et dans les couloirs, s'empare de nouveaux vêtements et rejoint la souffrante Opale. Dans son dos, l'aéronef décolle. Il emporte, vers les cieux, la dernière sépulture de Celle qui avait cru.

Voilà de longues minutes qu'elle attend. Postée sur un toit. Épiant la porte d'une boutique où elle ne mettrait pas les pieds. Il avait couru à en perdre haleine, le brave médecin. La peur tenaillait ses entrailles mais ce n'était pas l'Ombre qui le poursuivait, qu'il craignait. Le futur avait plus d'importance que tout le passé contenu dans le cristal d'Omniscience. Son futur, à Elle, elle dont il saisissait le visage, elle que ses yeux embrassaient, elle que son coeur appelait. Ainsi, le médecin était épris.

Point faible.
Angle d'attaque.

Derrière le masque du monstre, les émotions muselées ne laissent place qu'à la froide analyse d'une mortelle mécanique. La Renarde laisse sa proie profiter de ces retrouvailles. Peut-être craint-elle la féline présence de la dulcinée ou les silhouettes inconnues qui pourraient s'être réfugiées à l'intérieur de la boutique. Elle attendrait. Elle surveillerait. Puisqu'elle ne serait bientôt plus la seule à agir. Ils viendraient, Lewën, ils viendraient tous. Pour le cristal, sans égard à votre simulacre de pacte, ils viendraient et le médecin finirait mort, au mieux. Ou alors, cloué à une porte. Ceux là se serviraient du pouvoir d'un Dieu pour détruire tout ce qu'elle pouvait encore chérir en ce monde.

Les portes de l'Omniscience s'ouvriraient, murmurant sans retenu les noms secrets des caravaniers. L'Ordre s'effondrerait en quelques jours. Avec lui, la Renarde perdrait la seule maison qu'elle ait jamais eu et la seule famille qui l'ait pleinement acceptée telle qu'elle était. Imparfaite et salit. Il lui enlèverait tout cela, le brave médecin, sans même le vouloir.

Elle ne pouvait pas le laisser être la clé de son monde. Pas plus qu'elle ne pouvait la donner à l'Ordre. Parce que sa maison était infestée. Corrompue peut-être. Hantée par les fantômes de l'inquisition et de cette Église capable de torturer son dieu.

La porte s'ouvrait à nouveau, laissant l'homme éreinté mais désormais rassuré quitter ce qu'il avait de plus précieux. Il n'aurait sans doute jamais du la quitter. Pas davantage qu'il n'aurait du mettre les pieds dans ce zeppelin, sur les chemins brumeux du Mandebrume.

Il aurait du rester.
Rester et vivre.
Ignorant mais comblé.

Aimé.

Mais il était parti. Dans les rues obscures d'une ville endeuillée, portant sur ses épaules le poids d'un monde en perdition. Il respire plus librement maintenant qu'il sait son amie hors de danger, ses épaules se relâchent et pour un bref instant, il croira, peut-être, que le pire était derrière lui. C'est ce moment qu'elles choisiront, ces pointes de métal noir, morceaux d'ébène arrachés au ciel nocturne, pour frapper. Concerto silencieux et macabre.

Les pointes métalliques s'enfoncent dans la chair, nuée disciplinée, elles épinglent l'homme au sol en un fragment de seconde, transpercent ses membres pour mieux l'empêcher d'atteindre ses poches, d'accéder à ses précieux cristaux. Face contre terre, deux piques implacables planter dans ses épaules, deux autres sur ses mains, quatre encore, sur ses jambes, il connaitra la douleur. Partagera celle du précédent maître de l'Omniscience.

Après tout..

N'était-elle pas l’Église ?

Une ombre mensongère. Un monstre assoiffé de pouvoir. Ils se tiennent tous là, dans sa silhouette drapée d'obscurité. Une dague tranche à nouveau, le tissu cette fois. Ramène jusqu'à la démone, le précieux butin. Un cristal qui ne ressemblait pas à celui qu'elle avait vu à la tour mais dont elle n'ignorait pas l'utilité. Elle pourrait tout lui prendre en un seul vol. Ce n'était peut-être pas une si bonne idée.. mettre tous les œufs dans le même sac. Le sang qui s'échappe sous le corps du médecin le sait. Elle pourrait tout aussi bien prendre sa vie avec le reste.

Effacer ses traces. Maquiller son crime. Elle savait faire tout cela.
Le monde compterait un médecin de moins.
Et un amour brisé de plus.

Dans l'ombre, la silhouette change, la douleur tord ses muscles, serre sa mâchoire avant de la déformer, ses os se rétrécissent et s'allongent, le monstre revêt sa véritable forme. Pourquoi maintenant ? Elle ne veut pas chercher la réponse qui se trouve devant elle. Ses membres inférieurs se plient avant de déclencher une formidable poussée qui fait bondir son corps de métal jusqu'au perchoir au-dessus d'eux. Le monstre regarde une dernière fois le corps étendu au sol et le sang qui forme lentement mais surement une flaque sous lui. Avant de disparaitre, sa tête se renverse en arrière et sa gueule s'ouvre sur un hurlement strident à glacer la nuit. Les chiens se mettent à japper. Des lumières s'allument. Au loin, sans doute, un frisson de certitude gagnera la nuque féline.



Un jour, peut-être, comprendraient-ils.

Que ce cri.

Est un appel.
Jeu 1 Fév - 19:08

Homme nie science

Avec Elizawelle Flatterand et Chaya Lelwani



Elle était là, vivante, entre ses mains, leurs lèvres se trouvèrent pour répondre à ce sentiment immuable qui n'a eu de cesse de se parfaire au fil de leur rencontre. La peur de se perdre, de ne plus se revoir, celle de ce futur si incertain, oui, la peur les avait poussés à oublier leur pudeur pour se retrouver pleinement.

Isydor leur laissa ce moment d'intimité, une bulle où eux seuls existaient. Il s'invita de longues minutes plus tard lorsque Lewën commença son récit. Curie se dégourdit les pattes en sortant de sa cachette pour faire le tour de la boutique fermée. Le médecin raconte l'horreur comme la stupéfaction. Pourtant, il n'a pas le courage de parler de Demephor, de la torture vécue par l'être déchu, voué comme un Dieu, enchaîné comme un prisonnier. Pire … un esclave. Il tait le précieux cristal qu'il cache dans celui de spatiokinésie. Il ne sait pas encore que c'est une erreur, une grave erreur qui risque de lui coûter la vie et peut-être celle de bien d'autres inconnus. Il avait toute confiance en Elizawelle, quelque chose le retenait, la peur encore. Celle de la mettre en danger. Ou était-ce la discrète présence d’Isydor ?

Toujours fut-il qu'il partit avec une promesse murmurée à l'oreille de sa bien-aimée :
- Je ne te quitterai plus.

Une dernière étreinte, un dernier baiser. Il quitta le palier, Curie revenant se blottir dans sa sacoche. Il sentait le regard d’Elizawelle le suivre jusqu'à ce qu'il tourna dans le coin de rue, il lui semblait que ce regard s'accrochait à sa nuque alors qu'elle n'était plus visible pour la Zoan.
La fatigue le rattrapait et avec, le poids de la connaissance. Le cristal semblait lui peser lourd, il réalisait le fardeau dont il était chargé de protéger. Qu'en ferait-il ? Comment le mettre en sécurité ? Nul doute qu'on le retrouvera, devrait-il s’exiler maintenant qu'il venait de retrouver celle qui faisait battre son cœur ? Devait-il lui dire ? La mettre en danger ? L'abandonner ?

Tant de questions qui n’auraient plus besoin de réponse. Une vive douleur lui coupa le souffle. Puis deux, trois, quatre …. Il tomba face la première, incapable de se rattraper, ses bras ne lui répondaient plus. Il ne réalisa que trop tard que sa vie était en danger à peine avait-il quitté le Zeppelin. Une ombre s'approcha, il se tort tel un ver, il est épinglé à même le pavé. Il sentait son sang chaud se répandre, imbiber ses vêtements. Un main experte le souleva à demie sans qu'il puisse observer le visage à qui elle appartenait, elle sait où chercher allant directement dans sa poche pour lui prendre son précieux cristal renfermant la pierre de la discorde, celui qui détient le pouvoir divin. Une larme roula sur sa joue, pas à cause de la douleur des pics qui le transperçaient, non, à cause de sa bêtise, de sa propre cupidité. Il savait que le cristal d’omniscience devait être détruit. Et pourtant il avait accepté de le garder, ne pourrait-il pas apprendre comment dompter la brume grâce à lui ? Comment vivre avec sa Nebula sans lui vendre son âme ?

La silhouette craqua, s’arqua, et bientôt hurla. Il ne vit là que l'ombre d'un canidé qui le toisait du haut de son perchoir avant de disparaitre. Sa vision se troublait, il sentait ses forces s’amoindrir.
La Musaboise bougea lentement sous sa hanche, coincée dans la sacoche qu'il avait écrasé en tombant. Sa petitesse lui permit de se faufiler, ses pattes et son poils baignant dans le sang de son bienfaiteur. Un peu sonné, Curie prit quelques secondes pour se remettre du choc. L'odeur de fer commença à paniquer l'animal qui comprit bien rapidement que son maître était en danger, incapable de bouger. Elle lui sauta sur la joue, le badigeonnant de son sang.
- Elizawelle … prononça Lewën dans un souffle. Pars chercher … il ferma les yeux, l'inconscience le gagnant.

L'animal partit en couinant, elle connaissait le nom prononcé par son protecteur, et son flair la mena tout droit à la boutique d'où ils sortaient, les odeurs d’onguents et de potions ne pouvaient la tromper. Elle se jeta sur la porte fermée, qui le restau malgré ses tentatives. Elle gratta à s'en arracher les griffes, piailla à en devenir aphone. Lewën était une mère pour elle. Il l'avait sauvé, à son tour de le secourir.

Plus loin, le corps inerte était pris de soubresauts. La Nebula s’époumonait, prête à absorber la première énergie vitale qui passerait entre les mains de son hôte. Elle avait grandit dans le creux de son ventre, pris des forces, elle ne lui permettrait pas de partir comme ça sans qu'il tienne son engagement : son corps lui appartiendrait quand la raison l'aurait quitté.
Mar 13 Fév - 12:40

Homme nie science

Ft. Lewën Digo & Chaya Lelwani

Un cri lupin dans la nuit amplifia l’angoisse sourde qui lui étreignait le cœur.

Plantée devant la fenêtre, elle fixait la rue vide sur laquelle s’ouvrait la boutique d’Isydore, fermée à cette heure tardive, sans se résoudre à s’en détacher. Ayant d’abord tenté de la distraire, Isydore avait fini par se taire, vaquant à ses occupations, non sans jeter de fréquents regards à la jeune fille. Celle-ci, à l’écoute de ses instincts, pressentait le pire. Quelque chose lui disait que Lewën ne lui avait pas tout dit. Les aventures qu’il leur avait contées... elles semblaient sorties d’un rêve, plus étranges encore que ce qu’elle-même avait vécu à Dainsbourg, ce jour maudit où elle avait combattu le Reclus avec Réno et les autres. Tant de révélations. Des révélations qui apportaient encore plus de questions que de réponses. Plongée dans ses réflexions, elle ne vit pas tout de suite la petite silhouette s’approcher : il fallut attendre que celle-ci se mette à gratter la porte de toutes ses forces pour qu’Elizawelle réalise qu'il se passait quelque chose. Son cœur rata un battement lorsqu’elle aperçut la petite musaraigne. La porte s’ouvrit à la volée et la petite bête, visiblement paniquée, lui tourna autour trois fois avant de montrer sur elle et de redescendre. La gorge de la zoan se serra.

Je te suis, dit-elle à la créature, qui déguerpit aussi vite qu’elle était venue.

Sans même refermer la porte derrière elle, Elizawelle emboîta le pas à la petite chose. Il était arrivé quelque chose. Elle le savait. Elle l’avait senti ! Pourquoi ne s’était-elle pas écoutée ? Pourquoi n’avait-elle pas insisté pour le raccompagner ? Elle le suivit de longues minutes, tournant dans les ruelles qui semblaient sans fin. Chaque minute semblait durer une heure.

Et soudain, elle le vit.
L’horreur.

L’odeur de son sang emplissait la ruelle d’une odeur âcre alors que son corps, à peine visible dans la pénombre, gisait, cloué au sol par de répugnants pieux de métal. Il sembla à Elizawelle que le temps se figeait, tout en accélérant toutefois. Le cri qui franchit ses lèvres lui sembla étranger, comme extérieur à elle-même alors que le désarroi traversait tout son être.

Non !
Pas lui !
Pas Lewën !

Elle perçut toutefois son souffle, erratique toutefois, et sut qu’il n’était pas mort. Pas encore. Elle leva les yeux, cherchant une trace d’un coupable. Rien. Celui-ci n’avait pas traîné. Aux pieds du médecin, plusieurs cristaux gisaient... Le médecin avait-il tenté de se défendre ? Vu sa position, il ne semblait pas en avoir eu le temps... Que cherchait cet agresseur ? Pourquoi ne pas avoir pris les précieux cristaux de pouvoir ? Elle aperçut quelque chose, se pencha pour le prendre... un cheveu ? Elle perçut alors un changement dans la respiration de Lewën et la colère tomba, remplacée par la panique. Elle enfouit sa trouvaille dans son sac et se jeta au sol, ignorant le sang qui souilla instantanément ses vêtements. "Non ! Il ne pouvait pas mourir ! Il n’en était pas question !"

Une litanie sans fin emplissait son esprit, l’empêchant de penser, l’empêchant de tout.
"Pas lui, pas lui, pas lui, pas lui..."

Ses émotions bouillaient, la peur empoignait son cœur. Au fond d’elle, le jaguar se débattait pour prendre le dessus, la douleur de sa part humaine comme incompatible avec sa nature. Mais la zoan respira, jugula sa panique et garda le dessus. D’un geste rageur, elle plongea la main dans son sac, en ressortant un cristal blanchâtre qu’elle plaqua contre la peau de son ami. Simultanément, une silhouette sombre, féline, prit forme près d’elle.

Va avec lui ! souffla-t-elle à la petite Curie.

Son être était scindé en deux, tout comme son énergie. Cette part d’elle, animale, n’avait pas besoin d’instruction, connectée à elle-même, incarnation de sa volonté : elle fonça. À travers les ruelles, évitant les grands axes, elle courait. Par son lien diffus avec cette autre part d’elle-même, elle sentait la vie s’échapper de son compagnon, elle sentait l’urgence de la situation. Isydore. Elle devait trouver Isydore. Plus elle s’éloignait, plus l’énergie nécessaire était grande. Mais ce n’était pas grave. Il y avait plus important.

Dans la ruelle, des larmes aveuglaient l’humaine. Elle sentait dans ses tripes les pattes du jaguar fouler les dalles de la ville, avait conscience, quelque part au fond d’elle-même, du risque qu’elle prenait. Pourtant, elle n’hésita pas. Son énergie passa dans le cristal, puis dans le corps de Lewën. Elle n’avait cependant ni la maîtrise, ni le savoir-faire du médecin. Comme d’habitude, elle en fit trop. Elle retira un à un les pointes qui transperçaient son compagnon, envoyant à chaque fois une décharge d’énergie dans le corps de son compagnon. Elle n’allait pas dans la dentelle, peu connaisseuse de l’anatomie, s’assurant malgré tout d’arrêter le sang de couler, d’éviter l’hémorragie interne. Il perdait tellement de sang !

Son énergie diminuait plus vite que jamais. Elle sentait que le jaguar s’effacerait bientôt. Qu’elle ne pourrait pas terminer les soins. Non ! Elle devait y arriver. Elle transféra encore de l’énergie dans le corps de son ami, sentit le jaguar vaciller, vouloir fusionner de nouveau avec elle... il y était presque ! Dans un effort de volonté surhumaine, elle se concentra sur le jaguar, jaguar qui défonça la porte de la boutique, jaguar qui sauta sur la poitrine d’un Isydore imperturbable... avant de disparaître. Heureusement, la petite musaraigne, qui l’avait suivie, connaissait le chemin.

Dans la ruelle, la jeune femme se sentit basculer.
Elle s’effondra sur le corps de Lewën, inconsciente.
Elizawelle se réveilla en sursaut.

Lewën ! cria-t-elle en se redressant brusquement, encore plongée dans l’horreur de la ruelle.

Il va bien, dit calmement une voix qu’elle ne connaissait pas.

Une femme se tenait là, près du canapé dans lequel elle se trouvait. Le regard de la jeune femme balaya la pièce, reconnaissant l’appartement d’Isydore. Les mots percutèrent son esprit et elle s’apaisa alors. Se sentant soudain faible, elle se laissa choir, son souffle qui s’était emballé revenant peu à peu à la normale. Elle tremblait sans savoir si cela était dû au peu d’énergie qu’elle avait ou à la peur sourde qui lui enserrait le cœur.

Où est-il ?

La femme semblait occupée. L’odeur d’herbes médicinales emplissait la pièce et la jeune femme pouvait entendre l’eau bouillir dans un récipient. Cette fois, lorsque la femme apparut dans son champ de vision, l’opaline l’observa avec attention. Brune, le regard vif, elle devait avoir une cinquantaine d’années. Ses cheveux étaient en bataille et ses traits tirés, comme si elle était restée réveillée sur une très longue période. À nouveau, l’angoisse empoigna le cœur d’Elizawelle.

Combien de temps ai-je dormi ?

Le regard perçant de la femme se posa sur elle, et Eliza tressauta.

Trois jours. Quant à ton ami, il est dans la pièce d’à côté. Isydore lui a laissé son lit.

Elle lui planta un gobelet chaud entre les mains et retourna à ses occupations. Prudente, Eliza se redressa pour boire la décoction. Dehors, il faisait noir, aussi noir que la nuit où elle avait retrouvé Lewën. Cela faisait-il bien trois jours ? La notion du temps lui échappait.

Comment va-t-il ? Et... qui êtes-vous ?

Il ne s’est pas encore réveillé, mais il s’en sortira, affirma la femme.

Elle s’avança à nouveau vers elle, les mains sur les hanches.

Vous êtes aussi idiote que votre père. Vous avez failli vous tuer !

La zoan baissa les yeux. Elle savait que la femme avait raison. Elle sentait dans le fond de ses tripes une faiblesse telle qu’elle n’en avait jamais connue. Elle avait dormi trois jours, et pourtant elle avait l’impression de ne pas avoir dormi pendant des semaines. Elle avait peine à garder le gobelet entre ses mains. Et pourtant, pourtant, elle ne regrettait rien. Elle recommencerait dès maintenant, s’il le fallait. Elle leva donc un regard déterminé sur la femme, ce qui la fit sourire.

Vous ne manquez pas de cran, petite. Je dois dire que je ne sais pas si ce petit aurait survécu sans votre intervention. Malgré tout, vous devriez être plus prudente.

Vous connaissiez mon père ? demanda Eliza alors que l’information se frayait lentement un chemin jusqu’à son cerveau.

Très bien. Et je te connais aussi, petite. Je suis Jolange, Jolange Ozwinfield.

Ozwinfield. Une noble ? Mais que faisait-elle ici ? Et comment connaissait-elle son père ? Et Isydore ? Elle se creusa la tête, puis laissa tomber. Elle était trop fatiguée pour réfléchir. Et puis, est-ce que cela avait vraiment de l’importance ? Une seule chose occupait son esprit.

Je peux le voir ?

Tu peux tenir sur tes pieds ? Je ne pourrai pas te porter.

Je... je crois.

La femme hocha la tête, déposa ses instruments et s’avança pour l’aider à se redresser. À petits pas, ils progressèrent jusqu’à la chambre d’Isydore.

Lewën était là.

Il reposait dans les draps blancs, recouvert de bandages, le souffle régulier. Elizawelle s’approcha, étouffant un sanglot. Pourquoi ? Pourquoi avait-il été agressé ainsi ? La voyant vaciller, Jolange lui approcha un fauteuil. Comme hypnotisée par le visage meurtri de son compagnon, la jeune femme s’assit sans parler. Elle glissa ses doigts dans la paume ouverte du jeune homme, caressant le dos de sa main de son pouce, puis porta sa main à son visage. Enfin, elle poussa un long soupir.

Il était sain et sauf.
Mais le danger était-il passé ?