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La petite bête ne mangera pas la grosse... [PV GALATÉE]

La petite bête ne mangera pas la grosse... [PV GALATÉE] Brandw10
Lun 24 Juin - 16:57
- Peut-être aurais-je dû tourner à gauche au dernier croisement…

À cet instant, déboussolée et perdue dans les profondeurs des égouts Opalins, je tâchais au mieux de décrypter le plan que l’on m’avait remis. Quelques minutes, plus tôt, une arrivée d’eau souillée m'avait libéré dessus un véritable flot d'immondice, me laissant toute puante et les cheveux écœurants, dégoulinants de matière diverse. Si j’étais parvenu à préserver la flamme de la lanterne du déluge passager, il n’en était pas de même pour le croquis dessiné à la main qu’avait eu l’amabilité de me faire un ouvrier des égouts. Désormais, il était bien compliqué de comprendre quoi que ce soit à la carte de fortune sous la lumière vacillante de la flamme. Trempé et le nez saturé de toutes les odeurs nauséabondes des égouts, je soupira. Ce travail commençait vraiment à me gonfler !
Sans doute s’agissait-il d’une sorte de bizutage affligé à ceux qui mettent leurs premiers pieds dans la guilde pour la première fois. Quelques heures plus tôt, j’avais posé des yeux pétillants sur la grande cité d’Opale, émerveillé par les avenues de la ville dont m’avait tant parlé mon père. Mais à présent, alors qu’à l’extérieur, la nuit tombait doucement, cela faisait plusieurs heures que j’arpentais l’interminable réseau souterrain, au milieu du clapotis de l’eau usée et des attroupements de rats qui, selon moi, étaient bien plus gros qu’ils auraient dû être.
Résigné, je finis par faire une boule de la feuille de papier et l’envoya terminer sa course à la surface de l’eau, faisant peur à un animal non identifié qui plongea aussi tôt. Tirant au sort le chemin à emprunter, je me décida pour un tunnel d’évacuation qui semblait plongé vers les profondeurs du complexe. Je grommelais et me plaignais de mes nouvelles conditions de travail, impatiente de retrouver la surface pour pouvoir inhaler de l’air non vicié.
Mais le retour n’était pas pour de suites, me dis-je en hésitant face à un nouveau croisement. Il me fallait d’abord retrouver la trace de l’étrange créature qui semblait avoir élu domicile dans ce détestable endroit ; les ouvriers des égouts m’avaient fait une description qui, à s’y méprendre, avait tout pour correspondre à celle d’une araignée géante. Que peut renseigner sur le type de créature qui pouvait s’établir dans un tel lieu, et n’ayant pas de crainte particulière envers les arachnoïdes, je m’étais glissé sous la ville persuadé de vite régler le problème.
Mais ce n’était pas si simple ! Me reprochais-je une nouvelle fois, me faufilant dans un énième passage. Quelque soit cette créature, elle était discrète ou du moins prudente : je n’avais constaté aucune trace de son passage. Un animal de cette taille devait bien trouver un moyen de se nourrir, ainsi avais-je espéré trouver des restes de ses repas, en vain. Si je voulais être payé, il me fallait débusquer cette menace potentielle et m’en débarrasser, ou au moins comprendre de quoi il retournait.
Toujours occupé à maudire mon lieu de visite du jour, un bruit de tintement au loin me fit accélérer l’allure, à cet instant forcé d’évoluer accroupi. Débouchant quand une section des égouts plus large et dans laquelle je pus me redresser, je leva bien haut la lanterne pour profiter au mieux de sa douce lueur. Rien… Hormis l’écho lointain de l’eau qui ruisselle et de divers amoncellements de matières douteuses en pleine putréfaction. Je tendis l’oreille et entrepris d’avancer tous mes sens en éveil. Quand soudain… Quelque chose sortit sa tête d’un tas d’immondices !

- Bordel de mer… !

J’eus à peine le temps de baisser la lumière et de reconnaître la tête si caractéristique d’un Tortaupe, qu’il était déjà trop tard… Surprise par l’apparition, j’avais eu un mouvement de recul, posant mon pied sur quelque chose qui n’apprécia pas. Je me releva presque tout de suite, mais trop tard. Déjà déséquilibré, ma dernière vision avant de plonger entièrement dans les égouts fut celle du Tortaupe filant se trouver une nouvelle cachette.
Je m’accrocha à ma lanterne comme si ma vie en dépendait alors que j’entamais une violente descente au travers d’une canalisation totalement immergée. Mes bras de métal enveloppant ma tête afin de me protéger, je frappa la paroi à chaque tournant, ballotter dans tous les sens sans rien pouvoir y faire. Suffoquant dans une eau crasseuse, les secondes me semblaient durer des heures, jusqu’à ce que la tuyauterie me relâche dans une section inférieure des égouts.
Dans le noir total, hormis peut-être quelques rares rayons qui se frayaient un chemin au travers des fissures au plafond, je ne réalisa pas tout de suite où j’étais… Bien trop concentré à remplir de nouveau mes poumons, jusqu’à ce qu’un rapide moulinet de mes jambes me donne la réponse : J’étais en train de tomber ! Complètement déboussolé, je ne savais plus où étaient le haut et le bas, envoyant mes bras dans tous les sens dans l’espoir d’atteindre une structure. Je réagis d’instinct en projetant mon grappin vers ce que je pensais être le toit, sans réelle garantie d’attraper quoi que ce soit. À mon grand soulagement, ma main se coinça quelque part. Freiner brutalement, le choc me fit lâcher la lanterne éteinte que j’entendis tinter quelques mètres plus bas. Il s’en était fallu de peu…
Après plusieurs essais infructueux, je ne parvins pas à libérer mon grappin, me forçant à le rétracter pour remonter jusqu’à ma main. Dans quoi j’avais bien pu mettre les pieds ? Gluante et collante, je me tenais sur une étrange structure qui ne semblait pas décider à me relâcher.

- Journée de merde ! Scandais-je alors que je me débattais, ma voix se répercutant en échos au travers de la salle.

Patience perdue : je fis effectuer à mes implants une rotation à 360°. Jusque-là, la structure me résistait, mais lorsque mes poignets, mes chevilles et ma taille effectuèrent simultanément plusieurs tours complets, elle céda brusquement. Je chuta de nouveau, mais sachant à présent où était le bas, j’atterris avec force sur mes prothèses de jambe. Le bruit de l’impact résonnait encore, que je me retrouva à genoux à vider le contenu de mon estomac sur le sol. Il faut dire que le trajet dans la conduite d'eau ne m'avait pas épargné, chaque partie de mon corps étant encore apte à sentir la douleur me la signalait avec dureté. Sans compter toute l'eau viciée qui avait dû visiter mon estomac… Quelque peu nauséeuse, je perdis plusieurs minutes pour m'en remettre, toussant et crachant tout ce que je pouvais. Jusqu’à ce qu'un bruit de frottement ne me fasse réaliser mes priorités !
Je me mis à fouiller la zone à tâtons à la recherche de ma source de lumière. Peu rassuré par les bruits de succion et de grattement qui me parvenaient jusqu’aux oreilles, je pressa le pas. Le corps légèrement alourdi par la matière visqueuse de l’étrange piège, je finis par buter sur la lanterne qui se signala par un tintement métallique.
Il était temps de vérifier que l’on ne m’avait pas vendu de la camelote. Le marchand m’avait garanti l’intégrité du dispositif même si celui-ci était mouillé. Cependant, j’eus beau tourner le bitoniau dans tous les sens, rien ne se passait… J’aurais mieux fait de rester coucher ! Cette pensée me traversa l’esprit de nombreuses fois durant la dizaine de minutes qu’il me fallut pour apercevoir une lueur. D’abord timide, bientôt la flamme grandit, peinant à éclairer l’intégralité de la pièce.
Ma première interrogation fut de savoir ce qu’était cette substance blanche et poisseuse qui menaçait de gripper mes articulations mécaniques. La réponse me vint comme une évidence lorsque je leva le regard : La salle tout entière était recouverte de gigantesques toiles d’araignées. Chacune d’elles semblait capable de retenir un homme adulte en totale possession de ses moyens. J’avais trouvé le nid !
Pressé d’en finir avec tout ça, mon corps dégoulinant de fluide sombre et dégoûtant, je dégaina mon arme.

- Petit, petit…

Mes quelques mots et sifflements se mêlèrent dans un écho, où ils furent bientôt rejoints par un inquiétant bruit de pattes…
Lun 8 Juil - 14:53

Miam

Ginny



Une arachnide pouvait-elle connaître l’ennui ? Pour les humains, un tel sentiment était inévitable dès lors que le corps et l’âme étaient cantonnés par la force des choses à l’inactivité. L’homme n’était pas fait pour l’immobilisme, source d’un ennui qu’il craignait particulièrement.

Mais pour une araignée… les choses étaient différentes. Il ne s’agissait pas d’une espèce sociable dont les caractéristiques biologiques et primales induisaient le mouvement comme son mode de vie principal. La vie d’une araignée était celui d’un animal qui ne bougeait pas à quelques exceptions. D’un animal face à l’éternité qui n’avait pas peur de l’ermitage et de l’absence de stimulation.

Cet état de fait s’appliquait également à Galatée. Mutante à huit pattes, plus araignée qu’être humain d’un point de vue factuel, avait hérité de cette capacité à ne pas pouvoir s’ennuyer et de ne pas avoir besoin de se distraire.

Immobile dans les toiles qu’elle avait préalablement installées, elle avait tout le loisir de ne rien faire. Rien ne pouvait lui échapper, elle ressentit d’où elle était tout. Les vibrations, les proies, les menaces…

A travers sa toile, Galatée voyait le monde d’une perspective radicalement différente.

Cette structure avait l’habitude de bouger. Après tout, les égouts étaient loin d’être un lieu dénué de vie. Bien au contraire ça remuait de partout, encore plus dans une ville comme celle d’Opale qui gaspillait de tout en grande quantité au point que ce soit littéralement un véritable écosystème qui vivent des déjections de la cité aux milles lumières.

Mais aujourd’hui, les vibrations étaient plus fortes que d’habitude. La mutante avait l’habitude de prendre des proies, mais les égouts étaient rarement l’endroit où se trouvait des colosses capables d’opposer une véritable force physique à ses toiles, quand bien même ce genre de chose à moins d’avoir une force absurde n’avait aucune utilité. Il restait à savoir ce que l’araignée avait bien pu attraper.

Elle n’eut même pas besoin d’arriver au contact pour devenir qu’il s’agissait d’une humaine. Les bruits, les plaintes et les vociférations suffisaient en elle-même pour savoir ce quoi il s’agissait.

Silencieuse, l’opaline réfléchissait un instant. Au vu de son apparence, il ne fallait pas mieux se montrer. Elle préférait rester une simple voix dans l’ombre que d’être catalogué comme un monstre. Ce qui avait été toujours le cas jusqu’ici. Elle n’était pas humaine, elle l’avait accepté. Et elle ne comptait pas aujourd’hui revenir sur ce point au risque de se blesser.

Ainsi, sans vraiment se montrer, une voix résonnait de derrière un mur.

Il est inutile de se débattre. Cela ne fera que compliquer votre situation…

La force des toiles résidaient dans le fait qu’elle était un piège similaire aux sables mouvants. Plus on tentait de se libérer, plus on finissait coincé.

Mais qui êtes vous ? Je n’ai pas souvenir que cet endroit soit très… touristique ?
Mer 10 Juil - 14:55
Marchant au hasard dans la gigantesque salle avec pour seule lumière ma lanterne, je continuais à pousser des bruits qu’on réserve habituellement à l'appel des chats. Je veillais à ne pas toucher les structures de soie, sur lesquelles je trébuchai un peu trop souvent, l'oreille tendue dans l'attente d’un son révélateur. Cependant, les seuls bruits qui me parvenaient étaient les miens, se répercutant sur les murs pour me revenir démultiplier. Je lâcha un nouveau soupirs sur ma condition, revenant malgré moi aux raisons de ma venue… La perte de papa… Les dettes… Ressentant un élan de tristesse, j’en fus arraché dans un sursaut quand une voix retentit pour me mettre en garde contre les toiles.

Cherchant d’instinct l’origine de la voix, il fut vite difficile de faire plus que de regarder dans toutes les directions en vain : la faible luminosité ne m’aidait guère à trouver quoi que ce soit dans cette salle où la voix semblait venir de partout. Quelqu’un cherchait-il à m’avertir ? Me protéger ? Un ouvrier des égouts égaré peut-être. L’avertissement ayant de nouveau tourné mon attention sur la soie qui parasitait mes prothèses, je m’attela à l’arracher de mes articulations alors que je demandais :

- Il y a quelqu’un ?

Bien sûr qu’il y a quelqu’un, je ne l’avais quand même pas rêvé, me dis-je alors que mon appel restait sans réponse. Enfin, jusqu’à ce que la voix se manifeste de nouveau, répondant à ma question par une autre. Si la première fois, j’avais pu y voir une mise en garde, cette fois-ci, j’aurais pu croire qu’elle se payait ma tronche.

- Si, si, bien sûr, je m’éclate à visiter en pataugeant dans la merde ! Je ne me suis jamais autant amusé !

Je pense que mon ton en disait beaucoup sur mon humeur du moment, durant une journée qu’on aurait pu qualifier de « merdique », sans mauvais jeu de mots…

- Je cherche la boutique de souvenir ! Vous ne savez pas où elle est ?!

Je ponctua mes propos en jetant sur le sol les derniers résidus de toile qui m'encombrait les circuits, le regard s'agitant toujours à la recherche du rigolo qui se planquait dans les ombres. Me sermonnant moi-même pour mon humeur massacrante, due en grande partie aux différents fluides qui me recouvraient le corps, je commença à me masser les tempes en un geste apaisant. Il fallait que je me calme, je n'étais plus la gamine qui avait le loisir de se fritter avec le premier venu, j'étais une aventurière de la guilde en mission. Il fallait que j'agisse comme tel. Et puis, si il s'agissait d'un habitué des lieux, l'individu dans l'ombre en savait sûrement plus que moi sur le propriétaire de ses toiles. Et il savait sûrement comment sortir, aussi...

- Je m'appelle Ginny, dis-je poliment à l'obscurité, avant de continuer avec honnêteté : je suis membre de la guilde des aventuriers, je suis là pour enquêter sur ce qui aurait pu mettre ses toiles partout.

Comme pour ponctuer mes propos, je trébucha sur une nouvelle structure de soie. Manquant de peu de tomber, je donna un coup de pied de rancune à la toile. Je grogna plusieurs secondes, jusqu'à ce que la toile veuille bien me rendre ma prothèse. Me frottant à nouveau les tempes, je souffla avant de reprendre calmement :

- Vous êtes qui ? Vous êtes perdu ? Si vous avez besoin d'aide, manifestez-vous, je peux vous escorter à la sortie. 

Ma compassion étant réelle, j'espérais vraiment que mes grognements et mon humeur précédente ne vienne pas l'entacher. Et si l'individu était en danger, je pouvais TRES bien imaginer l'angoisse de se retrouver perdu dans un endroit pareil, sans possibilité de retrouver l'extérieur.

- Où êtes-vous ? Vous avez besoin d'aide ?